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Des manifestants se réunissent à Montréal en mémoire du jeune Colten Boushie

MONTRÉAL — Plus d’une centaine de personnes se sont réunies dans un secteur bondé du centre-ville de Montréal, mardi, pour souligner la mémoire de Colten Boushie, un jeune Cri qui a été abattu par un fermier en Saskatchewan.

Des groupes étudiants et autochtones avaient organisé ce rassemblement dans la foulée de l’acquittement de Gerald Stanley, le fermier qui a tué le jeune Autochtone d’un coup de feu derrière la tête.

Depuis quelques jours, plusieurs personnalités influentes, dont le premier ministre Justin Trudeau, ont exprimé leurs inquiétudes sur le fait que les membres des Premières Nations soient sous-représentés dans les jurys. M. Stanley a été acquitté par un jury formé entièrement de Blancs. D’autres ont remis en question le système de «récusation péremptoire», qui permet aux avocats de rejeter certains jurés sans fournir d’explication.

Les manifestants de Montréal se sont entassés en pleine heure de pointe sur la place Norman-Bethune, près de l’Université Concordia, pour entendre des chants autochtones et des discours militants.

Plusieurs brandissaient des pancartes où l’on pouvait lire «Justice pour Colten» («Justice for Colten»), «La vie des Autochtones compte» («Indigenous Lives Matter») et «On est en 2018. Abolissons la Loi sur les Indiens» («We’re in 2018. Abolish the Indian Act»).

Les manifestants ont dénoncé le système canadien de justice qui, selon eux, n’est pas assez représentatif de la population et pas assez sensible aux réalités des Premières Nations.

Quentin Condo, de la communauté micmaque de Gesgapegiag, en Gaspésie, est venu au rassemblement avec sa femme et leurs cinq enfants pour revendiquer plus de justice pour les Autochtones du pays.

«Ce qui est arrivé à ce jeune homme-là, ça aurait pu arriver à tous nos enfants. Il n’y a pas de justice, il faut que le système change», a-t-il soutenu.

«Le Canada, c’est multiculturel, je ne peux pas croire qu’il y avait juste des non-Autochtones blancs qui étaient disponibles pour être dans ce jury-là.»

Victoria Hinchcliffe estime que le public devrait être sensibilisé davantage aux problèmes des communautés autochtones. Elle souligne qu’il faudrait aussi nommer plus de juges et d’avocats autochtones.

«C’est d’une telle injustice… Il y a beaucoup de choses à faire», a-t-elle déclaré.

Scepticisme sur le gouvernement Trudeau

Les manifestants se sont montrés sceptiques face à l’approche de Justin Trudeau qui, selon certains, ne livre pas la marchandise malgré son discours.

«Il a quand même beaucoup d’empathie, mais quand ça vient à vraiment agir… Je ne vois pas les effets, les actions. Ce n’est pas concret, c’est seulement théorique», a expliqué Anca Dura.

«C’est dommage, parce que je me disais que Trudeau allait être différent, mais de ce point de vue là, c’est un peu comme les autres avant lui.»

Mme Hinchcliffe souligne toutefois que le premier ministre a peu de marge de manoeuvre dans ce cas, car il s’agit d’un dossier judiciaire. «C’est incroyablement difficile, et je comprends que le premier ministre ne peut pas parler de cas particulier dans le système de justice», a-t-elle remarqué.

Imprudent, dit le Barreau du Québec

Le bâtonnier du Québec, Paul-Matthieu Grondin, a d’ailleurs qualifié l’intervention du gouvernement de «probablement imprudente», étant donné l’importance de la séparation entre les pouvoirs.

«L’exécutif doit faire preuve d’extrême prudence quant à des commentaires sur les affaires judiciaires», a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.

«Quant aux enjeux qui touchent les Autochtones et notre système de justice, il y a des problèmes bien documentés auxquels nous devons nous attaquer. Sans surprise, le Barreau est d’avis qu’un jury devrait être représentatif de la diversité d’une société», a-t-il ajouté.

D’autres rassemblements semblables ont eu lieu la fin de semaine dernière dans plusieurs villes canadiennes, dont Toronto.