Art de vivre

Rosés en deux temps

Souvent considéré comme un plaisir coupable, le vin rosé peut cependant se révéler tout en nuances et en équilibre.

(Photo : iStockphoto)

Un peu comme le fromage en grains auprès des amateurs de fromages fins, le rosé est consommé de façon abondante et avec un plaisir certain, sans être vraiment pris au sérieux. En d’autres termes : on l’aime, chiffres à l’appui, mais on ne s’en vante pas.

La consommation mondiale de rosé a connu une augmentation de 20 % de 2002 à 2014. Au Québec, les ventes de vins rosés produits hors Québec ont progressé de 9,4 % de 2015 à 2016 et celles de vins rosés québécois, de plus de 40 %. Ils ont généré à eux seuls près de 1,5 million de dollars à la SAQ.

Tous les rosés ne naissent pas égaux. Et pour apprécier à sa juste valeur ce vin d’été, il faut savoir qu’il se décline en trois grandes catégories : les rosés de saignée, les rosés de pressurage direct et les rosés dits « de piscine », sucrés. Je ne m’attarderai que sur les deux premiers ; les rosés sucrés n’ayant, à mon avis, aucun intérêt.

Le rosé de saignée est issu d’une macération en cuve de plus ou moins 24 heures avant le pressurage. Ce contact prolongé avec la peau des raisins noirs donnera, par conséquent, des vins plus colorés et plus structurés que la moyenne. Le rosé de pressurage direct, comme son nom l’indique, est pressé avant que les raisins aient eu le temps de libérer trop de pigments et de tanins. C’est le modèle même du rosé de Provence — pâle, délicat, aérien —, qu’on aborde dans le même esprit qu’un vin blanc.

Dans leur forme la plus pure et achevée, les bons rosés sont des leçons de minimalisme. Comme un chant a cappella, le rosé se joue en nuances, en précision et en équilibre, sans effets spéciaux. Toute fausse note transparaît. Ce sont des vins qui chuchotent plutôt que de crier. Avec l’omniprésence du bruit dans notre environnement, qui s’en plaindra ?

Vignoble Rivière du Chêne, Le Rosé Gabrielle 2016 (10817090 ; 14,70 $)
Ce domaine des Basses-Laurentides produit un bon rosé, composé de seyval noir, de sainte-croix, de frontenac gris et de sabrevois. Le nez déploie des parfums de banane verte et de petits fruits rouges ; en bouche, le vin est bien sec, assez gras et soutenu par une saine acidité. Bon vin à apprécier à l’apéro ou à table, avec une truite arc-en-ciel.

Gabriel Meffre, Tavel 2016, Saint-Ferréol (13204820 ; 21,95 $)
Ce vin fait honneur à l’appellation Tavel, dans le sud du Rhône, réputée pour ses rosés de saignée. Le caractère aromatique est marqué par le cépage grenache, la texture est passablement charnue et le vin est taillé sur mesure pour la table. On gagnera même à l’aérer en carafe une heure avant de le servir.

Domaine du Deffends, Rosé d’une Nuit 2016, Coteaux Varois en Provence (12638491 ; 24,40 $)
Ce rosé biologique est soutiré dans la nuit suivant la récolte. Les baies de grenache noir n’ont donc eu que quelques heures pour colorer le jus et donnent un vin très sérieux. Sec, élégant et très fin, structuré sans être tannique, ponctué de saveurs pures et précises, qu’une salinité et une délicate amertume tirent en finale. Excellent !