L'appel du large
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L’appel du large

Envie de naviguer, mais allergique aux croisières ? De nombreux capitaines ne demandent qu’à vous embarquer sur leur voilier, si vous êtes prêt à donner un coup de main sur le pont… ou à la cuisine !

Dehors, la première tempête de l’hiver est à la veille de s’abattre sur le Québec. Les promotions de voyages dans le Sud ont commencé à envahir les écrans… Dans le lot, une proposition pour le moins différente : la conavigation. Une sorte d’Airbnb où le propriétaire ne vous loue pas son bateau mais vous emmène naviguer !

Sur le Web, de plus en plus de sites mettent en relation des propriétaires disposés à prendre à bord des équipiers d’un jour, d’une semaine ou d’une traversée. Dans bien des cas, il suffit de partager les tâches, les coûts de l’essence et des repas, soit entre 500 et 1 500 dollars ; certains exigent plutôt des frais se situant entre 10 et 30 dollars par jour. Une nouvelle déclinaison de l’économie du partage appelée conavigation, version moderne des traditionnels babillards des ports de plaisance.

Photo: Guillaume Beaudoin

Jumeler des voyageurs et des propriétaires de voilier, mais aussi de yacht et de péniche, c’est ce que fait Antoine Penot depuis 2010. Cet ancien notaire de 37 ans, qui habite Paris ou Athènes selon les saisons, a créé VogAvecMoi, une plateforme de conavigation en français. Pour une journée dans les Caraïbes, sur la Méditerranée ou le Saint-Laurent, ou pour traverser l’océan, tout le monde y trouve son compte parmi les 49 000 membres, dont 8 300 propriétaires de bateau. On y recense plus de 50 offres d’embarquement pour traverser l’Atlantique de l’Europe vers les Caraïbes pendant la saison des alizés (de septembre à décembre), et de 20 à 30 propositions en sens inverse au printemps.

« Les capitaines sont toujours à la recherche d’équipiers pour sortir en mer le plus souvent possible », dit Antoine Penot.

Des sites à consulter

De nombreuses plateformes sont gratuites, du moins pour consulter les offres et entrer en contact avec les propriétaires. Pour certains sites, comme VogAvecMoi, il faut toutefois payer 20 dollars par mois (ou 100 dollars par an) afin d’avoir accès à tous les services.

C’est le cas de Marc Villeneuve, conseiller financier de 59 ans de Québec. En 2015, il a reçu un couple de Français sur son voilier pendant une semaine, puis en 2016, c’était à son tour d’aller naviguer avec eux à bord de leur voilier, sur le lac Léman, à la frontière de la Suisse et de la France. « C’est le contact humain qui a rendu le voyage si intéressant », dit-il.

Pour promouvoir la popularité de la conavigation au Québec, Samuel Denis-D’Ortun, informaticien de Gatineau, a créé en 2014 le site Capitaine Capitaine, qui comprend le « CV marin » des navigateurs. « Je voulais simplifier le partage d’informations sur leur expérience », explique-t-il. Pour l’instant, sur les 225 membres du site, plus de 80 % viennent du Québec.

L’essor de tels sites Web spécialisés facilite le jumelage, mais le bon vieux babillard et le bar du port de plaisance, dans un endroit très fréquenté, demeurent d’excellents lieux pour trouver une place à bord d’un bateau. C’est la technique sur laquelle compte Guillaume Beaudoin, 35 ans, un cinéaste de Montréal, pour poursuivre son voyage au-delà de la Polynésie et réaliser son projet de documentaire Across the Salty Roads. « Mon horaire dépend des occasions qui se présentent à moi », dit-il.

Documentariste, il voulait filmer les façons dont les populations s’adaptent aux changements climatiques en partant « sur le pouce » à travers l’océan Pacifique. Avec un minimum d’expérience en voile, il a d’abord trouvé un voilier en visitant crewbay.com, qui devait le conduire du Panamá jusqu’à l’île de Pâques… mais le départ a été retardé, car le bateau était endommagé. Il s’est donc rendu dans un port du Panamá, où il a trouvé la perle rare : un catamaran de luxe de 19 m (62 pi), qui l’a conduit jusqu’aux îles Marquises ! Il n’a rien eu à payer, sinon « partager les tâches, comme faire la vigie la nuit, préparer la bouffe et faire le ménage », ajoute l’aventurier.

C’est au fil des rencontres en mer et dans les îles que le Montréalais a connu d’autres partenaires de voile, qui lui ont permis de se rendre à Tonga, aux Fiji puis à Vanuatu, où il était au moment d’écrire ces lignes. L’aventure le mènera ensuite en Nouvelle-Calédonie et en Australie.

Un conseil avant de vous embarquer : il faut s’assurer d’avoir le pied marin, car une traversée de l’océan tourne vite à la catastrophe si on a le mal de mer.

Autre conseil d’Antoine Penot, de VogAvecMoi : faites d’abord une petite sortie avec le capitaine pour vérifier ses connaissances techniques. C’est aussi le meilleur moyen de voir si le courant passe. Le voyage est toujours long quand le plaisir n’y est pas.

Photo: Getty Images

Sur un cargo je t’emmènerai…

Voyager sur un porte-conteneurs ? C’est possible. Pour ceux qui privilégient le dépaysement plutôt que le luxe, les voyages en cargo, c’est l’aventure !

En observant ces énormes cargos qui remontent le fleuve vers le golfe, chargés de conteneurs multicolores, vous vous êtes déjà pris à rêver de monter à bord pour sillonner les mers ? C’est tout à fait possible !

Des agences de voyages spécialisées, principalement sur le Web, offrent des croisières sur des porte-conteneurs. Sylvestre Dupont, un Français de 35 ans qui vit aux Pays-Bas, a fait le tour du monde de cette façon en 2013 et 2014. L’entrepreneur Web dit s’être senti comme un explorateur à bord des différents navires sur lesquels il est monté pour se rendre de Carthagène jusqu’en Nouvelle-Zélande en passant par le canal de Panamá, puis de Kuala Lumpur à Southampton, au Royaume-Uni, en empruntant le canal de Suez. Il a beaucoup apprécié les moments passés avec les membres de l’équipage lors des repas pris dans la grande salle commune.

Cette aventure ne convient pas à tous, précise toutefois Sylvestre Dupont : il faut être flexible, autonome et contemplatif… et éviter de déranger l’équipage, particulièrement lors des départs et des arrivées au port. « Les journées à bord sont principalement faites de lecture, de films, de marches sur le pont principal, d’échanges avec les autres passagers, de tours sur le pont supérieur — à la discrétion du capitaine. » Il y a certes quelques activités plus exceptionnelles, comme un barbecue avec l’équipage et des soirées avec les officiers, mais en gros, dit le passager, « il faut savoir s’occuper par soi-même ».

Malgré l’apparence industrielle, l’environnement d’un cargo est généralement très confortable, avec des chambres étonnamment grandes (de 15 m2 à 25 m2). Les plus anciens navires peuvent accueillir en moyenne trois ou quatre touristes, et les plus récents, une douzaine. Les passagers partagent des espaces avec l’équipage, dont une salle de repos avec téléviseurs et souvent une table de ping-pong. Sur certains cargos, il y a une piscine de deux mètres sur deux mètres remplie d’eau de mer (froide). Pour la nourriture, la qualité varie selon le chef, mais Sylvestre Dupont dit avoir été agréablement surpris sur les quatre cargos à bord desquels il a voyagé. Sa suggestion : demander une visite de la salle des machines, où les équipements ont la taille d’une cathédrale !

Il faut s’attendre à payer de 100 à 200 dollars par jour.