Entretien avec Michel Tremblay
Culture

Entretien avec Michel Tremblay

En juin dernier, Michel Tremblay soufflait sur ses 75 bougies. Un chiffre qui ne semble pas le ralentir puisque, fidèle à ses habitudes automnales, l’écrivain chouchou des Québécois offre à ses lecteurs un nouveau roman, Le peintre d’aquarelles, qui lève le voile sur l’autre facette créatrice du sensible artiste.

Dans cette nouvelle œuvre, vous témoignez, par la voix du cousin Marcel, devenu vieux, de l’apport de la peinture dans la vie. De quelle manière cet art s’avère-t-il complémentaire à l’écriture ?

Depuis 25 ans, l’aquarelle est la seule chose qui me sort de mon écriture, qui m’oblige à me concentrer ailleurs… à me sortir de mon travail. C’est plus qu’un hobby, c’est un « vide-tête » dont j’ai désormais besoin pour récupérer.

La souffrance mentale est présente dans vos lignes. Quand on est créateur et qu’on prend de l’âge, est-ce qu’on s’affranchit de plus en plus de ses maux, ou bien si c’est le contraire ?

J’ai bien peur qu’on soit plus susceptible de les ressentir… parce qu’on s’écoute trop. C’est ce que j’ai essayé de traduire avec le personnage de Marcel à 76 ans : tout tourne autour de lui, même les paysages qu’il dépeint.

Vous écrivez : « On décrit le malheur, on ne décrit pas le bonheur. » Qu’avez-vous voulu exprimer ?

Le bonheur n’existe pas en art. Il n’est pas intéressant. Le rideau s’ouvre, quelqu’un dit : « Nous sommes heureux. » Le rideau se referme, fin de la pièce. Alors que le malheur…

Comment envisagez-vous votre propre vieillissement ?

Le chiffre 75 est un couperet qu’il faut bien accepter. Devant la façon qu’a notre société de traiter ses aînés, je suis soulagé de pouvoir vivre de ma fortune… Le plus dur à prendre, évidemment, c’est le corps qui vous abandonne petit à petit. La seule consolation est qu’on est moins niaiseux qu’à 20 ans.

Ce jeune écrivain audacieux et novateur que vous étiez à vos débuts, vous le portez certainement toujours en vous. À quels moments le sentez-vous ressurgir ?

Chaque matin, quand le trac me noue les entrailles au moment de commencer à travailler. Il est resté le même après 52 ans… Le fait de savoir ce que j’ai à dire, mais pas comment ça va sortir est toujours aussi excitant. Le grand saut dans le vide. Chaque jour.

Le peintre d’aquarelles, Leméac/Actes Sud, en librairie à compter du 1er novembre.