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Le chef du Service de police de la ville de Montréal est suspendu avec salaire

L’opposition officielle a durement critiqué la décision du ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, de suspendre le chef du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) pour le remplacer temporairement par l’actuel directeur général de la Sûreté du Québec (SQ).

Le porte-parole du Parti québécois (PQ) en matière de sécurité publique, Pascal Bérubé, a affirmé que le ministre avait «échoué son test de leadership» en ne prenant pas en considération la rivalité bien connue entre le SPVM et la SQ.

Le chef du SPVM, Philippe Pichet, a été suspendu avec salaire mercredi à la suite d’un rapport accablant sur la gestion du corps de police et les pratiques en vigueur à sa division des affaires internes.

Selon l’auteur du rapport, Me Michel Bouchard, M. Pichet n’a pas été en mesure de donner le coup de barre qu’il fallait pour redresser l’organisation.

Non seulement cela, a écrit Me Bouchard dans son rapport d’une centaine de pages, mais des processus d’enquêtes au sujet de graves allégations concernant des policiers du SPVM «qui auraient dû être suivis (…) n’ont pas été respectés et varient de bâclés à inexistants». Des policiers soupçonnés d’inconduite auraient bénéficié de traitement préférentiel.

«Le malaise est profond et la confiance du personnel civil et policier à l’égard de la direction (est) à un niveau extrêmement préoccupant», a conclu l’expert. 

M. Pichet sera donc remplacé provisoirement par Martin Prud’homme, qui retournera «terminer sa carrière» à la SQ après son mandat de 12 mois. C’est Yves Morency qui agira à titre de directeur général par intérim de la SQ.

«C’est le pire des scénarios», a réagi M. Bérubé en point de presse, immédiatement après l’annonce conjointe de M. Coiteux et de la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

«On décide de transférer le directeur de notre police nationale au SPVM sans se soucier des rivalités historiques et actuelles entre les deux corps de police», a-t-il déploré, en suggérant que les policiers de Montréal allaient réserver un accueil froid au nouveau venu.

Désormais, ce n’est pas un, mais bien deux services de police qui sont «déstabilisés», selon lui, «et Dieu sait qu’on a besoin de stabilité présentement dans le domaine de la police», a poursuivi M. Bérubé, qui aurait préféré qu’un civil prenne en charge le SPVM temporairement.

De plus, a-t-il dénoncé, la décision de Québec n’est rien de moins qu’une «mise sous tutelle déguisée». «Ça a quatre pattes, ça a des moustaches, ça miaule, ça ressemble pas mal à un chat», a-t-il illustré.   

Le ministre Coiteux, qui avait anticipé les attaques du PQ, s’en est bien défendu. «Le mandat d’administration provisoire n’a pas pour effet de suspendre les pouvoirs de la Ville, a-t-il déclaré. Et cette administration provisoire n’a pas non plus pour effet de me conférer ou de conférer à la Ville de Montréal une autorité sur les enquêtes policières du SPVM. C’est M. Prud’homme qui va disposer à cet effet de toute la latitude nécessaire.»

Il a longuement vanté les qualités de M. Prud’homme, qui jouit d’une «excellente crédibilité», selon lui, et qui possède la «vision» et le «leadership» nécessaires pour implanter des changements d’envergure.

Par ailleurs, les Montréalais n’ont pas à s’inquiéter de la qualité des services aux citoyens offerts par leur corps de police, a ajouté le ministre. Les problématiques soulevées dans le rapport ne touchent pas les opérations courantes de l’organisation.  

Le règne de M. Pichet, qui a été nommé en août 2015 par l’ancien maire Denis Coderre, a été marqué par plusieurs controverses.

Il avait notamment dû défendre la décision du SPVM d’épier les communications par cellulaire du chroniqueur Patrick Lagacé, ce qui avait mené à la création par le gouvernement du Québec de la Commission d’enquête sur la protection de la confidentialité des sources journalistiques. Cette commission doit rendre son rapport la semaine prochaine.

M. Pichet avait également dû licencier son chef de cabinet en octobre dernier à la suite de perquisitions menées dans les locaux du quartier général du SPVM par des policiers de la SQ.

Plus de 4000 policiers oeuvrent au sein du SPVM. Leur syndicat, la Fraternité des policiers et policières de Montréal, a affirmé par voie de communiqué mercredi qu’il prenait acte des mesures annoncées par le ministre et la mairesse de Montréal. La Fraternité a offert sa pleine collaboration «pour redresser le SPVM».

«Le SPVM doit être remis sur pied et nous allons y concourir», a déclaré le président de la Fraternité, Yves Francoeur, en ajoutant «qu’il était temps que le SPVM s’engage dans un processus pour regagner la confiance du public et des policiers et policières, fortement ébranlée au courant des dernières années».

Un travail colossal attend M. Prud’homme, selon la Fraternité, qui s’attend à ce qu’un plan de redressement clair, précis et concret soit mis en oeuvre dans les meilleurs délais.