Art de vivre

Montréal insolite

Une ancienne banque transformée en café, une ruelle en escalier qui invite à la rêverie, des bars invisibles de la rue : il est des endroits à Montréal que même les Montréalais ne connaissent pas ! Visite guidée.

CAFÉS ET RESTOS

Crew collectif & Café (360, rue Saint-Jacques)

Une ancienne banque transformée en café, le plus spectaculaire de Montréal ! Hauts plafonds sculptés, lustres de laiton, planchers de marbre, guichets des caissiers… tout a été conservé dans ce bâtiment des années 1920. La partie arrière a été convertie en espace de travail coopératif que des travailleurs autonomes peuvent louer. (V.F.)

Le Crew Café (Photo : Charles Briand)

Espace La Fontaine (3933, av. du Parc-La Fontaine)

Fini le menu cafétéria sous les néons blafards du chalet-restaurant ! On mange bien pour un prix modique à l’Espace La Fontaine, inauguré en 2011. Mais ce qui rend l’endroit exceptionnel, c’est sa terrasse sous les arbres. Le bistrot est géré par un OSBL qui réinvestit les profits dans des activités culturelles sur place. (V.F.)

Le Fuchsia (Collège LaSalle, 2000, rue Sainte-Catherine O.)

Un repas comprenant l’entrée, le plat principal, le dessert et le café coûte environ 15 dollars au restaurant-école du Collège LaSalle. La carte est variée, la cuisine soignée, et le service, assuré par les étudiants en hôtellerie, hors pair. Du mardi au vendredi, le midi et le soir. (V.F.)

Les meilleurs dimsums en ville

On s’arrête à la Maison Kam Fung (1111, rue Saint-Urbain) pour manger de bons dimsums, mais surtout pour l’expérience. À peine attablé, on voit défiler les chariots débordant de dimsums, de soupes et de plats difficiles à nommer pour les non-initiés. Dans ce grand restaurant de style salle à manger, on ne commande pas à la carte ; on prend ce qui attire l’œil.

Un peu plus bas dans la même rue (1018, rue Saint-Urbain), Noodle Factory, petit resto au décor simple, sert aussi de délicieux dimsums frais préparés sous les yeux des clients. (C.G.)

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BARS

Trois speakeasys (nom donné aux bars clandestins de l’époque de la prohibition, où il fallait parler tout bas pour ne pas attirer l’attention des autorités).

 Big in Japan (4175, boul. Saint-Laurent)

Nulle enseigne n’indique l’existence de ce bar, auquel on accède par une banale porte de métal où figurent deux petits symboles japonais. À l’intérieur, un élégant labyrinthe de comptoirs éclairés de lampions évoque un film de James Bond. Au-dessus du bar, des bouteilles de whisky sont suspendues au plafond. Elles appartiennent à des habitués qui les commandent et les laissent sur place en prévision de leur prochaine visite. (V.F.)

Le 4e mur (2021, rue Saint-Denis)

Sitôt franchie une porte vitrée sur laquelle on peut lire « Agence de détectives », on se heurte à un mur de briques dans lequel une porte est (plus ou moins !) dissimulée. À l’intérieur : l’éclairage tamisé révèle un salon raffiné avec fauteuils de cuir, boiseries, jazz feutré, miroirs antiques et… excellents cocktails. (V.F.)

Le Soubois (1106, boul. de Maisonneuve O.)

On pénètre dans ce superbe speakeasy en faisant basculer une bibliothèque nichée dans le décor de forêt enchantée à l’entrée d’un restaurant. Ici, la musique s’adoucit, et le carrelage alvéolé, les banquettes de cuir capitonné et l’éclairage vert absinthe donnent l’impression d’avoir voyagé dans une autre époque. (V.F.)

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LES (AUTRES) PARCS DE MONTRÉAL

Si les parcs du Mont-Royal, La Fontaine ou Maisonneuve sont bien connus et fréquentés, d’autres le sont beaucoup moins. Montréal en compte pourtant plus de 450. Autant de parenthèses possibles à l’agitation urbaine.

Parc René-Lévesque

Se promener dans le parc René-Lévesque, presqu’île coincée entre le fleuve et l’embouchure ouest du canal de Lachine, c’est comme visiter un musée : 22 sculptures d’artistes contemporains renommés (André Fournelle, Michel Goulet, Bill Vazan, etc.) acquises par le Musée plein air de Lachine y sont installées. L’été, le parc est animé par le va-et-vient du port de plaisance, où on peut acheter café et crème glacée. Un détour par le quai et le phare de Lachine, trois kilomètres à l’ouest, offre un point de vue sur le lac Saint-Louis digne des bords de mer. (C.G.)

Parc des Rapides

On oublie qu’on est dans la métropole en arrivant au parc des Rapides, à LaSalle : le tumulte des rapides de Lachine y est plus fort que celui de la ville. En empruntant ce qui était autrefois un barrage ou le sentier aménagé sur une digue entre les bassins de l’ancienne station hydroélectrique, on atteint une presqu’île d’un kilomètre longeant les rapides. Important refuge d’oiseaux migrateurs — plus de 225 espèces peuvent y être observées —, le parc est aussi une escale sur la piste cyclable des Berges, par laquelle on roule d’un parc à l’autre en suivant le fleuve. (C.G.)

 Parc du Bois-de-Liesse

Aux abords de la rivière des Prairies, dans le nord-ouest de l’île, le parc-nature du Bois-de-Liesse offre une multitude d’activités : marche, vélo quatre saisons grâce aux vélos à pneus surdimensionnés qu’on peut louer sur place, raquette, ski de fond. Ses sentiers en boucles proposent des circuits de un à plusieurs kilomètres qui traversent des champs ainsi qu’une érablière et la forêt d’arbres centenaires des Bois-Francs. (C.G.)

 Parc Jacques-de-Lesseps (Dorval, rue Jenkins, angle Halpern)

Des estrades et des bancs ont été installés dans ce parc spécialement aménagé pour observer les avions qui décollent de l’une des pistes de l’aéroport Montréal-Trudeau. Un panneau permet même de reconnaître les types d’appareils qui sont sur le point de s’envoler. Allez-y pendant les heures d’affluence (matin et soir), et n’oubliez pas vos bouchons d’oreilles ! (V.F.)

Arboretum Morgan (150, ch. des Pins, Sainte-Anne-de-Bellevue)

Cette réserve forestière de 245 hectares, à l’extrémité ouest de l’île, comprend une impressionnante collection de feuillus et de conifères du Québec et d’ailleurs. Elle héberge aussi une trentaine d’espèces de mammifères — cerfs de Virginie, renards roux, porcs-épics, notamment — ainsi que des reptiles, des amphibiens et plus de 170 espèces d’oiseaux. (V.F.)

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Désescalade dans le Vieux-Port (Photo : Charles Briand)

ON JOUE DEHORS

Piscine sur le toit du Club LaCité (3575, av. du Parc)

Une piscine extérieure chauffée, ouverte toute l’année ! Le prix d’entrée (15 dollars la semaine / 20 dollars la fin de semaine) donne aussi accès aux autres installations sportives pour la journée. Hotdogs, hamburgers et rafraîchissements y sont vendus en été. (V.F.)

Village au Pied-du-Courant (2100, rue Notre-Dame E.)

L’ancienne chute à neige Fullum, sous le pont Jacques-Cartier, se métamorphosera cet été encore en zone festive, avec aires sablonneuses, promenade de bois, cantine, scène et bar. L’OSBL La Pépinière, qui en est responsable, redonne vie aux espaces sous-utilisés de la ville. On lui doit aussi La Petite Floride, un autobus-cantine aux abords de la voie ferrée dans le quartier Mile End, et Les Jardineries, un café-terrasse dans un potager urbain près du Stade olympique. (V.F.)

Montréal en scooter électrique (Dyad, 80, rue Prince-Arthur E.)

Pour ceux qui veulent sillonner la ville sur deux roues sans se fatiguer, Dyad loue des scooters et des vélos électriques à partir de 15 dollars l’heure et propose des tours guidés. Aucun permis de conduire n’est requis pour les 17 ans et plus. (V.F.)

Escalade sur les silos (Allez Up, 1555, rue Saint-Patrick)

Allez Up a converti en murs d’escalade deux silos de 38 m donnant sur le canal de Lachine. Il s’agit du plus haut ouvrage aménagé pour l’escalade à Montréal et des seuls silos ainsi convertis au Canada ! On peut les gravir de juin à septembre environ, lorsque la météo le permet. Certification requise. (V.F.)

Descente en désescalade (Vieux-Port, quai des Convoyeurs, 50 m à l’ouest du Centre des sciences)

La désescalade, vous connaissez ? C’est une sorte d’escalade inversée — imaginez Spiderman accroché à un câble au lieu de sa toile d’araignée. La tour des Convoyeurs, dans le Vieux-Port, est ouverte 12 mois par année aux superhéros de tous âges qui veulent y défier la gravité. (V.F.)

Kayak sous les feux d’artifice (Détour Nature, parc de l’Île-Charron, Longueuil)

Les feux comme vous ne les avez jamais vus ! Les kayakistes longent les îles de Boucherville, puis s’immobilisent pour admirer le spectacle qui se reflète sur les eaux noires du fleuve. (V.F.)

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Ruelle en escalier au bout de la rue Roulier (Photo : Charles Briand)

CURIOSITÉS URBAINES

La Baie, centre-ville (585, rue Sainte-Catherine O.)

Construit à la fin du XIXe siècle, ce grand magasin tranche sur les autres bâtiments du centre-ville par son revêtement en grès rouge d’Écosse. Ce matériau, rare à Montréal, servait autrefois à lester les bateaux qui revenaient d’Europe vidés de leur cargaison. Le grès est facile à sculpter, d’où l’abondance d’arches et de bordures dentelées qui ornent cette superbe façade. (V.F.)

Avenue Lartigue (entre le boul. de Maisonneuve E. et la rue Logan)

Cette minuscule avenue donne au promeneur l’impression d’être transporté ailleurs, dans un village de Bretagne peut-être, avec ses trottoirs étroits, ses maisons pressées les unes contre les autres, son petit parc. Mais dans cette harmonie surgit une hacienda au toit de tuiles en terre cuite sur laquelle veille une statue moustachue. Est-ce un marin ? Ou serait-ce Napoléon ? Le propriétaire de la maison l’a surnommée « Ringo », en hommage au succès « Yellow Submarine », des Beatles. (V.F.)

Rue Demers

On se croirait dans une ruelle, tant ce court tronçon de rue, entre les avenues de l’Hôtel-de-Ville et Henri-Julien, sur le Plateau-Mont-Royal, est étroit. Terrain d’essai pour un aménagement paysager étudiant qui n’a jamais été achevé, c’est aujourd’hui l’une des rues les plus vertes de la ville, grâce au jardinier urbain Jacques Viret, qui y habite. Au fil des ans, il y a planté arbres, arbustes et fleurs, y a construit un banc en bois de grève, ainsi qu’un puits, un moulin à vent et un pont miniatures… Cet été, il ajoutera une fontaine. Son travail lui a valu, en 2005, de remporter le concours de la plus belle ruelle verte écologique et de figurer dans le Guide du routard. Il a toutefois demandé d’en être retiré, dit-il, les passants et touristes étant devenus trop nombreux à circuler dans son petit havre de paix. (C.G.)

Les trottoirs en escalier

Si les escaliers en colimaçon sont courants dans certains quartiers de Montréal, quelques escaliers urbains surprennent. Au sud de la rue Sherbrooke, il n’est pas rare de rencontrer des amateurs de planche à roulettes qui empruntent celui de la pente escarpée de l’avenue de l’Hôtel-de-Ville, alors que celui de la rue Saint-Christophe forme le cœur du minuscule parc Simonne-Monet-Chartrand. Les petits aiment dévaler la côte sur la glissoire qui le longe. Plus difficile à trouver, l’escalier qui mène de la rue De La Gauchetière à l’avenue Viger, au bout de l’impasse de la rue Roulier, invite plutôt au repos. Les marches en pente douce se fraient un chemin à travers la verdure et les fleurs. (C.G.)

Les sentiers urbains

Découpant au couteau un décor où le béton est souvent roi, une poignée d’îlots de fraîcheur inattendus ont pris racine dans les arrondissements Ville-Marie et Hochelaga-Maisonneuve. En revitalisant des zones urbaines abandonnées, l’organisme Sentier urbain a créé sept jardins thématiques : culture amérindienne, agriculture urbaine, oiseaux, etc. Que ce soit pour s’y reposer, lire, piqueniquer ou participer aux animations écologiques qui y sont organisées, ces jardins invitent les passants et les résidants à se les approprier. (C.G.)

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POINTS DE VUE

Belvédère d’Outremont

Le plus secret des belvédères, ce promontoire en pierre boudé par les touristes n’a jamais été officiellement inauguré. On le trouve en remontant le sentier boisé derrière le centre sportif de l’Université de Montréal. À côté, on aperçoit un remonte-pente rouillé, vestige des anciennes installations de saut à ski de l’Université. La vue donne sur le nord de la ville. (V.F.)

L’autre belvédère

Le belvédère du mont Royal est un arrêt populaire pour admirer la ville. Mais il y a aussi celui de la rue Summit Circle, sur la colline Westmount, pour ceux qui veulent éviter la foule. Cette halte offre un point de vue sur Montréal, le mont Saint-Hilaire et les Adirondacks à l’horizon. Des sentiers à la végétation dense mènent aussi jusqu’au belvédère. (C.G.)

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ON AIME LES SCIENCES

Les collections de physique McPherson et Rutherford (Université McGill, 3600, rue University, pavillon de physique, salles 110 et 111)

Deux salles du pavillon de physique de l’Université McGill y sont consacrées. L’une rassemble les instruments utilisés par Ernest Rutherford dans ses travaux sur la radioactivité, qui lui valurent le Nobel de chimie en 1908. L’autre, en l’honneur de la professeure Anna McPherson, recèle un trésor d’objets d’autrefois liés à la physique, dont un exemplaire de 1704 du traité d’optique d’Isaac Newton et un gramophone datant de 1879. Gratuit. Sur rendez-vous seulement. Pour les passionnés d’histoire scientifique. (V.F.)

La caverne de Saint-Léonard (parc Pie-XII)

Oui, une vraie caverne ! Plus de 35 m de tunnels frais, sombres et suintants dans lesquels on peut apercevoir des fossiles vieux de 450 millions d’années. La Société québécoise de spéléologie y organise des visites du 24 mai au 20 août. Elle fournit des casques munis d’une lampe frontale et recommande de s’équiper de bottes de caoutchouc, de gants et de vêtements longs. (V.F.)

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ON CRAQUE, ON CROQUE

La Petite Boutique (1002, av. Ogilvy)

Parmi les secrets les mieux gardés en ville : un duplex anodin du quartier Parc-Extension reconverti en bazar rétro. Chaque recoin, même l’ancienne cuisine et la baignoire de la salle de bains, regorge de céramiques, dentelles, courtepointes, vêtements griffés de toutes les époques… La propriétaire de la boutique, ouverte il y a une cinquantaine d’années, était marchande d’art dans les années 1930. Sa fille a pris la relève. (V.F.)

Dragon’s Beard Candy

Rue De La Gauchetière, au cœur du Quartier chinois, la confiserie de Johnny Chin passe presque inaperçue tellement elle est minuscule. Son auvent annonce des « bonbons à la barbe de dragon ». Souriants, Johnny ou sa femme préparent chaque matin ces friandises blanches filamenteuses dans leur boutique à peine plus grande qu’un placard. Autrefois réservés aux empereurs dans les banquets d’État, ces bonbons sont faits de pâte de sucre étirée en minces filets — évoquant une barbe blanche — enroulés autour d’arachides moulues, de graines de sésame, de noix de coco ou de chocolat. (C.G.)