Culture

Le rap en solo

Quand les membres des groupes de rap cultivent leur signature personnelle.

Lary Kidd, Joe Rocca et Jacques Jacobus. (Photos: Martin Papineau, Yann Jobin et Jimmy Chicaiza)
Lary Kidd, Joe Rocca et Jacques Jacobus. (Photos: William Fradette, Yann Jobin et Jimmy Chicaiza)

La scène rap du Québec connaît depuis quelques années de très beaux moments, même qu’au dire de certains de ses musiciens, nous vivons une sorte d’âge d’or de ce style musical. Le rap qui se fait ici n’a pas à pâlir devant le reste de la production mondiale, et il réussit même à introduire un peu de québécitude dans cette sphère américanisée.

Plusieurs groupes ont marqué ce mouvement chez nous : Radio Radio, Dead Obies, Loud Lary Ajust, par exemple, ont réussi à faire vibrer la jeunesse musicale du Québec avec des approches différentes mais complémentaires. Ce début d’année 2017 semble toutefois être le moment où des rappeurs de ces formations tenteront le coup en solo.

Jacques Doucet, de Radio Radio, plonge à la mi-mars dans l’aventure hors de son groupe rap, pop et électro, qui nous a offert la célèbre « Jacuzzi ». Sous le nom de Jacques Jacobus, il laisse temporairement en plan son acolyte Gabriel Malenfant pour se lancer en solo, un projet qu’il chérissait depuis une dizaine d’années. Avec l’avantage de ne pas avoir à faire de compromis, d’avoir carte blanche pour la création musicale. « Dans les textes et le côté visuel, c’est plus personnel, notamment dans les thématiques », racontait-il à l’Acadie Nouvelle.

Du côté des membres de Dead Obies, qui ont obtenu un fort succès auprès des 16 à 35 ans avec leurs deux albums accrocheurs où ils s’expri­ment en « franglais », c’est le rappeur Joe Rocca qui tente l’aventure en solitaire. En décembre, le manieur de micro à la voix un brin nasillarde dévoilait déjà une première chanson, « Com­mando », ainsi qu’un clip assez torride. Encore là, on peut cerner un désir de se démarquer de sa bande d’origine. Le nouveau titre parle de relations amoureuses, « chose qu’on n’aborde pas vraiment avec le crew de Dead Obies, racontait Joe Rocca à Vice. Il y a une touche de R&B, qui est moins exploitée avec le groupe, parce qu’on fait le party. » Être dans une formation a ses avantages, mais amène d’inévitables contraintes. Son minialbum est prévu au printemps.

Le trio Loud Lary Ajust a parcouru de long en large le Québec dans les dernières années, et on l’a même vu avec Dead Obies lors du concert d’ouver­ture des FrancoFolies 2016. Depuis peu, le groupe a décidé de faire une pause, un arrêt qui était tout indiqué pour que ses membres cultivent leur signature personnelle. Le premier à s’essayer est Lary Kidd, qui lance fin mars le disque Contrôle. Un premier titre, « Les palmiers brûlent dans la nuit », le montrait dans un enrobage sonore différent, avec des effets dans la texture de la voix.

Financièrement, il peut être intéressant de ne pas partager les chèques avec quatre ou cinq collègues. Mais délaisser un groupe réputé, établi, avec ses admirateurs bien fidèles, comporte ses risques, « comme rentrer une aiguille dans un vieux disque », aurait dit Richard Desjardins, qui n’avait pas grand-chose du rappeur, mais qui a fait carrière sous son nom après avoir joué avec Abbittibbi. Par rapport à d’autres styles musicaux, le rap peut toutefois compter sur un public très curieux et passionné. D’où peut-être l’idée de plonger.

Regardez le clip «Les palmiers brûlent dans la nuit», de Lary Kidd.

Voyez le clip de «Commando», de Joe Rocca.

Écoutez «Gone sur (une) trip», de Jacobus.

Le disque

LAT03_MUSIQUE_03_ORIGINALE 800pxIl était plus que temps que Patrice Michaud nous offre de nouveaux sons. Disons-le, son précédent disque, Le feu de chaque jour, avait atteint contre notre gré un point de saturation. Forte diffusion radio, extraits dans deux publicités… Il suffisait des premiers accords de « Mécaniques générales » pour que monte le courroux. Voici du neuf, enfin ! Le Gaspésien, conteur dans l’âme, revient faire vibrer sa voix grave dans les 11 pièces d’Almanach, dont une toute jolie et dénudée avec Ariane Moffatt. On retrouve son phrasé, ses mélodies fortes et son approche des idées imagée mais très terre à terre — « L’amour, ce n’est pas quelque chose, c’est quelque part. » Si, pour le premier extrait, « Kamikaze », Michaud reprend là où il nous avait laissés, plusieurs titres d’Almanach, réalisé par Philippe Brault, contiennent de petites bourrasques de fraîcheur. Un esprit funk et comique dans « Cherry Blossom », des notes de clavier qui roucoulent dans « Le grand écart », etc. Réinvention ? Non. Plutôt de nouveaux habits pour le même bon gars. (Patrice Michaud / Almanach / Spectra Musique)

 

À découvrir

LAT03_MUSIQUE_04_ORIGINALE 800pxVous êtes amateur de folk francophone sombre et feutré ? Le deuxième album de Ludovic Alarie vous intéressera. Intitulé L’appartement, il laisse beaucoup de place à la musique proprement dite, faite d’une orchestration délicate, oscillante, presque nocturne, qu’Alarie et ses musiciens ont concoctée. Et quels musiciens, puisque le jeune auteur-compositeur-interprète joue avec deux des membres de Plants and Animals (Warren Spicer et Matthew Woodley), ainsi qu’avec Mishka Stein (Patrick Watson) et Adèle Trottier-Rivard (Louis-Jean Cormier).