Culture

L’artiste à portée de main

(Photo : Instagram)

Pour réussir, surtout à une époque où l’industrie cherche ses repères, le musicien doit être là où se trouve son public. Et le public n’est plus seulement dans les magasins de disques ou les salles de spectacle. Il est aussi de plus en plus… sur son téléphone intelligent.

Voilà qui explique que bon nombre d’artistes d’ici et d’ailleurs se font entendre sur des plateformes non traditionnelles, soit les réseaux sociaux. Il y a bien, dans tout le lot de créateurs, des musiciens qui n’ont pas le désir ou l’énergie d’entretenir de multiples réseaux, mais ceux qui tentent le coup risquent peu et peuvent gagner beaucoup.

Comme l’interprète du titre « Pékin (les amitiés) », Jason Bajada, qui est apparu à maintes reprises sur les pages Facebook de ses abonnés en pleine séance de spectacle intime, assis dans son salon, guitare à la main. Oubliez le billet à acheter (ainsi que les frais aussi obscurs qu’exorbitants) ; voici l’artiste gratuitement, et littéralement à portée de main. Avec, en prime, la possibilité de discuter avec lui, de lui poser des questions, de lui suggérer des chansons, même.

Le rappeur Koriass est aussi très présent sur plusieurs réseaux sociaux, dont Instagram, où il est parfois possible de le voir dans son studio maison. Vous vous demandiez s’il est difficile de composer des lignes rythmiques pour le rap ? Koriass a déjà proposé un minicours de beatmaker 101 à coups de courtes vidéos éphémères sur Snapchat.

Les abonnés de nombreux musiciens ont aussi la chance de les suivre en studio grâce aux réseaux sociaux. Bribes de paroles, extraits exclusifs de futures chansons, tout peut y passer avec un peu d’imagination et la volonté de se dévoiler. Le duo pop électro Milk & Bone nous a récemment fait vivre des instants de création de son prochain opus, tout comme la chanteuse Élise Larouche, du groupe pop Éli et Papillon, qui nous montre des moments d’enregistrement de son album solo.

Est-ce que cette approche est lucrative ? Peut-être pas. Mais elle crée une intimité, un sentiment d’exclusivité entre le musicien et l’amateur. Aussi froides et distantes que peuvent être ces plateformes, elles permettent néanmoins de se sentir main dans la main avec ses artistes préférés.

À découvrir
Pour l’amateur de paroles simples et touchantes posées sur des musiques conséquentes, Philippe B est un incontournable. Révélé par son sublime Variations fantômes en 2011, celui qui a été le mentor de Pierre Lapointe à l’émission La Voix revient avec quelque chose comme un grand disque, intitulé La grande nuit vidéo. Monsieur B met un peu plus l’accent sur le piano, et dose avec justesse l’apport des portions orchestrales. L’émotion est au rendez-vous, notamment dans « Rouge-gorge », chantée avec Laurence Lafond-Beaulne (membre de Milk & Bone, touche-à-tout avec Alex Nevsky et Ariane Moffatt), qui est aussi présente dans plusieurs autres pièces.

À redécouvrir
Fred Fortin, Joseph Antoine Frédéric Fortin Perron

Premier disque du désormais vétéran de la chanson rock du Québec, cet album portant le nom complet de Fred Fortin le révélait en 1996 déjà à la fois capable de grande beauté et d’esprit, voire de niaiseries. D’un côté, il y a les déjantées « La loi du chocolat » et « Wéginald », et de l’autre, des bijoux émouvants comme « Testament », « Que je t’étranglerai » et « Moisi moé’ssi ». Un disque aux allures de fondations pour tout un pan du rock d’ici.