Art de vivre

Égoportraits mortels pour touristes superficiels

Qu’ils se placent dans des situations dangereuses ou non, un nombre grandissant de touristes périssent en tentant de se croquer eux-mêmes le portrait.

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Photo : Angie Six/Flickr

Ces derniers temps, de plus en plus de touristes meurent en se prenant eux-mêmes en photo dans des situations ou sur des sites potentiellement dangereux, rapportent Reuters et L’Obs Rue89.
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Ainsi, en juin dernier, un homme de 21 ans est décédé après être tombé d’un pont de Moscou où il venait de se tirer l’égoportrait, alors qu’en début d’année, en Inde, trois étudiants sont morts happés par un train en tentant de se prendre en photo devant une locomotive qui arrivait sur une voie parallèle. Auparavant, au Portugal et en Afrique du Sud, des touristes sont mortellement tombés du haut d’une falaise en essayant de se photographier.

Même lorsqu’ils ne font rien de dangereux, certains périssent parce qu’ils comptaient se croquer eux-mêmes le portrait : en juillet, un randonneur britannique est mort foudroyé parce qu’il portait sur lui une perche à égoportrait (selfie stick), laquelle a attiré la foudre comme un paratonnerre.

Bref, autant d’excellents candidats potentiels aux prochains Darwin Awards, ces prix qu’on désigne annuellement pour souligner les décès absurdes qui favorisent la sélection naturelle.

Mesures

Devant tant de morts accidentelles, mais aussi en réaction contre la prolifération d’égoportraits dangereux pour la sécurité publique, embêtants pour les visiteurs ou menaçants pour l’intégrité des sites, on commence à prendre des mesures dans certaines contrées.

Par exemple, la Russie vient de lancer une campagne de sensibilisation publique aux dangers que peut représenter l’égoportrait, au même titre qu’on l’a fait pour la beuverie express (binge drinking) ou le tabagisme. Mais il y a plus.

Outre l’interdiction des perches dans un nombre grandissant de sites, de manifestations et de musées (MoMa de New York, National Gallery de Londres, château de Versailles, Musée canadien pour les droits de la personne de Winnipeg…), voilà qu’en Inde, on songe à mettre en place des no selfie zones — pour éviter que les gens ne s’éborgnent entre eux, sans doute — durant la grande célébration de la Kumbh Mela.

De son côté, l’Union européenne a lancé l’idée, en juin, de réglementer la diffusion sur les réseaux sociaux d’égoportraits pris sur des sites emblématiques, comme la tour Eiffel ou la fontaine de Trevi, pour décourager les égophotographes téméraires.

Cela dit, non seulement certaines destinations ne font rien pour décourager les égoportraits, mais encore incitent-elles les visiteurs à en prendre. C’est le cas de Tourisme Australie, qui est en train d’organiser ce qui sera «le plus grand selfie du monde», ou de Tourisme Lanaudière, qui a lancé cet été le concours «Rapprochez-vous» (PDF). Quant à l’Office de tourisme de Québec, on saura bientôt si sa campagne publicitaire d’égoportaits ratés a porté ses fruits, en Ontario et aux États-Unis.

En attendant, force est de constater que dans la majorité des cas, la prise d’un égoportrait demeure anodine et sans danger — à condition d’avoir un minimum de jugement —, et que l’utilisation d’une perche à cette fin, si ridicule et controversée soit-elle, peut parfois contribuer à sauver une vie…