Culture

Brel pour orchestre

Intemporelle, l’œuvre de Jacques Brel est à l’honneur dans le cadre de la série OSM Pop.

Illustration: Paule Thibault pour L’actualité

À une époque où bien des chansons n’ont une durée de vie que de quelques semaines, les siennes, écrites il y a un demi-siècle, n’en finissent pas de vivre et revivre. Brel symphonique, présenté dans le cadre de la série OSM Pop, donne toute son amplitude au répertoire du grand Jacques. Incursion en salle de répétition avec le chef d’orchestre Simon Leclerc et Catherine Major, qui sera sur les planches aux côtés de neuf autres interprètes, dont Marie-Élaine Thibert, Diane Tell, Marc Hervieux et Luc De Larochellière, ainsi que 72 musiciens.

Simon Leclerc et Catherine Major. (Photos: Marco Campanozzi et Valérie Jodoin Keaton)

Simon Leclerc, c’est vous qui avez eu l’idée de ce Brel symphonique, dont vous signez les orchestrations. Comment est née cette aventure?

S.L.: C’est moi qui l’ai proposé à l’OSM, mais ce concert repose pour beaucoup sur un spectacle qui a circulé ces dernières années au Québec, dans lequel une dizaine d’artistes, dont la majorité font partie de l’actuelle mouture, interprétaient des pièces de Brel accompagnés au piano par Benoît Sarrasin. Il en a résulté un très beau disque, d’ailleurs. Je me suis inspiré de ces versions-là, je n’ai même pas réécouté les versions d’origine!

Ah non? Pourquoi?

S.L.: Simplement parce que la plupart des versions originales, souvent déjà passablement orchestrées, sont insurclassables dans leur genre. Je ne voulais pas trop m’en approcher, me sentir obligé de ne pas les trahir. Et puis, d’un point de vue artistique, ça m’inté­resse de voir l’évolution d’une chanson au fil du temps et des contextes. Dans ce cas-ci, de partir de versions piano-voix pour revenir à une orchestration plus travaillée, sans piano mais avec grand orchestre, ça m’apparaissait porteur.

Catherine Major, Brel était lui-même un formidable interprète. Comment s’y prend-on pour interpréter à son tour ses plus grandes chansons?

C.M.: Au-delà du texte et des notes de la mélodie, je crois qu’il faut surtout comprendre l’essence de la chanson. En arriver à faire comme si on l’avait composée soi-même, en quelque sorte. C’est ce qui nous permet de la vivre, sans trop réfléchir, sans toujours avoir à l’esprit que de toute façon, on ne fera pas mieux que Brel. C’est ainsi que j’ai pu m’attaquer, dans le spectacle piano-voix, à «Quand on n’a que l’amour», chanson interprétée cette fois par Marie-Élaine Thibert, et c’est ce qui me permet de préparer ces jours-ci «Au suivant» et «Ne me quitte pas», rien que ça!

Le répertoire de Brel se prête-t-il bien au travail d’orchestration?

S.L.: Le matériau est franchement intéressant, oui. Ce sont des chansons bien pensées, bien construites, qui remontent, il faut dire, à une époque où on misait davantage sur la richesse harmonique et mélodique. Aujour­d’hui, la chanson populaire est surtout définie par la recherche rythmique et le design sonore, ce qui implique les synthétiseurs et toutes sortes de logiciels. Ça m’intéresse aussi, mais de travailler des morceaux conçus avant le règne du synthé, où on n’avait, pour les habiller, que de bons vieux instruments de musique, ça m’interpelle profondément.

C.M. : Le «design sonore», je n’ai rien contre ça, personnellement, mais je dois dire que je trouve plutôt dommage qu’on explore aussi peu, de nos jours, les possibilités harmoniques d’un arrangement. Moi, j’aime bien les chansons qui ne sont pas seulement sur deux accords, où on va ajouter un accord de neuvième de temps en temps, par exemple… C’est sans doute pour ça que je suis aussi heureuse dans le répertoire de Brel. (Du 18 au 20 avril à la Maison symphonique)