Culture

Attentats sous la loupe

De nombreux livres sont déjà parus sur les attaques terroristes survenues en France. Voici deux nouveaux ouvrages qui abordent le sujet.

Terreur, par Yann Moix, Grasset, 256 p.; Ce que tient ta main droite t’appartient, par Pascal Manoukian, Don Quichotte, 288 p.)

Pascal Manoukian est un ancien photoreporter de guerre qui a travaillé pendant 20 ans aux avant-postes des conflits en Afghanistan, au Soudan, en Somalie, au Kosovo, au Liban. Ce petit-fils de rescapés du génocide arménien a publié un premier roman en 2015, Les échoués, sur les migrants clandestins de Lampedusa. Écrivain engagé, il ne pouvait passer sous silence les attentats qui ont frappé Paris en novembre 2015.

Bien sûr, il n’est pas le premier à écrire sur les attaques terroristes en sol français. De nombreux livres-témoignages et romans sont déjà parus sur le sujet, signés Eric-Emmanuel Schmitt, Laurence Tardieu ou Fouad Laroui. Yann Moix vient aussi de publier, sous le titre de Terreur, un audacieux recueil des notes qu’il a prises «au jour le jour, puisque c’est dorénavant ainsi que nous sommes sommés de vivre». Avec un sens de la formule lapidaire qui évoque les maximes des grands moralistes, il souligne dans ses pensées les paradoxes de ce nouveau régime de terreur où l’existence est réduite à un «laps de temps qui nous sépare de deux attentats».

Le roman de Pascal Manoukian adopte une approche plus documentaire, à travers l’histoire d’un musulman non pratiquant qui part en Syrie pour se venger de Daech après que son épouse, enceinte, eut été abattue par un terroriste à la terrasse d’un café du 11e arrondissement. Les méthodes de recrutement sur les forums de jeux vidéos, les camps d’entraînement en Syrie, la production de films de propagande par une équipe de quelque 800 caméramans sont exposés ici comme dans un docudrame où la réalité dépasse la fiction.

À plusieurs reprises, Manoukian montre du doigt le cheval de Troie de Daech: l’inculture, qui est «le terreau de tous les fanatismes» — autant de l’islamisme que de l’islamophobie. Il fait d’ailleurs dire à l’un des dirigeants de l’organisation: «[Le] jour où un fou finira par faire sauter une mosquée ou par mitrailler une école coranique, alors là on aura gagné.» Une autre excellente raison de promouvoir l’éducation.

* * *

Journal d’un psychotronique, par Aleksi K. Lepage, Notabilia, 96 p.

FOLIE QUOTIDIENNE

Le roman sous forme de journal intime, qui permet d’exprimer des sentiments qu’on n’avoue qu’à soi-même, est un genre qui a toujours particulièrement convenu aux narrateurs légèrement fêlés. Les deux Journal d’un fou, celui de Gogol et celui du Chinois Lu Xun, le Journal de Salavin de Georges Duhamel, Le journal d’un homme de trop de Tourgueniev, le Journal d’un homme sans importance des frères Grossmith, ou Journal intime de Chuck Palahniuk nous ont familiarisés avec des êtres qui ont la folie des grandeurs ou le délire de persécution: ils se croient rois d’Espagne ou destinés à la sainteté, ils s’imaginent entourés de chiens parlants ou de cannibales, ils subissent les pires humiliations et finissent par être mis au ban de la société.

À cette illustre brochette de curiosités littéraires, il faut maintenant ajouter le Journal d’un psychotronique, du Montréalais Aleksi K. Lepage. Vrai monstre d’égocentrisme, centre de l’univers autoproclamé, le narrateur est fort vexé de se voir relégué au second rang quand un ovni végétal apparaît au-dessus du Stade olympique. Un sujet approprié pour un premier roman qui est lui-même un ovni, propulsé par l’une des voix les plus insolites qu’on ait pu lire ces dernières années.