Art de vivre

La rage de l’air aggravée par la classe affaires?

Des passagers de la classe économique seraient plus enclins à s’emporter lorsque témoins de la réalité des inégalités sociales que met en relief la classe affaires, rapporte une étude.

(Photo: Stela Di/Pixabay)
(Photo: Stela Di/Pixabay)

Elles sont nombreuses, les raisons de péter les plombs à bord d’un avion: retard, surréservation et annulation, exiguïté des places assises, médiocrité du service, voisin de siège insupportable, frais afférents facturés pour un oui, un non ou une maigre bouchée… Pas étonnant que les cas de rage de l’air soient en hausse.

Or, les conclusions d’une étude dévoilée début mai soulèvent une étonnante hypothèse: ces incidents sont quatre fois plus fréquents à bord des avions dotés d’une première classe ou d’une classe affaires, surtout si les passagers de la classe économique doivent traverser l’une de ces classes, rapporte CNN. Dans ce dernier cas, des anicroches surviennent deux fois plus souvent.

Selon les chercheurs à l’origine de cette étude, menée conjointement par l’Université de Toronto et l’Université Harvard, des passagers de la classe économique seraient ainsi plus enclins à s’emporter lorsque témoins de la réalité des inégalités sociales et de l’infériorité de leur rang dans ce microcosme de la société qu’est l’avion, relève le magazine Science.


À lire aussi:

Des valises (presque) intelligentes


Étalée sur plusieurs années et finalisée après l’analyse des données d’au moins un million de vols d’un transporteur aérien (dont le nom est inconnu), l’étude rapporte qu’en moyenne, des cas de rage aérienne surviennent 1,58 fois sur 1 000 vols en classe économique, contre 0,31 fois en première classe et en classe affaires. Les trois quarts des cas impliquent des hommes, et l’état d’ébriété des passagers fautifs est souvent en cause — dans les deux tiers des incidents, en fait.

Cela dit, les chercheurs n’ont pu clairement établir un lien de causalité entre la présence d’une première classe ou d’une classe affaires et les cas de rage de l’air. Bien d’autres circonstances peuvent d’ailleurs expliquer ces poussées de colère en haute altitude, à commencer par l’impression de se sentir comme du bétail à bord de bon nombre d’avions ou l’attente interminable précédant l’embarquement dans de nombreux aéroports — en particulier aux États-Unis.

Quoi qu’il en soit, rien n’empêche les transporteurs d’utiliser toutes les portes d’accès de leurs appareils pour faciliter l’embarquement, quand les infrastructures aéroportuaires le permettent: de nos jours, la plupart des avions long courrier sont dotés de tels accès au milieu de la carlingue. Les passagers de la classe économique évitent alors d’être témoins du train de vie des mieux nantis des classes supérieures.

Même si cela ne permet pas d’éradiquer tous les cas de rage de l’air, le passager lambda sera moins exaspéré s’il ne reçoit pas sèchement au visage l’image de sa réalité de «citoyen de seconde classe» lorsqu’il doit se recroqueviller pour tenter de s’incruster dans son siège étriqué.