Art de vivre

Le cordyceps, l’aphrodisiaque qui vaut plus cher que l’or

Ce « champignon-chenille » peut se vendre jusqu’à 135 000 dollars le kilo sur le marché chinois.

Au Bhoutan, dans les marchés et les boutiques de souvenirs de Paro, de Thimphou et d’ailleurs, un étrange petit aliment mi-végétal, mi-animal est fort prisé par certains touristes.

Baptisé yartsagunbu, yarsagumba ou yartchagumba et communément appelé cordyceps, ce « champignon entomopathogène » parasite une chenille de papillon qui évolue sous terre, au-delà de 3 500 m d’altitude, dans l’Himalaya.

Prix de ce bocal : 9 500 dollars. (Photo : Gary Lawrence)

Le champignon grandit dans la chenille en s’en nourrissant de l’intérieur, avant de la tuer et de la momifier. Il produit ensuite une excroissance en forme de corne qui émerge du sol. Dès que cette excroissance se pointe, au printemps, des villages entiers du Tibet, du Népal et du Bhoutan (mais aussi de l’Inde, dans une moindre mesure) se vident. Les habitants partent en grand nombre à la recherche de cet Ophiocordyceps sinensis, scrutant le sol à quatre pattes, bêchant la végétation dès qu’ils repèrent un spécimen du précieux champignon-chenille.

Il faut dire que sur certains marchés asiatiques — en Chine, notamment —, le cordyceps peut valoir jusqu’à 135 000 dollars le kilo, un prix qui s’explique par ses propriétés prétendument aphrodisiaques. On utilise également le cordyceps comme tonifiant, pour traiter des affections rénales, pulmonaires ou cardiaques, ou pour renforcer le système immunitaire, entre autres.

Thé au cordyceps : 27 dollars pour 25 sachets… qui ne produisent qu’un fade liquide. (Photo : Gary Lawrence)

La « ruée vers le cordyceps » n’est cependant pas sans conséquence : en plus de causer la dégradation des alpages himalayens de haute altitude, cet engouement a entraîné une hausse du braconnage des grands félins, surtout au Tibet. De nombreux cueilleurs nouvellement fortunés ont en effet commencé à vouloir se parer de fourrures rares, ce qui a créé une demande accrue pour ce commerce illégal.

Du reste, certains cueilleurs périssent dans une avalanche ou se blessent gravement en faisant une chute, et d’autres se font molester — parfois mortellement — par des propriétaires terriens parce qu’ils envahissent leurs alpages à la recherche de cordyceps.

L’engouement n’est pas près de cesser : alors que, jadis, la récolte du cordyceps n’était que l’apanage de quelques gardiens de yaks qui arrondissaient ainsi leurs fins de mois, elle représente de nos jours jusqu’à 80 % du revenu annuel de certains agriculteurs et éleveurs, essentiellement au Tibet.

Tout ça parce que de riches Asiatiques en panne de libido croient que ce « viagra himalayen » possède des vertus qui n’ont jamais été scientifiquement prouvées…