Art de vivre

Betterave antidérapante

Un étrange amalgame pour permettre au sel de bien adhérer à la glace.

(iStockphoto)
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Cet hiver, les rues de Cowansville, en Montérégie, sont déglacées à l’aide d’un mélange de sel et de… jus de betterave.

Efficace jusqu’à une température de – 28 °C, cette mixture augmente l’adhérence du sel sur la glace. Lors de l’épandage sur la chaussée glacée, le sel rebondit souvent sur le sol et s’accumule en bordure de route. Une fois enrobé de ce jus, le sel reste en place et fait fondre la glace.

La municipalité a dû ajouter un réservoir supplémentaire à ses camions, mais pense absorber ces coûts en deux hivers, puisque l’additif permet de diminuer la quantité de sel épandu d’environ 30 %. Elle réduira aussi l’impact du sel sur l’environnement de même que ses effets corrosifs sur les infrastructures municipales. Établie de part et d’autre de la rivière Yamaska, Cowansville compte de nombreux ponts, dont le métal et le béton s’avèrent particulièrement vulnérables aux effets du sel, souligne Sylvain Perreault, le directeur du service des infrastructures et des immobilisations de la municipalité.

Selon le ministère des Transports du Québec, les coûts indirects engendrés par l’épandage d’une tonne de sel de déglaçage seraient de 10 à 15 fois plus élevés que son prix d’achat (il coûte environ 70 dollars la tonne), en raison des dommages causés aux infrastructures, aux véhicules et à l’environnement.

Le produit de déglaçage, mis au point par l’ontarienne Eco Solutions, est tiré de la betterave à sucre blanche et se présente sous la forme d’un liquide ressemblant à de la sauce soya.

Une fois aspergé du produit, le sel prend une teinte caramel. Pas de gadoue violette sur les trottoirs de Cowansville, donc !

L’odeur de café brûlé de la substance surprend cependant quelque peu, précise Sylvain Perreault. «Nous évitons d’en mettre près de l’entrée des bâtiments, pour éviter que les gens en traînent à l’intérieur sous leurs semelles », dit-il. Au grand air, sur les rues et trottoirs, l’odeur n’a rien de gênant.

À ce jour, une quinzaine de municipalités québécoises ont ajouté cet ingrédient à leur arsenal. Certaines humectent le sel de jus à bord d’un camion épandeur juste avant qu’il soit épandu au sol, comme à Cowansville. D’autres achètent en vrac du sel prétraité au jus de betterave auprès du distributeur du produit au Québec, Eco-Forma.

Le produit peut même être appliqué sous sa forme liquide sur les routes, avec un soupçon de sel, avant une chute de neige ou de pluie verglaçante, de façon à prévenir la formation de glace. C’est ce que la Ville de Sherbrooke a fait sur un tronçon de 10 kilomètres de chaussée le 25 janvier dernier, alors qu’une tempête de verglas s’abattait sur presque tout le Québec.

«Il y avait de la glace partout, sauf là où on avait mis le liquide», s’enthousiasme Joel Shugar, président d’Eco-Forma.

La solution «jus-sel» ne requiert que de 10 à 15 kg de sel par kilomètre de voie où le produit est appliqué, alors qu’il faut au moins 120 kg de sel par kilomètre de voie pour un épandage de sel conventionnel.

Le jus de betterave salé a rendu la chaussée sécuritaire durant toute l’heure de pointe du matin sur les rues où il avait été appliqué. Ailleurs, la ville débutait son quatrième épandage de sel de la matinée alors qu’il était à peine 10h.