Les pires voyageurs de l'année
Art de vivre

Les pires voyageurs de l’année

Pour entamer la nouvelle année sous l’égide du voyage intelligent et responsable, mais avec le sourire (fut-il grimaçant), Gary Lawrence recense quelques comportements déplacés chez les touristes en 2017 qu’on ne souhaite plus revoir.

Dans ma vie de voyageur, j’ai trop souvent assisté à des gestes irrespectueux ou irresponsables posés par des touristes au mieux distraits, au pire incultes, que ce soit d’indécents personnages légèrement vêtus (quand ils ne sont pas nus) dans des lieux de culte, des pochards aériens qui draguent les passagères comme dans un bar, ou encore des touristes qui se plantent devant un inconnu pour le prendre en photo, sans lui demander son avis.

De fait, les bêtises se suivent et ne se ressemblent pas, sur la planète tourisme, pour peu qu’on soit le moindrement attentif aux agissements de ceux qui nous entourent. Et une fois de plus, l’année 2017 a donné la chance à son lot d’ahuris du voyage de se surpasser, comme en fait foi cette recension fraîchement parue.

Au sommet du palmarès, l’obsession pour l’égoportrait continue de faire des ravages. Pour satisfaire leur besoin irrépressible de rapporter un cliché de leur tronche dans un cadre exotique, des touristes ont ainsi laissé mourir un dauphin. D’autres ont détruit une installation d’une valeur de 200 000 $ en trébuchant, ou encore se sont fait mordre par un dragon de Komodo ou par un crocodile. Encore chanceux : si certains passent à deux doigts d’y laisser leur peau en chutant, il s’en trouve pour ne pas avoir cette chance et pour succomber à leur maladresse – devenant du coup d’excellents candidats aux Darwin Awards.

Pas très loin derrière les égoportraitistes se classent les enragés aériens, qui n’ont toujours pas compris qu’un avion en déplacement est le dernier endroit où on peut se permettre de péter un câble, surtout si leur propre turpitude est en cause. Un exemple parmi tant d’autres : ce passager qui a disjoncté quand il a appris qu’il devrait débourser 12 $ pour une couverture, sur un vol d’Hawaiian Airlines – forçant le commandant à faire demi-tour pour expulser le trublion.

Et puis, il y a ceux qui veulent à tout prix rapporter un « souvenir original », que ce soit par le truchement d’une photo ou par celui d’un objet. En Angleterre, des visiteurs ont ainsi endommagé un sarcophage vieux de huit siècles quand leur fils y a pris place pour se faire croquer le portrait. On leur a subséquemment mis la main au collet tandis qu’ils tentaient de prendre la poudre d’escampette…

Dans le registre des inscriptions gravées sur un tronc d’arbre et des graffitis sur des monuments publics, bien des touristes continuent de vouloir laisser une trace de leur passage lorsqu’ils visitent un site. À l’instar de ce touriste chinois qui a inscrit un graffiti sur des hiéroglyphes de Louxor, il y a quelques années, un étudiant a ainsi peinturé une invitation à son bal des finissants sur le rocher d’une aire protégée, aux États-Unis.

Si bon nombre de touristes se contentent de rapporter un flacon de sable de la plage sur laquelle ils se sont affalés pendant leurs vacances, d’autres tiennent mordicus à faire main basse sur un quelconque artefact. À Carthage, en Tunisie, j’ai déjà vu une conseillère en voyages déloger un morceau de mosaïque à coup de talon pour s’en emparer. Mais il y a quelques mois, un touriste a vu plus grand en subtilisant un pavé près de la célèbre Piazza del Popolo, à Rome. Heureusement, il s’est ravisé et a remis l’objet à sa place, ultérieurement.

Il est d’ailleurs rassurant de constater que ceux qui posent des gestes répréhensibles font souvent leur mea culpa lorsqu’ils se rendent compte de l’ineptie de leurs actes. Ainsi, quand l’artiste Shahak Shapira a créé le site Yolocaust pour ridiculiser les touristes qui prenaient des poses délurées afin de se tirer l’égoportrait au mémorial de la Shoah de Berlin, il a non seulement rejoint 2,5 millions de personnes, mais il a fait réaliser aux principaux intéressés qu’ils avaient erré – et tous se sont excusés, sans exception. Tant qu’il y a du selfie, il y a de l’espoir…