Culture

Le poids de la culture

Les Presses Universitaires de France proposent en librairie un étrange ouvrage, quand on pense aux pratiques d’Internet, intitulé de façon provocante 1 kilo de culture générale, une sorte de superencyclopédie en un seul volume de 1 660 pages. Voici ce que Jacques Godbout en a pensé.

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Illustration : Gérard Dubois

C’est en regardant des terres en jachère et d’autres labourées que la métaphore s’est imposée : l’idée qu’une personne pouvait se cultiver, comme l’on sème et récolte, en fréquentant les lettres, les sciences ou les arts et ainsi s’enrichir l’esprit. Se cultiver requiert plusieurs saisons, c’est un travail sur soi lent et patient.

Tout homme possède une culture naturelle, une manière de vivre et d’appréhender le monde, mais quand on dit d’un être qu’il est « cultivé », on entend qu’il a travaillé contre sa sauvagerie naturelle, étudié divers champs du savoir et appris à établir des liens entre les connaissances accumulées.

Hier, tout un chacun voulait accéder à la culture de l’élite. Aujourd’hui, par contre, après la promotion des idéologies égalitaires, cette culture de l’élite est souvent dénoncée, comme si elle représentait un héritage inacceptable.

Or, voilà que les Presses Universitaires de France proposent en librairie un étrange ouvrage, quand on pense aux pratiques d’Internet, intitulé de façon provocante 1 kilo de culture générale, une sorte de superencyclopédie en un seul volume de 1 660 pages, avec couverture de couleur criarde, qui propose au lecteur un « accès immédiat à la connaissance, de la formation de la Terre à l’élection du pape François » !

Culture générale ? Que faut-il savoir aujourd’hui pour se dire cultivé ? Dans quelques années, un téléphone (intelligent) contiendra, prévoit-on au Japon, « 500 milliards de chansons, 350 millions de textes archivés et 30 000 ans de cinéma ». On peut douter des chiffres, mais certainement pas de l’importance de la culture de masse. Un être humain n’aura pas assez d’une vie pour se distraire devant l’écran de son portable.

Remplaçons l’écran par ce Kilo de culture générale, qui, déposé sur la table, reste ouvert et facile à feuilleter. S’étant donc débranché, on peut lire à son rythme de jour en jour quelques pages de l’aventure humaine. De la préhistoire à l’invention de l’écriture, de l’utilisation de la roue à la théorie du big bang. La Terre a 4,5 milliards d’années, plus ou moins, l’homme de Neandertal dominait il y a 40 000 ans, l’invention du bronze en Chine date de 2 000 ans avant Jésus-Christ, des religions bizarres se sont nourries les unes des autres, les cités étaient des États, l’ère des Grands Moghols a cédé la place à celle des sikhs, et la vie sur cette planète s’est déroulée de périodes glaciaires en siècles de réchauffement, des philosophes grecs aux dadaïstes parisiens, en plages de paix comme en conflits sanglants.

Referme-t-on ces pages de Kilo plus érudit ou plus cultivé ? Certainement étonné d’appartenir à une humanité aussi inventive, qui n’a eu de cesse de soumettre la nature à son bon vouloir. Car au fond, le progrès intellectuel et matériel fait partie inhérente de l’histoire, et il n’y a pas à se surprendre que d’une époque à l’autre des hommes aient souhaité conserver leur monde en l’état, satisfaits des institutions et des paysages, alors que d’autres ne rêvaient que de révolutions.

La personne cultivée est celle qui favorise les échanges, car on ne saurait s’enfermer dans une géographie. Athènes, Rome, Jérusalem ont joué un rôle incontestable dans la culture québécoise, d’origine européenne, qui s’est métissée au contact des Amérindiens et transformée sous l’influence croissante de la civilisation américaine. En somme, il n’y a pas dans la vie que l’économie comme sujet, ce que nous rappelle la culture générale.

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« Un homme cultivé est donc un homme qui a un savoir, mais qui sait aussi comment l’accroître. »
– Florence Braunstein et Jean-François Pépin

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1 kilo de culture générale
par Florence Braunstein et Jean-François Pépin
Presses Universitaires de France
1 660 p., 44,95 $.