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Le stade olympique transformé en centre d’accueil pour demandeurs d’asile

Selon de récentes données d’Ottawa, il y a eu un «changement prononcé» dans le nombre de personnes arrivées au Québec après avoir franchi la frontière avec les États-Unis.

MONTRÉAL — Le stade olympique de Montréal deviendra la première «demeure» au Canada de certains demandeurs d’asile, avec l’arrivée d’un grand nombre de personnes en provenance des États-Unis au cours des derniers mois.

Le stade a été transformé mercredi en centre d’hébergement temporaire pour faire face à cet afflux inattendu de migrants. Selon de récentes données d’Ottawa, notamment des chiffres préliminaires pour le mois de juin, il y a eu un «changement prononcé» dans le nombre de personnes arrivées au Québec après avoir franchi la frontière avec les États-Unis.

Le président national du Syndicat des douanes et de l’immigration, Jean-Pierre Fortin, dit avoir été témoin, mardi, de la «pire journée depuis le début de la crise» à Saint-Bernard-de-Lacolle, où quelque 500 demandeurs d’asile auraient franchi la frontière.

Un premier groupe de migrants a été emmené par autobus au stade olympique, mercredi, alors que des bénévoles de la Croix-Rouge s’affairaient dans la rotonde à préparer des lits de camp et de la nourriture.

Francine Dupuis, qui supervise un programme du gouvernement du Québec pour aider les demandeurs d’asile à trouver leurs repères, a déclaré que les chiffres étaient sans précédent. Mme Dupuis a indiqué que l’organisme avait songé à plusieurs endroits pour héberger temporairement les demandeurs d’asile, et que la banque de chambres d’hôtel ne suffisait plus. Le stade s’est imposé par son ampleur, mais Mme Dupuis rappelle que l’endroit servira de refuge pendant seulement un mois ou deux — en attendant de trouver autre chose.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC), qui a intercepté ces migrants, a indiqué que le nombre de personnes arrivées au pays entre deux postes frontaliers était déjà passé de 742 en mai à 884 en juin, dont 781 au Québec. Au total, 3350 des 4345 migrants qui ont traversé la frontière en 2017 sont arrivés par le Québec.

Une tendance saisonnière?

Richard Goldman, de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), estime qu’il est trop tôt pour prédire si cet afflux se maintiendra, mais il reconnaît que la pression se fait sentir sur les organismes. «C’est sûr qu’on a besoin de plus de ressources quand il y a 1200 personnes qui arrivent par mois, plutôt que 300 ou 400. Cela étant dit, ce ne sont pas des chiffres inédits: il y a eu des arrivées beaucoup plus importantes certaines années», a-t-il soumis en entrevue téléphonique.

«Il est aussi très possible que ce soit une tendance saisonnière, surtout de la communauté haïtienne, qui a peur d’être renvoyée (des États-Unis vers Haïti), et qui profite de l’été pour venir faire ici leur demande d’asile — et que cela va diminuer en septembre.»

L’afflux de migrants à Montréal serait dû au fait que les autorités de l’Immigration n’ont pas le temps de délivrer aux demandeurs, dans le délai habituel de 72 heures, un avis d’audience dans la ville de leur choix. Or, selon M. Goldman, la moitié des demandeurs souhaitent s’installer à l’extérieur du Québec — notamment à Toronto. Mais sans date d’audience, ces demandeurs ne peuvent quitter Montréal. Et ils pourraient devoir attendre de un à deux mois avant d’obtenir cette date d’audience, croit M. Goldman.

Jean-Pierre Fortin croit pour sa part que le pire est à venir. Le président du syndicat qui représente les douaniers de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) signale que le week-end prochain en est un des plus occupés de l’année à la frontière terrestre entre le Québec et les États-Unis.

«Imaginez-vous, en plus, avec le flot de demandeurs d’asile qui arrivent au pays, avec le peu de ressources qu’on a parce qu’elles sont extrêmement fatiguées», a-t-il lancé, en entrevue avec La Presse canadienne. 

Il reproche à l’ASFC de ne présenter aucune solution à court terme.

«La GRC n’a pas les ressources pour faire face à cette crise-là et à l’Agence des services frontaliers, on demande depuis novembre dernier l’ajout de ressources supplémentaires», a-t-il déploré.

L’«effet Trump»?

La plupart des migrants arrivés au stade olympique mercredi semblaient être des ressortissants haïtiens. L’administration de Donald Trump envisage de mettre un terme au programme qui a accordé à des Haïtiens le «statut de protection temporaire» («TPS») à la suite du terrible tremblement de terre de 2010. Si ce programme n’était pas reconduit, jusqu’à 60 000 Haïtiens risqueraient d’être renvoyés dans leur pays.

Le directeur du Centre communautaire multiethnique de Montréal-Nord, Guillaume André, qui était au stade olympique mercredi, a soutenu que «depuis que Trump est arrivé au pouvoir, c’est un problème — pour tous les immigrants, pas seulement la communauté haïtienne».

Jean-Pierre Fortin, du Syndicat des douanes et de l’immigration, partage cet avis. Il estime que «la crise des demandeurs d’asile» s’est amorcée en novembre, dès que Donald Trump a été élu président des États-Unis.

Jean-Philippe Guillaume, un Montréalais d’origine haïtienne, avait tenu lui aussi à se rendre au stade pour souhaiter la bienvenue à ses «frères et soeurs» arrivés récemment. «Cela démontre que le Québec est un pays avant-gardiste, pas comme les États-Unis», a-t-il soutenu.

Sur son compte Twitter, le maire de Montréal, Denis Coderre, a lui aussi vu dans cet exode «encore une conséquence de la politique d’immigration de Donald Trump».

Plus tard mercredi, le maire a déclaré par communiqué avoir confirmé «l’entière collaboration» de la Ville à la ministre québécoise de l’Immigration, Kathleen Weil. Il a également saisi l’occasion pour rappeler qu’en vertu du nouveau statut de ville sanctuaire de Montréal, les demandeurs d’asile peuvent profiter de tous ses services municipaux.

Au nom de la Ville, il a souhaité la bienvenue aux réfugiés haïtiens: «Vous pouvez compter sur notre entière collaboration. Nap kin be fo.»