#moiaussi… je suis allé au Salon
Art de vivre

#moiaussi… je suis allé au Salon

La séduction est-elle morte ? Pour le savoir, Mathieu Charlebois a visité le Salon de l’amour et de la séduction. Voici le résultat de son enquête.

La séduction est morte.

Dans les bars, les femmes et les hommes se tiennent de chaque côté de la piste de danse, comme dans les soirées d’école secondaire.

Au bureau, les messieurs regardent le plancher, apeurés de croiser le regard d’un utérus en colère, tétanisés à l’idée de perdre injustement emploi et dignité, d’être la dernière victime en lice d’une cabale menée par la branche armée de la Fédération des femmes du Québec.

Oui, oui ! C’est arrivé pour vrai ! Bon… je ne peux vous nommer personne à qui c’est arrivé, mais c’est certain que c’est arrivé. Les mille chroniques sur les dérives du mouvement #moiaussi ne les ont quand même pas inventées, ces victimes innocentes !

C’est donc dans ce contexte de mort du romantisme que je me suis rendu au Salon de l’amour et de la séduction, à la Place Bonaventure. Prêt à une atmosphère lourde et sombre, je m’étais vêtu de noir. S’il manquait un porteur pour le cercueil, j’allais m’offrir comme volontaire.

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Grâce au look « art contemporain », finis les moments embarrassants quand la visite tombe sur un de vos jouets. « Ça ? Euh… c’est un David Altmejd. »

Vous rêvez d’aller dans un sex-shop tout en revivant l’ambiance d’un centre commercial à deux jours de Noël ? C’est votre chance !

Au Salon de l’amour et de la séduction, vous pourrez magasiner votre nouveau jouet sexuel dans le manque d’intimité le plus total, en compagnie de 15 000 visiteurs. Si c’est de forme phallique, si ça vibre, si ça lubrifie, si c’est en dentelle ou en cuir, si vous n’êtes pas exactement certain de ce que c’est mais que vous êtes pas mal sûr que ça va dans un orifice, vous le trouverez au Salon.

Le public qui parcourt les allées est formé de Messieurs et de Mesdames Tout-le-monde. Ce sera peut-être l’occasion pour vous de croiser Sylvie, du bureau, en train d’hésiter entre le dildo avec trois appendices qui tournent et le gigantesque godemichet de 10 po de long. Ça vous fera de quoi jaser en attendant votre tour au micro-ondes lundi midi.

À moins qu’elle ne préfère le modèle « Panache d’orignal ».

Les kiosques finissent par être un peu redondants. Personnellement, il y a des limites à mon intérêt pour les 832 sortes de vibrateurs sur le marché. Mais si vous aimez vraiment magasiner et comparer, vous êtes à la bonne place. Et si vous cherchez un oreiller, vous êtes aussi à la bonne place.

Vraiment, le Salon couvre toute la gamme des activités qui se passent au lit.

Heureusement, deux scènes offrent au visiteur de quoi se changer les idées entre les étalages de costumes d’infirmière cochonne.

La scène principale propose en ce samedi après-midi un spectacle de burlesque. Sur une musique datant des années 1930, une femme fait un striptease capable d’exciter quiconque n’a pas encore découvert la pornographie sur Internet. Si le mot « burlesque » vous évoquait Manda Parent et Gilles Latulippe, vous risquez d’être surpris.

Plus tard dans la journée, on présentera sur cette même scène la finale du distingué concours Miss Bumbum Amérique du Nord, récompensant le meilleur popotin. Et un peu avant, ce sera au tour de l’artiste canadien Brent Ray Fraser, qui peint avec son pénis, de monter sur scène. Est-il programmé dans le volet « amour » du Salon, ou plutôt dans le volet « séduction » ? Je ne saurais dire.

Une suite potentielle au film My Left Foot ?

Sur une autre scène, une certaine Dr. Jess donne une conférence intitulée « La rendre folle de plaisir ». Longuement, elle explique que le clitoris n’est pas une sonnette de porte sur laquelle on appuie de façon répétitive, et que la femme n’est pas un four dont on tourne les boutons. Il y a deux ans, je vous aurais dit que, franchement, c’est pas mal la base. Mais maintenant que l’on sait que certains hommes pensent séduire une femme en lui ouvrant sans avertissement la porte en robe de chambre, je me demande si ce n’est pas plutôt un cours avancé.

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Après une heure et demie ici, je n’ai toujours pas trouvé l’amour (c’est correct, il m’en reste encore à la maison), et je ne suis pas certain d’être vraiment plus éclairé sur la séduction dans le 2018 post-on-peut-pu-rien-dire.

C’est alors que je m’arrête à la section donjon, consacrée au sadomasochisme. Les lumières y sont encore plus tamisées que dans le reste du Salon, parce que le sexy avec des fouets peut rapidement devenir glauque, placé crûment sous des néons de centre des congrès.

Accrochée à une structure en bois, une femme se fait ligoter avec une expertise à rendre jaloux le concurrent de l’émission Les chefs ! qui peine à ficeler son rôti de porc.

Sur le sol, un homme est couché sous une toile en latex. Un aspirateur retire complètement l’air entre les deux. Par respect, je n’ai pas pris de photo, mais imaginez la version sexy et en latex de cette scène de Star Wars :

Avec de l’eau, un vibrateur, divers objets et ses mains, une femme titille l’homme privé de la majorité de ses sens et de sa liberté de mouvement.

S’ils arrivent à convaincre quelqu’un de consentir à ça, que je me dis, ces gens sont des maîtres de la séduction !

Il y a quelques minutes, Sara Jay était sous la toile de latex. Elle en tremble encore. Adepte de BDSM (pour bondage, discipline, sadomasochisme), elle enseigne les bases de ce mode de vie au Centre communautaire pour les modes de vie alternatifs. Je m’informe auprès d’elle : comment ça fonctionne, pousser ainsi le sexe à ses limites ? Facile : ON DEMANDE LA PERMISSION AVANT ! ET PENDANT !

« Si on n’a jamais joué avec la personne, m’explique Sara Jay, on commence par faire des tests, et on apprend ensuite à ne pas dépasser les limites qu’on a trouvées. Pendant les jeux, on s’assure de ne pas laisser de marques, que ce n’est pas trop fort ou trop chaud. »

Sara Jay à côté d’un appareil dont je n’ai pas osé demander l’utilité.

Le safeword, un mot que la personne soumise peut dire n’importe quand pour réclamer la fin des hostilités, est aussi un concept qu’on pourrait importer en dehors du monde BDSM. Pourquoi pas… je lance ça comme ça… le mot « non » ?

On a tous déjà entendu quelqu’un se moquer de l’accent mis sur le consentement dans les mouvements #moiaussi et #agressionnondénoncée en disant : « Ben c’est ça. Bientôt, il va falloir signer un contrat avant de coucher avec quelqu’un. »

Aaaaah ! Ça tombe bien que vous en parliez, parce que chez les amateurs de BDSM, il s’en signe, des contrats ! Allez leur dire que ça rend leur sexualité plate. Juste pour voir.

« Des fois, on met les termes de la rencontre sur papier. C’est un contrat avec les limites à respecter. Et si on veut quelque chose de plus, ça va aller à la prochaine fois. Parfois, c’est au dominant de dire : “Non, je ne vais pas taper plus fort. Je suis à ta limite et je vais gâcher ton plaisir.” »

Prenez-en de la graine, messieurs. Ou… ouin. Non. Ne prenez pas la graine de personne. S’il vous plaît. Mais apprenez !

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La séduction est-elle vraiment morte ? Si c’est le cas, les gens du Salon de l’amour et de la séduction n’ont pas eu le message. Et maintenant, il ne reste plus qu’à inventer du consentement qu’on peut vendre dans un bel emballage de plastique, placé entre deux vibrateurs.