Culture

Quand le Québec fait de l’effet

Depuis 20 ans, le Québec se distingue dans l’industrie des effets spéciaux au cinéma. Tant et si bien qu’un nouveau prix vient d’être créé pour récompenser les meilleures réalisations dans ce domaine.

Une scène du film 10 secondes de liberté, avant et après l’ajout des effets visuels. (Photos : mels-studios.com)

Qu’ont en commun La Belle et la Bête, X-Men, L’arrivée et Le trône de fer ? Les effets visuels de ces mégaproductions ont été réalisés, en tout ou en partie, au Québec, devenu au fil des 20 dernières années une plaque tournante de l’industrie. Le Gala Québec Cinéma (naguère le Gala du cinéma québécois), dont les prix ont maintenant pour nom Iris, inaugure cette année six nouvelles catégories, parmi lesquelles « effets visuels », qui souligne la vitalité de ce secteur.

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Et les nommés sont… Artifex Animation Studios (Le cyclotron), Fly Studio (King Dave), MELS (10 secondes de libertéRace), Rodeo FX (Un ours et deux amantsTwo Lovers and a Bear) et John Tate (Embrasse-moi comme tu m’aimes). Ce nouvel Iris des effets visuels sera décerné en fonction des critères suivants : le degré de difficulté, l’esthétisme, la qualité de l’exécution et la cohérence avec l’œuvre. « Dans notre esprit, un effet réussi est d’abord au service du film, et non pas une prouesse technique prise isolément », explique Ségolène Roederer, directrice de Québec Cinéma et du gala du même nom.

D’ailleurs, la plupart des films finalistes comportent des effets techniquement assez subtils, loin de ceux de Star Wars. « Les effets “boum-boum” que tout le monde remarque sont souvent beaucoup plus faciles à faire qu’un rajeunissement ou un autre effet moins clinquant », précise Ségolène Roederer.

Les boîtes en nomination contribuent, avec des dizaines d’autres, à l’essor fulgurant que connaît au Québec l’industrie des effets spéciaux. Comment expliquer ce brio et, surtout, comment le soutenir pour qu’il s’inscrive dans la durée ? « Tout commence par de bonnes écoles », croit Ségolène Roederer. Elle cite l’École des arts numériques, de l’animation et du design (NAD), qui fête cette année ses 25 ans. Cet établissement, situé à Montréal mais rattaché à l’Université du Québec à Chicoutimi, et d’où sortent chaque année 64 bacheliers en animation 3D et design numérique, fait figure de modèle et attire de plus en plus d’étudiants de partout dans le monde. À l’École NAD, il faut ajouter notamment l’Institut Grasset (Montréal) et le Collège Bart (Québec), qui offrent des programmes relevés.

Où sont les jambes ? Les effets spéciaux subtils ont la cote, comme dans Embrasse-moi. (Photo : VFX)

« À cela se conjugue un intérêt pour l’expérimentation, poursuit Ségolène Roederer, qui me semble être dans le tempérament québécois. Nous avons eu un Daniel Langlois, fondateur de Softimage, nous avons eu un Richard Szalwinski, qui a créé Discreet Logic [NDLR : entreprise spécialisée dans les logiciels de création numérique], et bien d’autres précurseurs. Si on veut que ça dure, on doit considérer le secteur comme une réelle industrie, avec d’énormes retombées. » À titre d’exemple, elle mentionne L’arrivée, le film à succès de Denis Villeneuve, qui a fait travailler, rien qu’au Québec, pas moins de huit entreprises du secteur et des centaines d’artisans !

Marine Lelièvre, vice-présidente de PopcornFX, un des leaders mondiaux dans le domaine des images de synthèse, qui a des bureaux à Paris et à Montréal, applaudit les mesures structurantes prises il y a quelques années. « En 2009, Québec a introduit le crédit d’impôt remboursable pour services de production cinématographique, qui a fortement stimulé le milieu », dit cette ancienne directrice d’Effects MTL, une conférence internationale annuelle consacrée aux effets visuels. « C’est le type de soutien de nature à pérenniser nos activités. »

La vice-présidente de PopcornFX croit que, d’ici 2020, les besoins de l’industrie en main-d’œuvre vont augmenter de 80 % et que les centres de formation ne fourniront pas. « Soyons clair, c’est un problème qu’on est heureux d’avoir ! dit-elle. Ça veut dire qu’il y a un réel essor au Québec, mais ça pose aussi un énorme défi. Dans ce domaine, les étudiants sont souvent embauchés avant même d’avoir obtenu leur diplôme ! » À l’École NAD, le taux de placement se situe à plus de 70 % dans les six mois suivant l’obtention d’un diplôme, et les meilleurs éléments sont contactés avant leur sortie de l’école. Il est temps, croit Marine Lelièvre, de revoir les cursus scolaires : « Forme-t-on suffisamment de jeunes ? Seront-ils en phase avec les besoins de demain, alors que se développe à vitesse grand V la réalité augmentée, notamment ? »

À industrie virtuelle, enjeux bien réels !

Le gala Québec Cinéma des artisans sera diffusé à ICI ARTV le 1er juin et le gala principal à ICI Radio-Canada Télé le 4 juin.