Culture

Janine Sutto: «Toute de vivacité, de grâce et de bonheur»

En plongeant dans ses souvenirs de Janine Sutto, Alain Vadeboncoeur a constaté qu’ils s’échelonnaient sur plus de 50 ans!

Photo: La Presse Canadienne/Paul Chiasson

Si tout le monde a son moment Janine Sutto, c’est que la grande dame a occupé la place qu’elle mérite dans notre imaginaire, à la télévision et au théâtre, et à partir de maintenant dans nos mémoires. En plongeant dans mes propres souvenirs d’elle, j’ai constaté qu’ils s’échelonnaient de ma petite enfance aux toutes dernières années, sur plus de 50 ans!

Je dois me rendre à l’évidence: je ne garde que de bons souvenirs d’elle. Janine Sutto était de ces personnes voyant le côté positif des choses – du moins publiquement -, nous réconfortant souvent et inspirant amour et amitié autour d’elle. À cet égard, les témoignages de ses camarades de jeu sont émouvants.

Elle aura donc éclairé nos jours de bout en bout, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Pour ma part, j’ai un bien vague souvenir d’elle dans Moi et l’autre, télésérie de 1966, où elle campait la mère de Dodo, que j’écoutais parfois avec mes grands frères et sœurs.

Mais pour ma génération, elle fut d’abord Tante Pénélope, la gouvernante du Major Plum-Pouding, sur les ondes de Radio-Canada dès 1969, alors que j’avais six ans.

Janine Sutto en Tante Pénélope, extrait d’un épisode du Major Plum-Pouding, Radio-Canada.

Dans cet épisode que je viens de retrouver sur YouTube, Tante Pénélope a disparu, on ne sait plus où, alors on part à sa recherche. Elle revient (à 18 min 50) avec des provisions… qui n’en sont pas. Et on comprend que la gouvernante, peu satisfaite de rester dans l’ombre du Major, espion britannique, s’est lancée elle aussi dans le contre-espionnage!

Et qui ne l’a pas suivie, au moins de temps en temps, dans Symphorien, à partir de 1970, où elle montrait son sens comique? Celle qui apparemment ne s’écoutait jamais à la télévision touchait à tous les styles avec un égal bonheur. 

Plus tard, au secondaire, je me souviens l’avoir vue sur les planches du Théâtre Denise-Pelletier, mais je suis incapable de me souvenir du nom de la pièce. 

Et à l’Université de Montréal, à 21 ans, figurez-vous que je débutais une brève carrière de critique dans les pages culturelles du journal étudiant le Continuum. On peut lire ci-dessous mon «compte-rendu» de la pièce Harold et Maude, où elle défendait le rôle-titre, évidemment.

Ma critique de Harold et Maude, avec Janine Sutto et Serge Denoncourt, dans les pages du Continuum, parue le 12 novembre 1984.

Je l’avais alors trouvée «toute de vivacité, de grâce… de bonheur!», ce qui lui va très bien. Pour le jeune premier, qui débutait alors sur scène, j’avais été moins tendre. Il portait un nom qui ne vous dira peut-être rien aujourd’hui: Serge Denoncourt! Quant au curieux style de mon texte, j’imagine que je me suis inspiré des Liaisons dangereuses, que je lisais à l’époque.

J’ai revu ensuite sur scène la charmante comédienne à quelques reprises au fil des ans. Je garde notamment un bon souvenir d’elle dans Août – Un repas à la campagne, excellente pièce de Jean-Marc Dalpé, montée à La Licorne.

La toute dernière fois, c’était le 21 septembre 2013, à l’occasion de la superbe reprise musicale des Belles-Soeurs par René-Richard Cyr, sur la musique de Daniel Bélanger. Elle y tenait alors, avec économie de mots, le rôle une vieille dame, toujours d’une forte présence, même immobile et si frêle sur sa chaise.

Affiche des Belles-Soeurs. Source: Théâtre le Monument national

Celle qui avait le sens du timing aura attendu la fin de la journée mondiale du théâtre, le 27 mars, pour sa dernière sortie de scène, rappelle la comédienne Édith Paquet sur sa page Facebook.

«Notre-Dame du Théâtre», telle que surnommée par Gilles Latulipe, a donc tiré sa révérence. Avec le départ de cette grande dame des arts de la scène, c’est une page de notre histoire qui est tournée. Et en prime, un triste rappel du passage du temps.

Comme René Angélil a eu ses funérailles nationales, il serait plutôt gênant de ne pas en accorder à Janine Sutto, dont la carrière de comédienne s’est échelonnée sur plus de 75 ans, sur tous les plateaux et dans tous les styles, avec autant de brio. D’ici là, merci pour tout, Janine!