Québec/Canada

Un étudiant malentendant déposera une plainte contre l’Université Memorial

SAINT-JEAN, – Un étudiant de l’Université Memorial, à Terre-Neuve, déposera une plainte pour atteinte aux droits de la personne parce que l’une de ses professeurs aurait refusé de porter un dispositif qui lui permet de bien entendre dans les cours, selon le père du jeune homme de 20 ans.

Bill Sears croit que son fils William a subi de la discrimination en raison de son trouble de l’audition dans l’établissement de Saint-Jean.

L’étudiant a affirmé que sa professeure d’histoire, Ranee Panjabi, n’a pas voulu installer sur elle le dispositif qui envoie des signaux à son appareil auditif en raison de ses convictions religieuses.

Lorsque le jeune homme serait allé voir l’enseignante pour lui faire part de sa demande, Mme Panjabi aurait répondu qu’elle n’allait pas utiliser l’appareil et elle lui aurait proposé de le placer sur le bureau à l’avant de la classe.

La Presse Canadienne n’a pas pu joindre Mme Panjabi.

M. Sears allègue qu’une telle situation est déjà survenue avec d’autres étudiants malentendants. Il a ainsi choisi d’exposer le cas à la Commission des droits de la personne de Terre-Neuve-et-Labrador. Ils attendent actuellement la prochaine étape du processus et ils ont aussi déposé une plainte formelle à l’université.

William Sears, qui n’était pas disponible pour commenter vendredi, a été humilié par la situation et il veut éviter que cela se reproduise, a souligné son père.

La vice-rectrice des étudiants de l’université, Cecilia Reynolds, a indiqué qu’en vertu d’une entente conclue il y a 20 ans sur une affaire similaire, la professeure n’est pas tenue de porter le dispositif.

L’ancienne étudiante liée à cette entente, Nancy McDonald, a rendu publique la lettre qu’elle avait reçue de l’université en 1996 à une station de radio locale, VOCM.

Dans la lettre, Mme Panjabi affirmait que les raisons religieuses évoquées n’étaient pas liées à des traditions précises, mais bien à sa «spiritualité personnelle et à ses engagements».

L’université s’est défendue par voie de communiqué, vendredi, assurant qu’elle croyait à une «éducation inclusive». Dans cette affaire, la solution avait été d’offrir à l’élève de suivre un autre cours d’histoire.

«Dans des situations rares comme celles-ci, lorsqu’un étudiant fait une demande d’accommodement qui vient en compétition avec un droit juridique, l’université doit déterminer la validité du droit et assurer un équilibre qui respecte l’ensemble des droits», est-il écrit.

Noa Mendelsohn Aviv, directrice du programme d’égalité de l’Association canadienne des libertés civiles, estime qu’il est difficile de prédire ce que pourrait être la décision d’un juge si le cas se retrouve devant les tribunaux puisque l’enseignante fournit peu de détails sur sa position.

Selon elle, les tribunaux évitent généralement de se prononcer sur la validité des croyances des individus par rapport à une religion.

«En droit, nous ne voulons pas faire des cours des tribunaux religieux. Nous ne demandons pas aux cours de consulter le contenu de nos croyances. Nous leur demandons d’évaluer la sincérité de la foi», a-t-elle souligné.