Art de vivre

La route des sommets

Côtoyer des caribous, s’évader dans la toundra, observer un relief sculpté par une météorite… Êtes-vous prêt à conquérir les plus beaux sommets du Québec ?

(Photo : © Steve Deschênes / Tourisme Charlevoix)

Mont du Lac à l’Empêche (930 m)

S’élevant dans l’arrière-pays de Saint-Urbain et voisine du très populaire mont du Lac des Cygnes, cette montagne n’a pas son équivalent dans Charlevoix. Alors qu’à cette altitude on devrait circuler dans une forêt dense, son versant nord-ouest abrite une végétation composée de sphaigne et d’éricacées (kalmias, bleuets et thé du Labrador). Celle-ci confère à ces lieux une atmosphère digne du Grand Nord, qu’on apprécie au gré d’un sentier en boucle de 10 km.

Dès le début de l’ascension, on quitte la forêt boréale pour être téléporté dans la taïga, une forêt d’arbres clairsemés. Puis, celle-ci laisse place progressivement au lichen et à la mousse. À l’approche du sommet, la surface devient de plus en plus minérale. Des cairns — amoncellements de pierres servant de repères — deviennent nécessaires pour délimiter le sentier. On frôle de vertigineux précipices, qui constituent la frange nord du cratère de Charlevoix, où le relief a été modelé par une météorite tombée il y a 400 millions d’années. De là, on domine Charlevoix, tout en contemplant le bleu du Saint-Laurent à l’horizon. Cette montagne méconnue fait partie du réseau de la Traversée de Charlevoix.

(Photo : Simon Rancourt)

Mont Ham (713 m)

Malgré son altitude relativement modeste, le mont Ham peut jouer dans la cour des grands. Cette montagne appalachienne un peu à l’écart, située à 40 km au nord de Sherbrooke, possède toutes les caractéristiques pour faire une excursion inoubliable. Son sommet facilement accessible, ponctué de caps rocheux sans végétation, procure des panoramas à 360˚ sur cette région composée d’une mosaïque de terres agricoles, d’étendues boisées et de villages au relief vallonné. Les sentiers qui sillonnent la montagne circulent à travers une magnifique forêt mature de 80 ans dominée par l’érable à sucre. À l’automne, quand les arbres prennent des teintes rougeâtres, une horde de randonneurs envahissent le parc régional du Mont-Ham pour profiter de ce spectacle grandiose. Probablement la plus belle « petite » montagne du Québec.

Montagne de Franceville (960 m)

Le secteur de Franceville forme un arc qui ceinture le flanc nord du massif du Mont-Mégantic. Ce bloc compact d’imposantes montagnes, dont trois sommets dépassent les 1 000 m d’altitude, a une histoire toute particulière. Bien que situé dans le territoire des Appalaches, ce massif partage les mêmes origines que les monts Royal, Saint-Bruno et Saint-Hilaire, ce qui en ferait une colline montérégienne. Sa roche magmatique extrêmement dure, issue d’une intrusion de magma dans la croûte terrestre, aurait résisté, selon les plus récentes hypothèses, au raclement des glaciers.

Protégé par le parc national du Mont-Mégantic, ce massif circulaire se révèle dans toute sa splendeur grâce au sentier des Cimes de Franceville, qui court sur une longue crête. Pendant des kilomètres, le randonneur profite de points de vue magiques sur le mont Mégantic et les vastes plaines environnantes, autrefois terre promise de colons français, d’où ce toponyme.

Sur le chemin du retour, on accorde une thermothérapie à nos pieds en les baignant dans les cascades du ruisseau de la Montagne, qui coule au fond d’une profonde vallée encaissée, jadis inondée par un lac glaciaire. Même si ce lac a depuis longtemps disparu, les eaux du ruisseau demeurent éternellement froides, comme une réminiscence d’un passé oublié. (sepaq.com)

Mont Nicol-Albert (890 m)

Retiré dans la réserve faunique de Matane, à 30 km de Cap-Chat, ce mastodonte à la toponymie énigmatique demeure l’un des secrets les mieux gardés du Québec. Et pour cause. Sa conquête, par un sentier de 6,2 km (aller seulement), nous fait gravir une dénivelée de 750 m, soit l’équivalent en hauteur d’un immeuble de 175 étages ! Pas étonnant qu’il soit considéré comme l’un des sentiers les plus difficiles de la province. Sa forte inclinaison lui aurait même permis d’accueillir la descente masculine de ski alpin à des Jeux olympiques de Québec.

Ce sentier — qui se mérite ! — recèle de nombreux trésors : le sanctuaire à saumons de la rivière Cap-Chat, les chutes et cascades du canyon du ruisseau Beaulieu, les panoramas sur la vallée de la rivière Cap-Chat et sur le massif des Chic-Chocs, sans compter la rencontre de « Bonhomme », un monolithe de quelques mètres de hauteur au profil humain perché à flanc de montagne. Au sommet s’ouvre une curieuse crevasse. Attention de ne pas vous y engouffrer !

Le sentier du mont Nicol-Albert fait partie du Sentier international des Appalaches, section Québec. À partir du sommet, vous pouvez continuer à randonner jusqu’aux États-Unis pour rejoindre l’Appalachian Trail par le Maine. Pourquoi pas ?

(Photo : © TQ / Christian Savard)

Mont Jacques-Cartier (1 270 m)

En partant à la conquête du plus haut sommet du Québec méridional, on se prépare en prenant connaissance… des heures d’ouverture ! Car cette montagne du parc national de la Gaspésie a un horaire strict : elle accueille les randonneurs de 10 h à 16 h, et aucun départ n’est autorisé en après-midi. Ces restrictions n’ont rien à voir avec une quelconque revendication syndicale des gardiens du parc. Il s’agit d’un accommodement raisonnable (!) accordé aux caribous gaspésiens, une harde en voie d’extinction qui nécessite plus de tranquillité pour brouter les herbes qui poussent dans les hauteurs. Les sentiers ferment le 30 septembre, afin de permettre aux bêtes de vivre la période du rut en toute quiétude, et n’ouvrent qu’à la fin juin de l’année suivante.

Si les caribous subsistent sur le mont Jacques-Cartier, c’est qu’on y trouve un écosystème qui leur est favorable. Plus on monte dans les hautes sphères de cette montagne, plus le mercure chute. Les arbres se rabougrissent jusqu’à disparaître, pour faire place à des plantes arctiques alpines, dont se repaissent les caribous. Bienvenue dans la toundra !

Dans ce climat hostile où les prédateurs ne s’aventurent guère et où les tempêtes de neige surviennent dès le début de l’automne, on trouve même un îlot de pergélisol à la source de phénomènes périglaciaires insolites qui ébahissent les géomorphologues, comme des coulées de blocs qui forment de longues bandes parallèles marquant les versants plus escarpés de la montagne. Au point culminant, le regard embrasse une vue à 360˚ sur le massif des McGerrigle, la portion la plus élevée des Appalaches en territoire québécois. Et si on a de la chance, on verra un caribou se pointer le bout du panache.