Art de vivre

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Le péché mignon de… Christian Bégin

Une pizza sauce tomate, bacon fromage… couverte de sauce à spaghetti à la viande ! « Tout le monde à sa junk préférée », s’excuse en riant le comédien qui anime son émission culinaire à Télé-Québec, Curieux Bégin. Ce vilain péché remonte, comme c’est souvent le cas, à l’enfance, quand le jeune Christian allait au restaurant avec ses parents manger un « pizzaghetti », une demi-pizza garnie accompagnée d’un spaghetti italien. « Avec les années, j’ai enlevé les pâtes. Mais parfois, j’ajoute du smoked meat, c’est la totale. » Un vin préféré, avec ça ? « Un bon rouge de Toscane, bien évidemment. » Photo: Télé-Québec

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Bienvenue dans mon blogue gourmand

Depuis l’été 2007, je vous propose, dans ma chronique « Plaisirs gourmands » du magazine L’actualité, un rendez-vous avec les bonheurs de la table. Notamment avec ces hommes et ces femmes qui, « de la fourche à la fourchette », travaillent et inventent, investissent et s’investissent, essaient et réussissent cette œuvre de culture qu’est la belle et bonne nourriture. Je vais continuer de le faire dans le magazine. Mais je vais aussi en parler directement avec vous dans ce blogue. Vous y retrouverez ce que vous trouviez déjà sur notre site Internet : les espaces gourmands de mes invités vedettes, des recettes, les « aveux » des personnes qui me confessent leurs « péchés mignons », mes notes de lecture, des hyperliens. Mais y trouverez plus encore : vous y trouverez ce que vous y ajouterez. Vos découvertes, vos suggestions, vos plaisirs, vos questions, vos commentaires. Et même, à l’occasion, vos recettes. Une chronique gourmande, c’est comme un bon plat : c’est meilleur quand, en plus de le déguster, on le partage et on en parle.

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L’agneau d’ici, rien d’autre

Lui est agronome et ce sont les bêtes sur pattes qui l’intéressent. Elle est diplômée en sciences de l’alimentation et son rayon, c’est la carcasse, la viande, l’agneau que vous trouvez dans de grandes chaînes d’alimentation ainsi que dans des boucheries de Québec et de Montréal, notamment celles des marchés Jean-Talon et Atwater. Et dans beaucoup de restaurants, de la région de Québec surtout, La Fenouillière, par exemple. Christian Bernier et Marie-Claude Parisé ont créé, il y a quatre ans, une entreprise de distribution de viande d’agneau, Sélection Berarc, dont le volume d’affaires est déjà respectable : plus de 20 000 bêtes cette année. « Et toujours du frais », assure Marie-Claude. Les producteurs ont dû « désaisonnaliser » les agnelages, qui arrivent à la fin de l’hiver ou au début du printemps; aujourd’hui, les brebis mettent bas en tout temps. L’abattage et le débitage se font chaque semaine, 12 mois sur 12. « C’est la seule façon d’offrir un service adapté aux goûts de notre clientèle. Dans les restaurants, chaque chef a ses spécifications, son épaisseur de côtelette ou sa découpe du carré. » Sélection Berarc a beau être toute jeune, ses propriétaires connaissent l’agneau par coeur. Comme souvent dans l’univers gourmand, leur entreprise est une histoire de famille. Il y a une quarantaine d’années, Léopold Arcand, 93 ans aujourd’hui, achetait une ferme avec sa fille, Marielle, dans la région de Bellechasse. Marielle et son mari, Conrad Bernier, agronome qui adore les moutons, fondent la ferme Berarc (pour Bernier et Arcand). Leur fils, Christian, deviendra agronome à son tour et rencontrera Marie-Claude pendant ses études ; ils lanceront plus tard Sélection Berarc. Et la relève semble assurée pour une quatrième génération : leur fils, Claude, étudie la production ovine. Toujours du frais, donc. Et toujours du Québec. Même si cet agneau est deux fois plus cher que celui de Nouvelle-Zélande ou d’Australie ? « Oui, répond Christian Bernier. L’agneau d’ici est une viande de choix. Ce n’est pas la même chose et presque pas la même bête que l’agneau importé. » De l’autre côté de la planète, les moutons sont élevés pour leur laine. Les éleveurs favorisent donc des races « lainières ». La viande n’est qu’un sous-produit. Les agneaux, élevés dans de grands enclos, sont abattus vers l’âge de 12 mois, alors qu’ils sont déjà un peu moutons. Ici, c’est tout le contraire. Des races « bouchères ». Des agneaux élevés à l’intérieur, au lait, au grain et au foin. Et abattus plus jeunes, vers cinq mois. « C’est pourquoi l’agneau du Québec a une chair plus tendre, plus rose, au goût plus fin », souligne Marie-Claude Parisé. « Et les portions sont plus généreuses », ajoute son mari, en notant que, même plus jeune, notre agneau est plus en chair que son lointain cousin. Mais la concurrence a la dent longue, admet Christian Bernier. « À Pâques, une grande chaîne, qui est pourtant notre cliente, a importé de Nouvelle-Zélande deux conteneurs de gigots congelés. Elle n’en a pris aucun de chez nous. » Si quelqu’un vous dit encore que « l’agneau, ça goûte la laine », c’est peut-être qu’il a mangé du mouton congelé qui venait de l’autre bout du monde. Pas du jeune agneau frais du Québec. À lire aussi : L’espace gourmand de Christian Bernier et Marie-Claude Parisé —- Quelques recettes proposées par Christian Bernier et Marie-Claude Parisé: Côtelettes d’agneau à la moutarde et leur émincé de poireaux Épaule d’agneau farcie aux épinards Gigot d’agneau et sa sauce à l’érable Jarrets d’agneau confits — Publié dans L’actualité de Septembre 2008 —

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L’espace gourmand de Christian Bernier et Marie-Claude Parisé

Chez les Bernier-Parisé, on mange de l’agneau « tous les jours ou presque ». Il y a tellement de façon de l’apprêter et de l’apprécier, pourvu qu’on le serve rosé ! « J’ai un faible pour l’épaule », avoue Marie-Claude. Par exemple pour des steaks d’épaule, tranchés dans cette partie de l’agneau non désossée, marinés et cuits sur le barbecue. « L’épaule, dit-elle encore, doit toujours être marinée. » Sa marinade ? De l’huile d’olive, du vinaigre balsamique, de la pâte et de la poudre de cari, une touche de sirop d’érable, de la sauce Worcestershire, de la moutarde de Dijon et du poivre. Mais pour manger si souvent de l’agneau, il faut bien varier les façons de le préparer ! Marie-Claude Parisé souligne qu’on peut faire le gigot en brochettes ou la longe en fondue – délicieux, une fondue à l’agneau. « L’agneau haché va très bien dans le chili con carne, la sauce à spaghetti, le pâté chinois ou les feuilles de vigne. Sans parler des hamburgers à l’agneau, qu’on appelle parfois lamburgers… » Autre délice : les jarrets confits dans la graisse de canard. « Les restaurateurs nous en achètent de plus en plus, tellement que nous commençons à en manquer. »

Montréal-Québec en canot Art de vivre

Montréal-Québec en canot

Le journaliste Jean-Benoît Nadeau et son équipier André Racette ont pagayé pendant sept jours pour se rendre dans la capitale québécoise. Voici les images de leur aventure, au fil de l’eau…

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Le charme exquis des vins de Touraine

Parmi ces attraits, il y a le charme bucolique du pays tourangeau, la cuisine locale restée très pure, protégée par ses traditions, et puis les délicieux vins du pays, déclinés sous toutes les formules imaginables : blanc, rouge, rosé, sec, moelleux, liquoreux, pétillant, mousseux… Il suffit de choisir selon l’humeur du moment. Pendant très longtemps, les producteurs d’Anjou et de Touraine ont roulé carrosse en vendant des cargaisons de vin rosé. Il y a 40 ans, cette boisson pâle et souvent doucereuse comptait pour la moitié des ventes. C’est ainsi que le négociant Joseph Touchais a fait fortune dans les années 1960 grâce à son petit rosé Cuisse de bergère ! Autre époque, autre vin… Aujourd’hui, les amateurs s’intéressent davantage aux vins rouges produits avec de plus en plus de maîtrise à l’ouest de Tours, où deux appellations se disputent la partie : chinon et bourgueil. Dans la région, on dit que l’un sent la framboise et l’autre la violette. « Une astuce de vignerons, explique l’un d’eux. Il faut bien dire quelque chose aux touristes… » En vérité, il n’est pas facile de distinguer ces jumeaux, car dans les deux cas, les styles varient sensiblement au gré des sols. Vins légers et nerveux sur les terres sablonneuses proches des alluvions ; pleins et de longue garde sur les terrasses argilo-calcaires, les fameux tufs de Touraine. Chinon et bourgueil, mêmes traits communs : du fruit à revendre et cette kyrielle de senteurs évoquant un registre complet de fruits mûrs. Mais surtout, les meilleurs ont cette vivacité et cet élan très particuliers qui en font les vins rouges les plus français de France. Aucun autre dans le pays ni ailleurs dans le monde ne leur ressemble. Enraciné depuis le Moyen Âge sur les deux rives de la Loire, le cabernet franc venu de Bordeaux leur donne une tonalité tout à fait originale. L’autre triomphe de la viticulture tourangelle est le vouvray, produit en banlieue est de Tours. C’est l’un des grands vins blancs de France, mais aussi l’un des plus méconnus, car la production n’a jamais été pléthorique. Et parce que seule une poignée de vignerons continuent d’en tirer le meilleur. Comme les négociants de la région ont toujours été plus portés à vendre du muscadet et du rosé d’Anjou, le vouvray est longtemps resté un produit d’initiés, ne circulant qu’entre Tours et Paris, avec parfois quelques détours en Belgique et aux Pays-Bas, rarement plus loin. Ce vin racé doté d’une forte personnalité était surtout apprécié de connaisseurs avisés ayant la patience de le laisser dormir longuement en cave pour qu’il déploie tout son potentiel. Dans la région, on insiste pour dire que le vouvray ne vieillit pas, mais qu’il mûrit. Il est vrai qu’après huit ou dix ans ce diable de vin acquiert une formidable complexité tout en restant resplendissant de jeunesse. Si son caractère unique lui vient des terres d’argile et de calcaire qui constituent l’ensemble des 2 000 hectares que compte l’appellation, c’est le chenin blanc qui confère au vouvray — qu’il soit sec ou moelleux — son étonnante et vivifiante vigueur. Comme le tanin dans le vin rouge, c’est cette acidité qui en garantit la tenue. « Du vin de taffetas », disait Rabelais. Pour apprécier les vins de Touraine • Le Mont 2006, Vouvray, Huet. Adepte de la biodynamie, Noël Pinguet poursuit avec passion et rigueur l’œuvre entreprise par son beau-père, le légendaire Gaston Huet. Fougueux, vibrant et subtilement aromatique, ce vin blanc sec encore bien jeune continuera à s’épanouir au cours des cinq prochaines années. Ce sensationnel vouvray provenant d’un domaine mythique arrivera sur nos rives l’automne prochain. En attendant, ajoutons que tous les autres vins portant la griffe Huet offerts à la SAQ sont impeccables (S-10796479 ; 32,75 $). • Chinon 2004, Les Grézeaux, Bernard Baudry. Bon an, mal an, cette cuvée se distingue par sa subtilité et son élégance. Excellent chinon sans esbroufe offrant des saveurs mûres, tapissées de tanins soyeux et animées d’une saine acidité (S-10257555 ; 26,20 $). Dans un registre plus simple, le Chinon 2004 a toute la fougue, le caractère vibrant et cette délectable impression fruitée qui font du chinon l’un des bons vins rouges de France. À retenir pour sa pureté et son prix raisonnable (S-10257571 ; 20,35 $). • Domaine de la Charmoise 2007, Gamay de Touraine. Au cœur de la Sologne, le producteur Henri Marionnet signe le vin de soif par excellence. Léger, souple, friand et facile à boire, ce vin est tout simplement délicieux s’il est servi rafraîchi autour de 14°C (S-329532 ; 16,20 $). ET ENCORE… En Touraine, le chenin blanc se révèle aussi un cépage idéal pour produire de bons vins mousseux. Dans les caves profondes creusées dans le tuf, ça fermente et ça remue comme en Champagne. La méthode d’élaboration est la même, mais les terroirs diffèrent. Aussi, l’idée n’est pas de copier, mais plutôt d’obtenir un vin frais et généreux, profitant de la vivacité naturelle et de la richesse fruitée du chenin. Offerts dans l’ensemble du réseau de la SAQ, deux vins aussi satisfaisants qu’abordables se distinguent : Château Moncontour 2004, Vouvray (C-430751 ; 19,20 $), et Cuvée J.M. 2003, Touraine, Monmousseau (C-223255 ; 17,10 $). Michel Phaneuf est l’auteur du Guide du vin 2008, publié aux Éditions de l’Homme. www.michelphaneufvin.com

Une semaine au bout de l'Amérique Monde

Une semaine au bout de l’Amérique

Il y a les volcans, les glaciers, les champs de lave et l’âme viking, invulnérable. Et il y a aussi la culture islandaise, vieille de 1000 ans, mais résolument ancrée dans le présent. Voyage au bout de l’Amérique !

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Le charme des vins de France

Pendant cette période, les ventes de vins de France à l’étranger ont progressé de 7,5 % par rapport à la même période l’année précédente, pour atteindre 4,1 milliards d’euros (5,8 milliards de dollars canadiens). À elles seules, les exportations de vins « tranquilles » — non effervescents — ont enregistré une croissance de 4,1 %, pour une valeur de 1,9 milliard d’euros (2,8 milliards de dollars). Peu à peu, les producteurs français cherchent à reprendre les parts de marché que leur ont grugées les vins du Nouveau Monde, notamment ceux d’Australie, de Californie, du Chili et d’Argentine. Au Québec, en dépit de la déferlante de vins étrangers dans les succursales de la Société des alcools, la France occupe toujours le premier rang, avec 35 % des ventes de vins tranquilles, loin devant l’Italie (22,8 %), l’Espagne (8,7 %) et l’Argentine (6,9 %). Alors que les autres provinces canadiennes ont un faible pour les pays du Nouveau Monde, le Québec se distingue là aussi en consommant à lui seul 64 % des vins de France vendus dans tout le Canada. Une bouteille de vin français sur deux vendues au Québec provient de Bordeaux ou du Languedoc. Bordeaux, d’abord. Avec 120 000 hectares de vignes, 5 000 châteaux et 57 appellations, le vignoble girondin constitue la plus importante source de vins fins au monde. Portée par le prestige séculaire de ses grands crus classés — vendus, hélas, à des prix à faire peur —, la région compte aussi d’innombrables domaines viticoles plus modestes où les vins sont empreints de cet équilibre et de cette sève qui ont tant contribué à sa renommée à travers les âges. Parmi la pléthore de bordeaux offerts au Québec, notez le Château de Cruzeau 2004, Pessac-Léognan, un excellent vin produit sur les sols graveleux au sud de Bordeaux et dont la qualité est toujours sans faille. Par sa solide constitution et sa forme très classique, le 2004 s’avère particulièrement réussi (C-113381 ; 23,45 $). Dans un style plus souple et éminemment flatteur, le Château Montaiguillon 2004, Montagne Saint-Émilion se signale davantage par son harmonie et sa pureté que par sa puissance ; un très bon bordeaux à prix abordable, dont on appréciera les vertus et le charme au cours des trois ou quatre prochaines années (S-864249 ; 22,30 $). Languedoc, ensuite. Ce qui fut jadis un gigantesque réservoir de « gros rouges qui tachent » est devenu une véritable fourmilière où une nouvelle génération de viticulteurs a multiplié les efforts pour rehausser la qualité. Nombre d’entre eux souffrent encore de la crise — les vignes du tiers des 300 000 hectares plantés devront être arrachées d’ici deux ans pour contrer une surproduction endémique —, mais le Languedoc produit actuellement les meilleurs vins de sa longue histoire. Au Québec, l’amateur a l’embarras du choix et semble s’en donner à cœur joie, si l’on se fie aux chiffres de vente. Pas étonnant, puisque le rayon du Languedoc foisonne d’aubaines. Trois suggestions au hasard, à commencer par le remarquable Château Coupe Roses 2005, Minervois. Ce sensationnel vin blanc produit à quelques kilomètres du beau village de Minerve est à des années-lumière de ces trop nombreux vins industriels qui inondent le marché, tous aseptisés et lessivés par la technologie. Entièrement issu de roussane, cépage typiquement méditerranéen, non seulement il se signale par sa vinosité et sa richesse aromatique, mais il témoigne de manière éclatante des progrès accomplis. Il y a 20 ans, d’aussi bons vins blancs n’existaient tout simplement pas dans le Languedoc (S-894519 ; 20,30 $). Pour ne pas être en reste, le même domaine produit aussi une impeccable cuvée Les Plots 2005, Minervois, un irrésistible vin rouge à la fois généreux et soyeux auquel le cépage syrah apporte des tonalités fumées et un grain fruité totalement rassasiant (S-914275 ; 18,55 $). Enfin, pour une bouchée de pain, on se régalera du Château Cazal-Viel 2004, Vielles Vignes, Saint-Chinian. Ce vin sincère et sans prétention, juteux et coulant à souhait, charme autant par sa franchise que par son équilibre à la française. Le bonheur pour une poignée de dollars ! (C-202499 ; 12,05 $.) — Michel Phaneuf est l’auteur du Guide du vin 2008, qui sera publié aux Éditions de l’Homme en novembre. Le saviez-vous ? Les appellations françaises les plus populaires au Québec sont, pour les vins rouges, bordeaux, coteaux du Languedoc, brouilly, côtes-du-Rhône, cahors et corbières. Pour les vins blancs, alsace, bordeaux, muscadet de Sèvre, bourgogne, aligoté et chablis.

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Le roi des bulles

Christian Pol-Roger avoue aujourd’hui avoir été étourdi par la tâche colossale qui l’attendait lorsqu’en 1963, à l’âge de 24 ans, il entra dans l’entreprise familiale fondée par son arrière-grand-père, en 1849. «C’était comme conduire une voiture pour la première fois autour de l’Arc de triomphe», raconte-t-il avec cette verve et cette langue imagée qui lui ont valu de devenir l’une des grandes voix du champagne. Au fil des ans, il a pris son bâton de pèlerin pour vendre tous azimuts non pas un simple verre de champagne, mais aussi une histoire et un art de vivre. «S’il y a un vin que l’on ne peut pas boire seul, c’est bien le champagne, car en le partageant, on le trouve encore meilleur.» Pendant plus de 43 ans à exercer son métier, Christian Pol-Roger a peaufiné son art de la persuasion en alignant au gré de chaque conversation et dans chacune de ses allocutions des phrases au lyrisme irrésistible. «Seul le champagne stimule la matière grise sans diminuer l’intelligence», ou encore: «L’effervescence est le haut-parleur des saveurs du champagne.» Devant la mondialisation et la soif d’argent qui modifient inexorablement une activité jusqu’à maintenant considérée comme agricole ou artisanale, il répond subtilement: «Dans ma vie, j’ai décliné plus souvent l’auxiliaire être que le verbe avoir…» C’est d’ailleurs cette philosophie du cousu main et cet amour du travail bien fait qui ont permis à la maison Pol Roger de rester accrochée au sommet. Du simple brut non millésimé à la sublime cuvée Sir Winston Churchill, tous les champagnes Pol Roger ont en commun une race incomparable. «Nous avons choisi une trajectoire depuis longtemps et nous n’en dévions pas, explique Christian Pol-Roger. Chez nous, pas de révolution. Mais évolution, oui.» Surtout, la famille peut compter sur un splendide vignoble de 85 hectares, qui comble aujourd’hui 50% de ses besoins. C’est bien plus que les autres grandes maisons, qui, pour la plupart, doivent acheter leurs raisins à une multitude de vignerons indépendants. Ce précieux patrimoine, acquis depuis 1955, est en quelque sorte la pierre angulaire des champagnes Pol Roger. Au cours de son histoire, cette marque a été présente sur toutes les tables des grandes personnalités. Parmi celles-ci, Winston Churchill, sans doute le plus fervent amateur de Pol Roger. On raconte que pendant les 10 dernières années de sa vie, l’ancien premier ministre britannique, décédé en 1965, a consommé 500 caisses de son champagne préféré. En vérité, la passion de Churchill pour la marque Pol Roger avait commencé bien avant. «Dans ses Cabinet War Rooms, à Londres, de 1940 à 1944, il avait toujours à sa disposition quantité de bouteilles de la cuvée 1928, l’une des grandes années du siècle», raconte Christian Pol-Roger. Churchill adopta définitivement la grande marque champenoise lors d’un dîner à l’ambassade britannique à Paris, en 1944, au cours duquel il fit la connaissance d’Odette Pol-Roger, épouse de l’un des petits-fils du fondateur. Entre eux, ce fut le début d’une longue amitié. A harmless flirtation (un flirt inoffensif), pour reprendre l’expression consacrée au sujet de cette relation, du reste bénie par son épouse, Clementine. À propos du 44, avenue du Champagne, à Épernay — où habitait Odette —, Churchill disait que c’était «The world’s most drinkable address» (l’adresse la plus buvable du monde). Pour saluer ces liens étroits entretenus avec le vieux lion, la maison Pol Roger a mis au point, en 1984, la cuvée Sir Winston Churchill. Plus qu’un simple produit-hommage, ce vin a fait l’objet de recherches dans les archives familiales. «Cela nous a permis de savoir comment étaient constituées ces cuvées que Churchill affectionnait tant, explique Christian Pol-Roger. Tous les vins qui entrent dans sa composition émanent de vignobles qui étaient en production au temps de Churchill. C’est en quelque sort une réplique historique.» La cuvée Sir Winston Churchill fut lancée en 1984, 40 ans après le jour J, au château de Blenheim, où naquit l’homme d’État, en 1874. Uniquement composé de vins issus de grands crus, ce champagne n’est rien de moins que majestueux. De passage à Montréal, l’automne dernier, pour animer une dégustation de cette grande cuvée dans le cadre de Montréal Passion Vin, Christian Pol-Roger disait, à propos du monumental 1990, qu’il avait une «opulence orientale», et du 1986 — millésime plus délicat —, qu’il avait maintenant «les rides du sourire». Il en profita aussi pour annoncer sa retraite progressive, tout en manifestant le souhait de poursuivre son rôle d’ambassadeur. Ainsi, «la voix du champagne» continuera de nous charmer en nous rappelant, entre autres, l’attachement profond de Winston Churchill pour le plus élégant des vins effervescents: «Dans la victoire, c’est ma récompense; dans la défaite, c’est mon réconfort», disait-il. Car que l’on perde ou que l’on gagne, les meilleurs champagnes conservent toute leur sève, inimitable et exaltante. — Michel Phaneuf est l’auteur du Guide du vin 2007, publié aux Éditions de l’Homme.

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Une caisse de bons vins

Jamais, dans sa longue histoire, le vin n’aura suscité autant de curiosité et de fascination. En Europe, en Amérique et maintenant en Asie — en Chine, la consommation a bondi de 20% en quatre ans et devrait progresser d’environ 50% d’ici 2009 —, le vin est devenu la boisson civilisée par excellence. Au Québec, la consommation annuelle est la plus élevée au Canada — 18 litres par habitant. Le vin touche maintenant une jeune génération, elle aussi séduite par la richesse inépuisable de cet univers et curieuse d’en explorer les mille et un sentiers. Les 12 recommandations suivantes ne sont que quelques-unes des plus belles fleurs cueillies cette année dans le jardin luxuriant des vins fins et authentiques. Même si la France est aux prises avec une crise viticole sans précédent, le pays continue d’offrir une pléthore de bons vins, qui traduisent, chacun à sa manière, les richesses de ses multiples terroirs. À Bordeaux, le Château Martinat 2003, Côtes de Bourg témoigne éloquemment des progrès accomplis même dans des appellations longtemps mésestimées. Ce vin rouge éminemment charmeur, charnu et enrobé de tanins mûrs s’avère déjà bon tant il est bien équilibré (S-10389072; 24,30$). Maintenant planté à l’échelle planétaire, de l’Afrique du Sud à la Nouvelle-Zélande en passant par la Californie, le sauvignon a d’abord été cultivé dans le centre de la France. Issu d’une petite appellation d’à peine 100 hectares située dans le département de l’Yonne, dans le nord de la Bourgogne, le Saint-Bris 2004 de Ghislaine et Jean-Hugues Goisot se signale par sa fougue aromatique et surtout par sa nervosité naturelle. Cet excellent vin blanc sec et vivifiant, sentant bon les agrumes, est une expression très originale du sauvignon (S-10520819; 19,85$). Sans doute pour mener une offensive sur des champs de bataille étrangers de plus en plus occupés par les vins du Nouveau Monde, la famille Perrin de Châteauneuf-du-Pape a créé la marque «VF» — pour «Very Fruity, Very Fun, Very French». Le vin est offert dans une bouteille à capsule vissée habillée d’une étiquette annonçant le concept «100% Rhône, 0% bouchon». Le VF Lasira 2005, Costières de Nîmes est donc un vin rouge résolument moderne, misant à fond sur le fruit, la souplesse et la fraîcheur. Taillé sur mesure pour séduire une nouvelle génération de consommateurs, il plaira tout autant aux plus vieux, qui ne manqueront pas de le trouver, eux aussi, very fine (C-540684; 12,95$). À prix également très abordable, le Terres de Méditerranée 2004, Vin de Pays d’Oc de Dupéré-Barrera est sans doute l’un des meilleurs achats de l’heure. Ce vin rouge remarquable, élaboré dans le dépouillement — sans filtration, sans collage, sans bois —, est un petit chef-d’œuvre signé par la Québécoise Emmanuelle Dupéré et le Français Laurent Barrera. Unis dans la vie comme en affaires, ils ont mis sur pied une maison de négoce spécialisée en vins fins de Provence et du sud de la vallée du Rhône. Syrah, cabernet, carignan et grenache forment un ensemble magique dont la richesse, la tenue et le grain exquis ont vite fait d’enchanter le palais (S-10507104; 13,80$). Autre exemple des immenses progrès accomplis dans le Languedoc, la cuvée Le Cas 2004 du Mas Conscience, Vin de Pays de l’Hérault puise sa richesse et sa profondeur dans de vieux plants de carignan de plus de 50 ans cultivés en biodynamie. Comme tous les vins dits naturels — c’est-à-dire non filtrés, non collés et non levurés, mais résultant de soins attentifs! —, ce vin rouge a une forte personnalité et laisse en bouche une délectable impression de plénitude (S-10506902; 21,70$). Moins cher, le Château Tour Boisée 2004, Cuvée Marielle et Frédérique, Minervois est l’un des meilleurs achats du moment. Composé de syrah, de grenache et de carignan, ce vin rouge vibrant, charnu, débordant de fruit et de vitalité est d’une qualité exemplaire et explique sans doute pourquoi les vins du Languedoc sont si populaires chez nous (S-896381; 16,75$). De l’autre côté des Alpes, à l’ombre des Dolomites, la coopérative de Mezzacorona joue un rôle important dans la viticulture locale avec une production annuelle frisant les 25 millions de bouteilles. Des nombreux vins qu’elle commercialise, il faut signaler le Teroldego Rotaliano 2001, Riserva, délicieux vin rouge sphérique, à pleine maturité et ayant développé une palette de saveurs à la fois nuancées et généreuses. Très satisfaisant à ce prix (S-964593; 15,90$). En Espagne, juste au sud de la Rioja, la coopérative de Borsao exporte au Québec depuis trois ans des vins rouges particulièrement friands et généreux. Le plus complet est le Tres Picos 2004, Garnacha, Campo de Borja. Issu de vieilles vignes de grenache de 40 ans, ce vin rouge robuste et vineux s’exprime avec une générosité rassasiante. Charnu et vigoureux, mais sans lourdeur. Un achat avisé à ce prix (S-10362380; 22,10$). Participant aussi à cette vague planétaire, le Portugal a vu la qualité de ses vins progresser à grands pas au cours des dernières années. Et comme tant d’autres, le Quinta de la Rosa 2003, Douro puise son originalité dans l’utilisation de cépages portugais traditionnels: touriga nacional, roriz, franca et barroca. Cela nous vaut un très bon vin rouge plein et savoureux, ferme sans être dur et très satisfaisant (S-928473; 19,40$). Au sud de l’équateur, les choses vont aussi bon train, les différents pays viticoles apportant une contribution de plus en plus significative à la planète vin. Ainsi, en Argentine, le géant Trapiche commercialise, sous la marque Broquel, un savoureux Bonarda 2004. Très répandue dans le pays, cette variété d’origine italienne couvre environ 16 000 hectares et vient au deuxième rang derrière le malbec. Ce vin rouge fougueux, au caractère épicé fort original, s’exprime pleinement s’il est rafraîchi à environ 15°C, sans quoi il paraît lourd (S-10394761; 16,80$). En Australie, on remarque maintenant de plus en plus de vins fins et distingués, qui se démarquent des habituels colosses alcoolisés, au goût de confitures. Pour s’en convaincre, il suffit de goûter le Cabernet sauvignon 2001, Pyrenees Victoria, de Taltarni Vineyards. Par sa droiture et ses heureuses proportions, cet excellent vin rouge se révèle ferme, mais sans dureté. Il offre un profil qui rappelle certains très bons crus de Bordeaux (S-10273977; 24,35$). Nouvelle terre promise du pinot noir, la Nouvelle-Zélande a le vent dans les voiles. Profitant d’un environnement climatique idéal, les vignobles les plus au sud du monde n’ont mis que quelques années pour donner des vins purs et aromatiques qui ont vite fait de s’imposer sur les marchés internationaux. Le Pinot noir 2005, Roaring Meg, Central Otago, de Mount Difficulty montre bien de quoi ce pays est capable. Rafraîchi autour de 14°C, ce vin rouge fruité et coulant, au bon goût de fruit mûr évoquant la framboise, est un vrai régal (S-10383762; 25,55$). — Michel Phaneuf est l’auteur du Guide du vin 2007, publié aux Éditions de l’Homme.

Athènes sera-t-elle prête? Art de vivre

Athènes sera-t-elle prête?

Nonchalante et un peu brouillonne, Athènes accuse un sérieux retard dans la préparation des Jeux olympiques de 2004. Mais jure ses grands dieux antiques qu’on s’inquiète inutilement!

Vertigineuse Istanbul Art de vivre

Vertigineuse Istanbul

Istanbul résonne des sirènes de bateaux, des appels à la prière de centaines de mosquées, des vendeurs à la criée et… du son des cellulaires. Surpeuplée, ancienne et moderne, prospère et décrépite. Irrésistible.