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Ottawa exprime à l’Europe son inquiétude face aux rejets d’une fusée toxique

Ottawa a fait connaître à l’Agence spatiale européenne son mécontentement à l’égard de l’intention de lancer un satellite qui ferait tomber une fusée susceptible de contenir du carburant hautement toxique dans certaines des eaux de l’Arctique canadien parmi les plus productives sur le plan écologique.

Ces commentaires surviennent alors que le gouvernement du Nunavut a ajouté sa voix aux contestations du lancement.

Les autorités du territoire ont fait part de leurs préoccupations au cabinet Trudeau cette semaine après que le premier ministre du Nunavut, Peter Taptuna, se soit plaint du lancement, prévu pour vendredi.

«Nous demandons au Canada et au Danemark de prendre des actions rapides au niveau international pour dissuader ces activités et aller de l’avant pour protéger cette région sur le plan local et international», a déclaré M. Taptuna le 6 octobre. La veille, la Russie signalait au Canada ses intentions.

L’Agence spatiale européenne — dont le Canada est un membre affilié — prévoit de lancer le satellite Sentinel 5P, une sonde environnementale conçue pour surveiller les traces de gaz dans l’atmosphère. Un deuxième lancement d’un satellite similaire est prévu en 2018.

Les deux satellites sont censés être lancés depuis la Russie en utilisant des fusées de l’ère soviétique alimentées par de l’hydrazine. Ce produit chimique est tellement toxique que presque tous les programmes spatiaux dans le monde, y compris celui de la Russie, ne s’en servent plus.

À la suite de la séparation, le deuxième étage de la fusée, qui contient jusqu’à une tonne d’hydrazine non brûlée, devrait retomber dans l’eau entre le Groenland et l’île de Baffin.

Cette zone fait partie de la zone économique exclusive du Canada et relève de la Loi sur la prévention de la pollution des eaux arctiques.

La polynie dans les eaux du Nord est un océan de 85 000 kilomètres carrés qui est libre de glace à l’année. Il abrite la plupart des narvals du monde, ainsi que 14 000 bélugas et 1500 morses.

Les baleines boréales, les ours polaires et quatre types de phoques nagent dans ses eaux. Des dizaines de millions d’oiseaux de mer grouillent dans son ciel.

Les communautés inuites du Canada et du Groenland chassent régulièrement les animaux qui dépendent de la polynie dans les eaux du Nord.

Affaires mondiales Canada a précédemment indiqué que le Canada «continue d’exprimer ses préoccupations à la Russie» au sujet des conséquences potentielles sur l’environnement.

Les Européens soutiennent que tout le combustible toxique est brûlé lors du retour.

La recherche universitaire indique qu’il n’y a pas eu d’étude sur ce qui arrive au carburant relâché au-dessus des écosystèmes marins. De plus, des études antérieures dans les zones de lancement de la Russie révèlent que certains carburants atteignent la surface de l’eau.