Ken Follett : Au nom de la religion
Culture

Ken Follett : Au nom de la religion 

Qu’est-ce que les guerres de religion du XVIe siècle nous apprennent sur notre époque marquée par le terrorisme ? Avec son roman historique Une colonne de feu (Robert Laffont), Ken Follett fait le pari que le passé peut éclairer le présent.

Votre roman montre qu’au XVIe siècle les extrémistes catholiques et protestants se ressemblaient : même haine les uns des autres.

Il y a un personnage dans Une colonne de feu qui dit que l’homme qui est tout à fait certain qu’il connaît ce que Dieu veut est l’homme le plus dangereux du monde. Et c’est vrai.

Vous vouliez tirer une sonnette d’alarme avec ce roman ?

Non. Un roman ne peut pas donner de leçon, à mon avis. Ce que nous offre le roman, c’est le pouvoir de regarder des événements à partir de plusieurs points de vue. Cela rend plus empathique, plus tolérant.

Il ressort de votre roman que la seule façon de contrer les fanatiques est de prôner la tolérance, justement.

Au XVIe siècle, ils n’étaient qu’une petite minorité à favoriser la tolérance religieuse. On a fait d’énormes progrès depuis. De nos jours, en France, les catholiques ne tuent pas les protestants, et au Royaume-Uni, les protestants ne tuent pas les catholiques. Sauf peut-être en Irlande, malheureusement…

Par l’intermédiaire de certains personnages historiques que vous mettez en scène, on constate qu’au fond la religion n’est qu’un prétexte pour accéder au pouvoir ou le conserver.

Le protestantisme était dangereux pour les catholiques qui avaient le pouvoir à l’époque en Europe. Les autorités se servaient de la religion pour dominer le peuple : obéir à Dieu veut dire que vous obéissez au roi. Arrivent les protestants, qui insinuent que l’Église, le pape, les prêtres font des erreurs. Et ça, c’est très dangereux pour ceux qui possèdent le pouvoir. On ne tue pas quelqu’un parce qu’il ne croit pas en la virginité de Marie, par exemple. Mais le pouvoir et l’argent, ça oui, on tue pour ça.

Quel est votre propre rapport à la religion ?

J’ai été élevé dans une famille protestante très stricte. On croyait que tout ce qui était écrit dans la Bible était vrai. À l’adolescence, j’ai commencé à douter. J’ai eu des conflits avec mon père à ce sujet. Vers l’âge de 19, 20 ans, alors que j’étudiais la philosophie, je suis devenu athée. Et je le suis resté. Même si j’aime beaucoup les églises, leur architecture, les cantiques religieux. C’est quelque chose de spirituel pour moi.

Jusqu’à quel point est-ce important pour vous de respecter les faits historiques ?

Je paie des historiens pour réviser mes textes, afin de m’assurer qu’il n’y a pas d’erreurs. Je tiens à ce que mes lecteurs sachent que ce que je dis sur la grande Histoire dans mes romans est vrai.

Une histoire d’amour contrariée traverse le roman. Vous pourriez écrire un roman sans histoire d’amour ?

Non, parce qu’il faut que le lecteur aime les personnages, qu’il s’inquiète pour eux. Et pour en arriver là, je crée d’autres personnages qui aiment mon héros. C’est stratégique de ma part et ça crée du suspense.