Le pinot noir du bout du monde
Art de vivre

Le pinot noir du bout du monde

La vigne — et les vignerons ! — ont acquis de la maturité dans la région de Central Otago, en Nouvelle-Zélande, qui produit maintenant des pinots noirs de haut niveau.

Dans des paysages spectaculaires à toute heure du jour, le vignoble de Central Otago continue de gagner en maturité, et ses vignerons, en sagesse.

Vers 1865, alors que cette région de la Nouvelle-Zélande était le théâtre d’une ruée vers l’or qui métamorphosa son paysage et son économie, un immigrant français introduisait sur ces terres fertiles du sud de l’île du Sud les premiers ceps de pinot noir. Il faudra toutefois attendre plus d’un siècle, jusque dans les années 1980, avant que ce nouveau filon soit exploité de façon sérieuse par Rolfe Mills (Rippon, à Wanaka) et Alan Brady (Gibbston Valley Vineyards, à Gibbston).

Sous l’impulsion de ces pionniers, le grand cépage bourguignon a lentement gagné du terrain à l’ombre de la chaîne des Alpes du Sud. En 1992, la vigne couvrait moins de 50 hectares, et guère plus de six cuvées de pinot noir y étaient produites. Mais la relève ne s’est pas fait attendre, et les pinots de Mount Edward Winery, Valli, Mt. Difficulty et autres Felton Road se sont vite fait remarquer sur les marchés d’exportation par leur profil exubérant, riche en fruit et en parfums boisés, qui laissa dubitatifs bien des inconditionnels du pinot noir sous sa forme « classique ».

« Les vignes ont mûri, les vignerons aussi », souligne Rudi Bauer, vinificateur à Quartz Reef, un important domaine situé à Cromwell, à environ 45 minutes de Queenstown. Cette sagesse se traduit dans le verre par des saveurs épurées et une trame tannique soyeuse et élégante, loin des vins rouges crémeux qu’on goûtait au début des années 2000. Du pinot de haut niveau, à n’en point douter.

La vigne couvre aujourd’hui 2 000 hectares dans Central Otago, et le pinot noir en occupe environ les trois quarts. Ce vignoble majestueux est toutefois voué à rester confidentiel par sa taille. En plus d’être encerclée de montagnes, la région de Central Otago est située à une latitude limite pour la culture de la vigne. « Et comme on ne peut produire plus, il nous faudra produire meilleur », m’explique Nick Mills.


Quartz Reef Winery, Pinot noir 2014, Shed 6, Central Otago
(12902167 ; 32,25 $)
Dans le secteur de Bendigo, la plus chaude et la plus aride des sous-régions de Central Otago, l’Autrichien Rudi Bauer élabore un pinot noir joufflu et gorgé de saveurs de fruits noirs. Le vin tout désigné pour accompagner le bouilli aux légumes d’automne.

Akarua, Pinot noir 2016, Rua, Central Otago (12205100 ; 28 $)
À Bannockburn, le pinot s’enracine dans des sols de schiste et de sable et donne un vin tendre aux tanins veloutés, nourri par un élevage de sept mois en fûts. Un exemple du potentiel de la région, avec des notes épicées et vanillées. Il laisse en bouche une impression rafraîchissante.