Culture

Anne Hébert, la mystique païenne

Il y a chez Anne Hébert, surtout dans ses poèmes, un grand fond de douleur.

Il y a chez vous, surtout dans vos poèmes, un grand fond de douleur. Est-ce que vous pouvez le nommer?

– Non. Ça c’est très difficile. C’est une source noire que j’ai en moi, qui a déjà fait partie de ma vie. Je sais, toutefois, que j’ai vécu à une époque où la mort chez les jeunes était beaucoup plus proche que maintenant: il y avait la tuberculose, par exemple, qui faisait des ravages chez des cousins; des amis aussi qui sont disparus quand j’étais très jeune, ma soeur qui est morte subitement… D’une façon, ma mère avait vécu, elle aussi, encore plus plongée dans le malheur que moi: des onze enfants de sa famille, seulement trois sont parvenus à l’âge adulte. Alors c’était une vie pleine de deuils…

Je suis profondément mystique. J’ai été très marquée par la religion de mon enfance. Je la rejette, d’une certaine façon, mais elle est en moi et, en la rejetant, je ne peux pas rejeter toute une culture… Ça, je me refuse à l’abandonner parce que je trouve que c’est une richesse. La poésie est une chose mystique. Pour moi, un grand poète, c’est un mystique, comme Rimbaud… On peut être un mystique païen.