Art de vivre

De l’art de gravir les plus hauts sommets du globe

Flairant la bonne affaire, de plus en plus d’agences de trek voient la manne que peuvent représenter ces expéditions, souvent coûteuses.

Art_de_vivreDepuis plusieurs années, le nombre de personnes qui prennent part à des expéditions en haute altitude va croissant, que ce soit par soif de nouveauté, par envie personnelle de se surpasser ou pour un défi caritatif.

Crédit: Jean-Sébastien Berlinguette
Crédit: Jean-Sébastien Berlinguette

Flairant la bonne affaire, de plus en plus d’agences de trek voient la manne que peuvent représenter ces expéditions, souvent coûteuses. Or, le commun des randonneurs n’est pas nécessairement prêt à prendre d’assaut les plus hauts sommets de la planète: on n’accède pas au camp de base de l’Everest ou au faîte de l’Aconcagua comme on se rend sur le mont Saint-Hilaire. Et ces agences ne sont pas toutes qualifiées pour encadrer les milliers de randonneurs qui s’élancent chaque année à des altitudes où le corps est soumis à des conditions difficiles, ce qui peut entraîner des conséquences dramatiques.

Il y a sept ou huit ans, un Québécois est mort sur un flanc du Kilimandjaro — la montagne des défis — lors d’une expédition caritative. L’organisateur de cet événement, une ONG bien connue, avait traité avec une agence tanzanienne locale. Or, il semble que le guide qui accompagnait le trekker québécois l’a encouragé à continuer à grimper, plutôt que de l’inciter à redescendre, quand ce dernier a commencé à lui faire part de symptômes pourtant évidents du mal de l’altitude, ou mal aigu des montagnes.

Crédit: Jean-Sébastien Berlinguette
Crédit: Jean-Sébastien Berlinguette

«Après ce malheureux accident, je me suis fait mandater par un voyagiste québécois pour repérer les meilleures agences tanzaniennes de trek; or, 90 % de celles qui proposaient l’ascension du Kilimandjaro n’étaient pas à la hauteur», affirme Emmanuel Daigle, guide québécois d’expéditions de haute montagne.

Après 10 années à colliger des informations, à parcourir d’arides traités scientifiques et à vivre des expériences sur le terrain, ce conférencier, formateur, chroniqueur et blogueur  vient de lancer Haute altitude – Du trek à l’expédition.

Crédit: Jean-Sébastien Berlinguette
Crédit: Jean-Sébastien Berlinguette

Préfacé par Charles Tisseyre, ce foisonnant ouvrage — que l’auteur a fait réviser et approuver par des médecins —, s’adresse à quiconque veut entreprendre un trek au-delà de 2 500 m. Il donne une foule de conseils sur tous les aspects essentiels à la préparation d’une expédition en montagne: planification, entraînement, nutrition, équipement, organisation pré-départ, etc.

«Mon but n’est pas de faire peur aux gens, mais de leur donner des outils pour qu’ils soient bien renseignés avant de partir, et qu’ils soient en mesure de poser les bonnes questions aux agences», dit-il.

Celui qui a déjà tenté de gravir le Manaslu (8 163 m) et le Denali (ex-mont McKinley, 6 194 m), et qui a accédé une douzaine de fois au camp de base de l’Everest, a lui-même déjà failli subir un grave accident sur une haute montagne, le cerro El Plomo, quand il était jeune et inconscient.

«Je me suis fié à mes amis chiliens, habitués à gravir cette montagne, et je suis rapidement passé du niveau de la mer à 5 424 m, sans période d’acclimatation, se rappelle le guide. Heureusement, je suis redescendu d’un trait en une dizaine d’heures, ce qui m’a probablement sauvé la vie: après coup, j’ai réalisé que là-haut, j’étais en train de faire un œdème pulmonaire.»

Crédit: Jean-Sébastien Berlinguette
Crédit: Jean-Sébastien Berlinguette

Peu importe le sommet, la vitesse d’ascension demeure la clé du succès d’un trek en haute altitude. «Pour que le corps s’adapte, puis s’acclimate à la raréfaction de l’oxygène, il faut prendre son temps et respecter les règles de bases d’une ascension progressive mais surtout, ne jamais pousser la machine lorsque le corps n’est pas prêt», rappelle le guide.

Au-delà des nombreux conseils qu’on y trouve, le livre d’Emmanuel Daigle regorge d’images d’Épinal croquées çà et là sur la planète trek. Plus qu’un ouvrage de vulgarisation et un guide pratique, c’est une véritable invitation au voyage. Et une fois l’envie du départ semée, le volet pratique permet à quiconque de prendre conscience qu’il est possible de passer du rêve à l’action.

Crédit: Jean-Sébastien Berlinguette
Crédit: Jean-Sébastien Berlinguette