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Penser la Syrie de demain

L’organisme montréalais La maison de la Syrie fait vivre la culture syrienne, «car c’est elle qui rappelle aux réfugiés qu’ils sont avant tout des humains».

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Beyrouth, Liban, 2013 (Photo: Youssef Shoufan pour Syrian Eyes of the World)

Alors que de nombreuses associations tâchent de répondre aux besoins urgents des réfugiés syriens, tant au Québec que dans les camps au Moyen-Orient, l’organisme montréalais La maison de la Syrie se préoccupe d’un problème à plus long terme: préserver la culture syrienne.

«Quand on a créé La maison de la Syrie en janvier 2014, certains étaient choqués qu’on s’attarde à la culture alors que la guerre engendre d’autres priorités», explique le photographe Youssef Shoufan, l’un de ses cofondateurs. «Mais pour nous, c’était très important de continuer à faire vivre la culture syrienne, car c’est elle qui rappelle aux réfugiés qu’ils sont avant tout des humains», complète son associée Marya Zarif, dont une partie de la famille réside en Syrie.

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New York, États-Unis, 2014 (Photo: Nour Nouralla pour Syrian Eyes of the World)

En chapeautant divers projets et artistes syriens, l’organisme souhaite réajuster les perceptions négatives induites par la guerre. «L’image actuelle des Syriens est celle d’un peuple obscur et dévasté, observe Marya Zarif. On ne veut pas qu’ils s’imprègnent de cette image négative d’eux-mêmes. On essaye d’être les porte-paroles de ceux qui rêvent encore.» Par exemple, le projet Syrian Eyes of the World consiste à photographier les Syriens avec un œil positif. Youssef Shoufan revient justement d’un séjour au camp de Chatila, au Liban, où il a pu photographier les sourires et l’entraide qui maintiennent l’espoir des réfugiés, mais aussi donner un atelier photo à des jeunes enfants de 5 à 12 ans. Certains parmi eux n’avaient même jamais tenu une caméra. «Ces ateliers ludiques leur permettent de s’exprimer. C’est valorisant pour ces jeunes de se voir confier du matériel précieux et de voir qu’ils sont capables de créer du beau», explique le photographe.

Autre initiative chapeautée par l’organisme: la fondation Je veux jouer, qui récolte des fonds pour offrir des structures de jeux aux enfants des camps de réfugiés, les encourager à rêver et les empêcher de sombrer dans la délinquance… ou pire. «En ce moment, dans les camps, un jeu prisé par les enfants est de jouer au martyr. Ils ont été témoins de scènes traumatisantes. C’est plus facile quand tu as été brisé à l’intérieur de te laisser aller à la violence», dit Marya Zarif.

La maison de la Syrie au festival Orientalys 2013, dans le Vieux-Port de Montréal (Photo: La maison de la Syrie)
La maison de la Syrie au festival Orientalys 2013, dans le Vieux-Port de Montréal (Photo: La maison de la Syrie)

Contrairement à ce que son nom laisse croire, La maison de la Syrie est un organisme nomade, mais qui prévoit avoir pignon sur rue dès l’automne 2016. Ce futur lieu accueillera autant les Syriens en quête de repères culturels, notamment les réfugiés qui arrivent progressivement, que les Québécois désireux d’aller à leur rencontre. Il est d’ores et déjà possible de soutenir son action en versant un don sur le site lamaisondelasyrie.com.