Art de vivre

Chambres à part

En dictant les lois du marché, les booking.com, expedia.ca et autres agences de réservation en ligne feraient la vie dure aux petits hôteliers québécois. Qui se disent incapables de les contourner !

(Photo : iStockphoto)

Un nouvel acteur s’impose dans l’industrie du tourisme québécois depuis l’avènement de l’ère Internet : les agences de réservation d’hôtels en ligne, dominées par booking.com et expedia.ca. Le pouvoir de ces géants — le premier fondé aux Pays-Bas puis racheté par des Américains, l’autre américain — est tel qu’ils dictent les prix du marché et imposent aux établissements d’hébergement une commission de 15 % à 25 % par réservation faite par leur intermédiaire.

« Ce sont des requins qui affament nos régions, grogne Claudine Roy, propriétaire de l’Auberge sous les arbres, à Gaspé. Je leur envoie 25 000 dollars par année. Calculez la somme qu’on perd collectivement. »

Claudine Roy se voit forcée de faire affaire avec ces agences en ligne, car tous ses concurrents le font. Et comme elles ont des moyens financiers gigantesques, elles peuvent acheter une quantité énorme de mots-clés sur Internet. Résultat : en « googlant » le nom d’une auberge, on tombe souvent en premier sur booking.com.

Pour se défaire de leur emprise, les établissements d’hébergement ne peuvent pas offrir de meilleurs prix à leurs clients qui réservent sans leur intermédiaire. « Les contrats avec ces agences exigent la parité tarifaire », explique Xavier Gret, directeur général de l’Association Hôtellerie Québec, qui a pour mission de représenter les intérêts de ses 500 hôteliers membres. Donc, l’idée que ces sites offrent nécessairement de meilleurs prix est un mythe qui persiste.

Malgré la colère des petits hôteliers, Frédéric Gonzalo, consultant en marketing spécialisé en tourisme, ne voit pas ces agences de réservation uniquement comme des parasites. « Il y a toujours un coût au marketing, dit-il. Les clients qui réservent par ces intermédiaires l’auraient-ils fait autrement ? » Pour attirer la clientèle étrangère, c’est un outil formidable. « Ce qui est frustrant, c’est que des Québécois les utilisent, privant alors l’hôtelier d’importants revenus. »

L’Association Hôtellerie Québec rêve de lancer, en collaboration avec des partenaires comme le gouvernement du Québec, une campagne « Réservez Québec » en vue de dissuader les consommateurs de recourir à ces plateformes. Il n’est cependant pas facile de convaincre les clients de les délaisser. « Plusieurs agences en ligne offrent des programmes de récompenses afin de fidéliser leur clientèle », constate Claudine Roy. Le seul moyen de les contrer est d’offrir des prestations de service gratuites à ceux qui réservent directement.

L’Association réclame une intervention gouvernementale pour rééquilibrer le rapport de force entre les hôteliers et ces géants. « Le gouvernement devrait légiférer afin d’abolir la parité tarifaire, comme l’a fait la France », dit Xavier Gret. Cette loi permet aux hôteliers français d’offrir des prix moindres en réservation directe. Cette initiative a été vivement contestée par les géants de la réservation en ligne. Malgré cela, d’autres pays, comme l’Angleterre et l’Allemagne, ont adopté ce genre de mesures.

Le Québec emboîtera-t-il le pas ? Pour le moment, la ministre du Tourisme, Julie Boulet, dit suivre la situation de près, mais aucune intervention n’est au programme.