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Justin Trudeau défend la contribution du Canada à l’OTAN

BERLIN – Semblant répondre au président américain Donald Trump, qui aimerait que tous les membres de l’OTAN «paient leur juste part», le premier ministre Justin Trudeau a soutenu vendredi que le Canada témoigne de son engagement envers l’Alliance atlantique d’une manière qui dépasse les simples dépenses militaires.

Lors d’une conférence de presse à Berlin en compagnie de la chancelière allemande, Angela Merkel, M. Trudeau a reconnu que les 28 membres de l’Alliance atlantique se sont entendus, en 2014, pour consacrer chaque année 2,0 pour cent de leur PIB à la défense. Mais il a aussi rappelé que le Canada et l’Allemagne sont deux joueurs importants de l’OTAN, qui effectuent «le gros du travail».

Mme Merkel a par ailleurs déjà annoncé l’intention de son gouvernement d’augmenter substantiellement sa contribution financière à l’Alliance atlantique.

«Nous comprenons l’objectif de 2,0 pour cent — et nous l’appuyons —, mais en même temps, nous savons très bien que ce n’est pas la seule façon d’évaluer la participation et la valeur de la contribution d’un pays à l’OTAN, a soutenu M. Trudeau. Le Canada est toujours parmi ceux qui sont présents pour livrer la marchandise, pour être partie intégrante des efforts de l’OTAN, et nous allons continuer de l’être (…) par exemple en Lettonie.»

M. Trudeau a estimé que le Canada et l’Allemagne comptent systématiquement parmi les membres de l’OTAN les plus actifs quand vient le temps de fournir des soldats ou de participer à des missions. Il a ensuite rappelé que le Canada est en voie d’acquérir de nouveaux avions de chasse et de construire de nouveaux navires de combat, et qu’il entend collaborer avec l’OTAN pour améliorer l’efficacité de l’Alliance.

Berlin plus volontaire

La position canadienne diffère de celle adoptée par Berlin, qui a annoncé une hausse de huit pour cent de son budget militaire cette année, ce qui augmentera la part du PIB consacré à la défense, qui atteint actuellement 1,2 pour cent. Au Canada, le gouvernement ne s’est pas engagé à augmenter dans un avenir rapproché son budget consacré à la défense, qui est actuellement de 0,99 pour cent du PIB.

La déclaration commune publiée à l’issue du sommet canado-américain, lundi à Washington, ne reprenait pas les critiques formulées par Donald Trump sur les membres de l’OTAN qui ne «paieraient pas leur juste part». «Les États-Unis saluent les contributions militaires du Canada, notamment au sein de la Coalition internationale contre Daech et en Lettonie», indiquait la déclaration commune des deux administrations.

Mais M. Trump a déjà qualifié l’OTAN d’organisation «dépassée», et son secrétaire à la Défense, James Mattis, a lancé cette semaine un ultimatum: les membres de l’Alliance doivent verser plus d’argent au budget de l’Alliance, sans quoi les États-Unis réduiront leur contribution. M. Mattis a aussi demandé à l’OTAN de fixer un calendrier précis pour l’atteinte de l’objectif de 2,0 pour cent du PIB dans chacune des capitales.

Donald Trump n’est pas le premier président américain à se plaindre, de façon plus ou moins voilée, de ses alliés de l’OTAN. Barack Obama l’avait fait gentiment en juin 2016 dans un discours au Parlement canadien; les ambassadeurs américains à Ottawa nommés par le président George W. Bush avaient été auparavant plus directs.

Libre-échange

M. Trudeau et Mme Merkel ont également profité de leur rencontre, vendredi, pour saluer l’accord de libre-échange intervenu entre le Canada et l’Union européenne, et qui a été ratifié par le Parlement européen à Strasbourg, mercredi. Les deux leaders espèrent que cela leur permettra de faire la promotion de politiques progressives et favorables aux échanges commerciaux, en réplique aux positions protectionnistes du président Trump.

Les journaux allemands ont d’ailleurs présenté le premier ministre canadien comme «l’anti-Trump» — quand ce n’était pas «l’homme politique le plus sexy de l’heure». Mais M. Trudeau a refusé vendredi d’adopter la posture de l’«anti-Trump» de service.

«Il y aura toujours des divergences d’opinions (…) (mais) nous devons garder le cap sur ce que nous avons en commun: le désir de soutenir la classe moyenne», a-t-il diplomatiquement répété à Berlin, comme il l’avait fait à Washington lundi.

M. Trudeau a par ailleurs profité de sa visite à Berlin pour se rendre au Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe, et au site de l’attentat du marché de Noël, qui avait fait 12 morts en décembre dernier. Il devait se rendre par la suite à Hambourg pour prononcer un discours lors du «banquet annuel de la Saint-Mathieu».