3 questions à Estelle Clareton
Culture

3 questions à Estelle Clareton

Pour sa plus récente création, la chorégraphe a puisé son inspiration dans l’œuvre de Dante et les gravures de Gustave Doré.

Dans Sous la nuit solitaire, la chorégraphe Estelle Clareton revisite L’enfer, sombre première partie du célèbre poème allégorique La divine comédie, de Dante. Inspirée par les gravures de Gustave Doré, qui a imagé l’œuvre du « père de la langue italienne » au XIXe siècle, la Canadienne d’origine française fouille le passé pour mieux s’interroger sur notre modernité.

Pourquoi avoir choisi de réactualiser cette œuvre ?

C’est Olivier Kemeid, le metteur en scène, qui me l’a fait découvrir. D’emblée, les gravures de Gustave Doré ont interpellé mon instinct de chorégraphe par leur gestuelle et leur mouvement. Le défi a été d’en arriver à une forme intéressante, pas un compromis entre le théâtre et la danse. Au lieu de chercher à fusionner les deux modes d’expression, nous avons voulu les faire dialoguer.

Qu’est-ce que ce poème révèle sur notre époque ?

L’un des premiers trucs qui nous ont frappés, c’est cette fameuse barque qui sert à passer de la vie à la mort. Tout de suite, nous avons eu l’idée de l’appeler « la barque aux réfugiés », afin de faire écho à notre monde. Ensuite, il y a un moment où des centaures tirent des flèches sur des damnés, ce qui nous a rappelé une scène de notre enfer moderne : celle de l’attentat au Bataclan. Olivier et moi sommes très sensibles à l’actualité et, sans verser dans un récit trop lourd, nous avons voulu témoigner de notre époque sombre.

En quoi les univers du théâtre et de la danse sont-ils complémentaires dans votre travail ?

Le théâtre est au cœur de mon travail depuis mes débuts et il me permet de donner du sens à mes œuvres. En fait, je crois être moins abstraite que certains autres chorégraphes, car je cherche des réponses. La matière première reste le corps, mais le questionnement existentiel est important. À mon sens, cette recherche intellectuelle me rapproche du théâtre.

Au Théâtre de Quat’Sous du 15 novembre au 2 décembre.