Culture

Protéger l’ami meurtrier?

Sur scène, le comédien David Savard incarne un homme qui apprend à ses partenaires de poker qu’il a tué sa femme lors d’une dispute. Accepteront-ils de maquiller son crime?

Le comédien David Savard. (Photo: Julia Marois pour L'actualité)
Le comédien David Savard. (Photo: Julia Marois pour L’actualité)

«Dans une telle situation, que faire? Dénoncer son chum ou le soutenir? Cette question, on ne peut s’empêcher de se la poser entre nous durant les répétitions», admet David Savard, qui incarne celui des personnages qui a commis le crime — ses deux amis sont interprétés par Guy Jodoin et Sylvain Marcel. «Les gens, prédit-il, vont ressortir de la salle en se questionnant à leur tour…»

Le texte du Franco-Tunisien Éric Assous, adapté pour le Québec par Monique Duceppe et mis en scène par Michel Poirier, risque en effet de faire revivre au spectateur des périodes de sa propre vie où des dilemmes moraux se sont posés. «Moi, par exemple, confie David Savard, j’ai déjà eu à composer non pas avec une situation pareille, mais avec une situation “sensible”, disons. Ça n’avait finalement pas trop dérapé, je n’ai pas eu à trancher, mais des préoccupations éthiques du même ordre, j’en ai connu. Et je suis sûr que beaucoup de monde pourrait en dire autant.»

 

Comme bien souvent, le théâtre fait écho à des enjeux actuels. Plus tôt cette année, le procès à Ottawa de Gurpreet Ronald et Bhupinderpal Gill, deux amants reconnus coupables du meur­tre de la femme de Gill, a relancé le débat autour de la notion de crime passionnel, qui revient périodiquement dans l’actualité. Devrait-on être plus clément envers un criminel qui n’avait pas toute sa tête à cause d’une affaire de cœur? Doit-on accepter qu’il bénéficie de circonstances atténuantes?


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«Nos femmes nourrit ce genre de questionnement, confirme Savard. On se rend compte qu’il est assez facile de se positionner quand tout ça demeure de la théorie, mais devant les faits réels, c’est une autre paire de manches. L’implication émotive et la raison ne font pas toujours bon ménage», ajoute celui qui dit avoir beaucoup de mal à tolérer le récit de faits divers macabres. Quand on lui demande s’il s’est inspiré de l’affaire Bertrand Cantat pour construire son personnage, par exemple, son regard se voile. «Je sais qu’on peut établir un parallèle, intuitivement je m’inspire sans doute de ces cas réels, mais ces dossiers-là me bouleversent trop pour que je les suive. C’est comme pour l’affaire Guy Turcotte: je n’arrive même pas à écouter un résumé du jugement, je me mets à pleurer immédiatement. Je suis ultrasensible en la matière, et encore plus quand ça implique des enfants», explique ce père de deux jeunes garçons.

Pour créer son tueur à lui, David Savard parle plutôt d’instinct, d’exploration intérieure. «On dit parfois qu’on a tous un meurtrier en nous. Les trois amis débattent d’ailleurs de ça dans la pièce. Un “meurtrier”, je ne sais pas, mais ce qui est sûr, c’est qu’on a tous des parts d’ombre, des réactions parfois incontrôlables. Ce n’est pas agréable de fouiller ça, mais ç’a été nécessaire dans ce cas-ci. Et au fond, tout le monde devrait se questionner là-dessus. C’est peut-être quand on ne le fait pas que le pire arrive…» (Du 26 octobre au 3 décembre au Théâtre Jean-Duceppe)