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Une deuxième plaignante se joint à la contestation de l’aide médicale à mourir

OTTAWA — Une deuxième plaignante se joint à la contestation en Colombie-Britannique de la loi fédérale sur l’aide médicale à mourir, que certains trouvent trop restrictive.

Robyn Moro, qui souffre de douleurs insupportables causées par une maladie incurable et débilitante, ne peut obtenir l’aide médicale à mourir parce que sa mort n’est pas «imminente», comme l’exige la loi fédérale adoptée l’an dernier. Âgée de 68 ans, Mme Moro se joint donc à Julia Lamb dans la contestation judiciaire de la loi, qui accorde le droit à l’aide médicale à mourir aux seules personnes dont «la mort naturelle est devenue raisonnablement prévisible».

En entrevue, Mme Moro s’interroge sur l’utilité d’une telle loi qui accorde le droit de mourir dans la dignité aux seules personnes mourantes.

Mme Moro souffre de Parkinson, une maladie dégénérative qui touche le système nerveux central. La maladie lui cause des douleurs atroces aux jambes, des nausées qui l’ont menée plusieurs fois à l’hôpital, et des tremblements qui secouent tout son corps. Or, Mme Moro est allergique à plusieurs médicaments habituellement prescrits pour cette maladie et pour réduire la douleur: elle ne peut donc prendre que des Tylenol.

Mme Moro soutient qu’elle ne pourrait endurer des douleurs plus intenses; or, cette maladie est dégénérative, ce qui signifie que ses souffrances ne pourront qu’empirer, soutient-elle.

Robyn Moro remplit par ailleurs tous les autres critères d’admissibilité prévus par la loi fédérale: adulte «mentalement capable», elle est «dans un état de déclin avancé qui ne peut être inversé», et elle «ressent des souffrances physiques ou mentales insupportables qui ne peuvent pas être atténuées». Mais sa mort naturelle n’est pas «raisonnablement prévisible».

Trudeau à son lit de mort

Si la contestation judiciaire est rejetée ou si elle met trop de temps à procéder, Mme Moro envisage de mettre fin à ses jours en refusant de boire et de manger, mais cette lente agonie pourrait durer jusqu’à deux semaines. «J’en ai assez: si c’est la seule façon de mettre fin à mes souffrances, je le ferai», prévient-elle. Et si jamais elle était contrainte à cette fin «terrifiante», Mme Moro souhaite que le premier ministre Justin Trudeau et la ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, soient présents à ses côtés sur son lit de mort.

La loi avait été adoptée en juin dernier pour respecter un arrêt de la Cour suprême du Canada, qui statuait en 2015 que la loi interdisant l’aide à mourir contrevenait à la Charte canadienne des droits et libertés. L’article 7 de la Charte prévoit que «chacun a droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de sa personne».

La loi ensuite adoptée par Ottawa est cependant beaucoup plus restrictive que ce qu’avait envisagé le plus haut tribunal du pays. La cour ne parlait pas de «mort imminente» ou de phase terminale, mais évoquait des cas semblables à celui de Mme Moro: des personnes «condamnées à une vie de souffrances graves et insupportables».

L’autre plaignante dans la contestation judiciaire, Julia Lamb, est une femme de 26 ans qui souffre d’amyotrophie spinale, une maladie dégénérative qui, en plus d’infliger des douleurs insupportables, pourrait l’obliger un jour à respirer grâce à un ventilateur et à s’alimenter par un tube. Dans la requête, Mme Lamb soutient qu’elle veut avoir la tranquillité d’esprit de savoir qu’elle pourra un jour choisir de mourir lorsque son état lui sera devenu intolérable.

L’Association des libertés civiles de Colombie-Britannique, qui est partie à la contestation judiciaire, soutient que l’ajout de Mme Moro comme requérante dans cette cause «en accroît le sentiment d’urgence».

Aucune date n’a été fixée pour l’audition de la cause en Cour suprême (supérieure) de Colombie-Britannique, mais il serait étonnant que l’affaire soit entendue avant l’an prochain.