L'art qui repousse les limites de la réalité virtuelle
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L’art qui repousse les limites de la réalité virtuelle

Le théâtre immersif Punchdrunk présente une pièce en réalité augmentée à Montréal. Maxime Johnson a rencontré ses créateurs.

La compagnie de théâtre britannique Punchdrunk repousse les limites du sixième art depuis l’an 2000, en proposant des expériences immersives qui peuvent être jouées tant pour des centaines de personnes dans de grands immeubles désaffectés que devant un spectateur à la fois à la grandeur d’une ville.

Ses créateurs souhaitent maintenant adapter la formule à la réalité augmentée. Believe Your Eyes, leur première tentative, est présentée ce mois-ci au Centre Phi, à Montréal.

Il est difficile d’expliquer ce qu’est Believe Your Eyes sans nuire à l’expérience. Il s’agit d’une œuvre à la frontière du numérique et du monde physique, assez courte, mais qui reste présente chez le spectateur longtemps par la suite. Est-ce réussi ? Disons qu’après avoir assisté à des dizaines d’œuvres en réalité virtuelle au cours des dernières années, j’estime qu’aucune n’a été aussi mémorable.

Hector Harkness et Felix Barrett, de la compagnie de théâtre britannique Punchdrunk. (Photo : Maxime Johnson)

« Depuis le premier jour de Punchdrunk, nous essayons de nous réinventer, explique Felix Barrett, fondateur et directeur artistique de la troupe britannique, de passage à Montréal. La réalité virtuelle était la suite logique pour nous. »

Détail intéressant, Believe Your Eyes est une pièce commanditée par Samsung. « Nous acceptons les projets de clients commerciaux uniquement si cela nous donne l’occasion de faire de la recherche et du développement », avait confié Barrett au quotidien The Guardian en 2015. C’est ce qui est arrivé ici, et la compagnie a visiblement attrapé le virus.

« Ce qui est merveilleux avec la réalité virtuelle, c’est de pouvoir peaufiner chaque détail de l’expérience », explique Hector Harkness, directeur associé de Punchdrunk et concepteur de Believe Your Eyes. Il a réalisé l’œuvre en à peine un mois.

Pour la suite, le duo cherche à créer des expériences plus interactives et offrant plus de choix aux spectateurs. C’est d’ailleurs au cœur de l’une des œuvres les plus puissantes de Punchdrunk, Sleep No Moreprésentée en continu à New York depuis 2011.

Chef-d’œuvre en son genre, Sleep No More, librement inspirée de la pièce Macbeth, de Shakespeare, est jouée dans un immeuble de cinq étages où l’action entoure littéralement les spectateurs, libres de se promener où bon leur semble. Cachés par un masque, ils suivent certains personnages de près pour être sûrs de ne rien perdre de l’intrigue, qui se déroule partout en même temps. Le spectateur peut aussi déambuler simplement dans les somptueux décors, dont chaque recoin demande à être fouillé et peut cacher un moment de théâtre unique, seul à seul avec un acteur.

Pour une compagnie de théâtre constamment en quête de renouveau, la réalité virtuelle ouvre un monde de possibilités. « Les effets spéciaux nous permettent de faire des choses qui sont impossibles dans la réalité. Nous pouvons créer beaucoup de choses dans les immeubles que nous reconvertissons pour nos œuvres, mais nous ne pouvons pas laisser un personnage se dupliquer 10 fois », illustre Hector Harkness.

En plus de la réalité virtuelle, Punchdrunk s’intéresse aussi à la réalité augmentée, une technologie où des images numériques s’affichent par-dessus le monde réel, le tout observé au moyen d’un téléphone ou de lunettes spécialement conçues.

Punchdrunk à grande échelle

Pour ceux qui souhaiteraient vivre Believe Your Eyes, la chose risque d’être plutôt difficile. Seules trois personnes par heure peuvent profiter de l’expérience au Centre Phi ; à peine 500 personnes auront la chance d’y assister au cours du passage de la troupe à Montréal.

« J’aimerais vraiment pouvoir faire les choses à plus grande échelle, explique Felix Barrett. Mais nous essayons de créer des expériences extrêmement personnelles. Créer de l’intimité pour un large public, ce n’est pas facile. Mais nous aimerions le faire. Nous essayons de déchiffrer le code de la réalité virtuelle. »

À quoi pourrait ressembler cette intimité à grande échelle ? Peut-être à une application de réalité virtuelle diffusée sur Internet, puis accompagnée d’un petit quelque chose de plus. « L’intimité peut être créée par la proximité, mais aussi par la violation de l’espace personnel : un téléphone, un courriel, un message de quelqu’un le jour suivant l’expérience, dit-il. Est-ce la réponse? Qui sait… »

L’expérience multisensorielle Believe Your Eyes se déroule jusqu’au 30 septembre au Centre Phi, à Montréal.