Actualités

Le lobby anti-amiante inquiète le maire de Thetford Mines

OTTAWA — Le règlement anti-amiante du gouvernement fédéral continue d’inquiéter le maire de Thetford Mines, Marc-Alexandre Brousseau, malgré le ton rassurant d’Ottawa.

Celui-ci craint de perdre le droit de transformer les résidus miniers issus de l’exploitation de l’amiante si le gouvernement fédéral se laisse influencer par des militants contre l’amiante.

«Il y a un lobby anti-amiante qui est extrêmement puissant — autant dans le monde qu’au Canada et au Québec — et on est au tout début du processus de consultation», a-t-il dit lundi.

«C’est une préoccupation qui est très, très forte pour nous parce qu’on doit pouvoir utiliser les résidus miniers», a-t-il ajouté.

Le gouvernement fédéral veut adopter un règlement pour interdire complètement l’amiante et l’importation de produits qui en contiennent dès 2018. Des consultations sont en cours depuis le 20 avril et se termineront le 4 juin.

La ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, a pourtant réitéré lundi que ce règlement n’empêchera pas l’exploitation des résidus miniers issus de cette industrie.

«Je veux rassurer les communautés, a affirmé la ministre. Nous sommes très conscients (de la situation) et le règlement n’interdira pas le traitement des résidus.»

La région de Thetford Mines possède une importante quantité de résidus miniers qui pourraient être exploités pour en extraire d’autres minerais comme du magnésium. Ces 400 millions de tonnes de résidus ont un grand potentiel économique, selon le maire.

«Si on veut qu’il y ait des investisseurs et des promoteurs qui se présentent pour exploiter ces résidus miniers-là, il ne faut pas qu’il y ait une épée de Damoclès qui plane au-dessus de nous et que de mandat en mandat, on ne sache jamais si le gouvernement va le permettre», a-t-il souligné.

Des montagne de résidus existent également dans la région d’Asbestos, en Estrie.

La ministre McKenna a assuré lundi qu’elle n’interdira pas aux villes québécoises de Thetford Mines et d’Asbestos de revaloriser les résidus d’amiante, sans toutefois préciser si cette politique perdurera.

«C’est l’intention de notre gouvernement», a-t-elle affirmé.

«Nous sommes conscients des emplois. Je dis toujours que l’environnement et l’économie vont de pair et ça c’est un exemple de comment on a trouvé une solution», a-t-elle ajouté.

Le maire de Thetford Mines a demandé au ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec, Pierre Arcand, d’intervenir auprès du gouvernement fédéral.

Le bureau du ministre Arcand prévoit faire «les représentations requises» durant la consultation fédérale, a confirmé l’attachée de presse de Pierre Arcand à La Presse canadienne lundi soir. Véronique Normandin ajoute que le ministre québécois a déjà obtenu «l’assurance du gouvernement fédéral que la valorisation des résidus miniers de l’amiante ne sera pas bannie par la nouvelle réglementation».

L’amiante est largement reconnu pour causer le cancer du poumon et le mésothéliome, deux problèmes de santé graves et mortels.

Le Canada a arrêté de produire de l’amiante quand la mine Jeffrey, à Asbestos, a cessé ses activités en 2011. Le pays continuait malgré tout d’importer des produits qui en contenaient, comme des plaquettes de frein et des matériaux de construction.