Blade Runner 2049 : les effets spéciaux montréalais
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Blade Runner 2049 : les effets spéciaux montréalais

Quatre studios locaux ont collaboré activement au dernier long-métrage de Denis Villeneuve.

Outre l’intelligence artificielle et le jeu vidéo, Montréal s’impose de plus en plus comme une plaque tournante des effets spéciaux. Quatre studios locaux ont d’ailleurs collaboré au dernier long métrage de Denis Villeneuve. Petit aperçu du travail de moine qui a permis de faire de Blade Runner 2049 une œuvre aussi percutante visuellement.

Alerte aux divulgâcheurs : certaines scènes de Blade Runner 2049 doivent être dévoilées pour présenter les effets spéciaux du film. Ceux qui ne l’ont pas encore vu voudront peut-être attendre avant de lire ce billet.  

Framestore : un Las Vegas complet caché sous la tempête

Photo : Framestore / Warner Bros.

Le passage de K (Ryan Gosling) à Las Vegas est un moment marquant de Blade Runner 2049, ne serait-ce que pour la somptuosité de cette ville déserte, recouverte d’un halo orangé qui paraît tout droit tiré d’une bande dessinée futuriste.

« Le paysage de Las Vegas semble incroyable, mais en fait, il est inspiré d’une tempête de sable qui a réellement recouvert Sydney, en Australie, en 2009 », raconte Adrien Saint Girons, superviseur des effets d’infographie à Framestore. Adrien Saint Girons a expliqué en détail mercredi le travail accompli par son studio dans Blade Runner 2049, à l’occasion d’une table ronde lors du congrès pour les industries créatives Hub Pro Montréal.

Plus de 175 artistes de Framestore établis à Montréal ont travaillé pendant plus d’un an pour réaliser 300 plans de Blade Runner 2049, y compris les images extérieures de Las Vegas.

Même si Las Vegas est à peine visible dans le film derrière son halo orange, l’équipe de Framestore a conçu une représentation numérique complète de cette ville, avec des cafés, des restaurants et tout ce qui pourrait réalistement composer la capitale américaine du jeu dans le futur. Des détails pratiquement tous camouflés sous une tempête de sable.

En plus de Las Vegas, Framestore a aussi créé certaines explosions et les vues extérieures de la ville de San Diego. 

Double Negative : plus de 200 bâtiments numériques pour Los Angeles

Photo : Double Negative / Warner Bros.

L’entreprise Double Negative a pour sa part élaboré la plupart des effets reliés au personnage de Joi (Ana de Armas), mais c’est surtout sa reconstitution numérique du Los Angeles du futur qui retient l’attention.

« Nous avons recréé une véritable ville, avec plus de 200 immeubles », explique Chris McLaughlin, superviseur des effets spéciaux numériques à Double Negative. Ces immeubles inspirés de l’architecture brutaliste ont été conçus pour paraître différents selon le côté observé, une façon de tricher et de réutiliser les mêmes bâtiments à divers endroits dans la ville sans que le spectateur s’en rende compte. Même avec des raccourcis du genre, reconstituer Los Angeles avec une telle précision représente un travail colossal.

« Dans certains plans, nous avions plus de six milliards de polygones [NDLR : les éléments qui composent une image 3D numérique]. Il faut aussi dire que Denis Villeneuve aime les longs plans, ce qui a compliqué notre travail », se rappelle le superviseur.

Pour Chris McLaughlin, le plus grand défi de Blade Runner 2049 a cependant été de créer le personnage de Joi — un hologramme doté d’une intelligence artificielle —, tout particulièrement pendant le ménage à trois avec K et Marietta (Mackenzie Davis).

« Denis voulait que Joi ait l’air le plus réaliste possible. Je crois qu’il n’aime pas beaucoup les effets spéciaux : il refusait presque tout ce qu’on lui proposait ! L’effet final, où le personnage n’est que légèrement transparent à certains endroits, est beaucoup plus subtil que ce que nous voulions au début, admet-il. Avec le recul, je crois toutefois que c’est mieux de cette façon. »

Notons que ce sont les studios de Vancouver et de Dubaï de Double Negative qui ont réalisé les effets spéciaux de Blade Runner 2049, mais l’entreprise londonienne s’est depuis établie à Montréal également.

Rodeo FX : des pièces plus grandes qu’elles en ont l’air

Photo : Rodeo FX / Warner Bros.

Blade Runner 2049 est la quatrième collaboration entre Denis Villeneuve et l’entreprise montréalaise Rodeo FX, qui a aussi fait des effets spéciaux pour Incendies, Enemy et Arrival. Le fondateur du studio, Sébastien Moreau, est un ami d’enfance du réalisateur, et la paire a collaboré à la réalisation de vidéoclips à une autre époque.

Une équipe de 80 personnes a notamment travaillé à rendre les plateaux de tournage énormes à l’écran, par exemple pour qu’une petite pièce se transforme en immense salle d’archives. 

« Nous avons aussi réalisé des plans de Los Angeles, mais nous avons employé une technique différente de celle de Framestore », explique Adam O’Brien-Locke, directeur de la production globale à Rodeo FX. L’équipe a élaboré un modèle informatique plus simple de la ville, sur lequel étaient projetées des peintures numériques.

Moving Picture Company : recréer une actrice numérique

Photo : Moving Picture Company / Warner Bros.

L’effet le plus impressionnant de Blade Runner 2049 a été réalisé par Moving Picture Company, qui dû recréer numériquement le personnage de Rachel (Sean Young) du film original. L’entreprise, qui possède un bureau à Montréal depuis cinq ans, avait déjà effectué un travail du genre, en concevant un jeune Arnold Schwarzenegger pour le film Terminator Genisys.

Richard Clegg, superviseur des effets spéciaux à Moving Picture Company, explique qu’il avait trois grands défis pour ce projet.

Comme de plus en plus de films, Blade Runner 2049 a d’abord été tourné dans une résolution s’approchant de la 4K (3,5K pour être exact), que l’on trouve dans les nouveaux téléviseurs. Un personnage numérique conçu en 4K doit être quatre fois plus détaillé que ceux créés pour les téléviseurs HD ordinaires.

Un deuxième défi concernait le personnage lui-même. Le but n’était pas ici de reproduire un visage quelconque, mais plutôt des traits connus des amateurs du film.

« Finalement, le personnage créé devait être capable de jouer et de rendre des émotions », ajoute Richard Clegg.

Ce sont des mois de labeur qui ont été nécessaires afin de produire les courtes scènes dans lesquelles Rachel apparaît. Pour réussir le pari, Moving Picture Company a notamment dû recréer numériquement tous les détails du visage de l’actrice Sean Young tel qu’il était en 1981, dont des éléments aussi précis que les pores de la peau, les rides sur les paupières et le duvet sur les joues.

Moving Picture Company a également numérisé le visage de Sean Young tel qu’il est aujourd’hui ; celui de son fils, pour capter le teint de sa peau pendant le tournage ; et celui d’une doublure qui a tourné les scènes avec Harrison Ford. L’entreprise a même créé un crâne numérique, sur lequel le visage de Rachel était placé.

« Nous avons étudié beaucoup d’ouvrages médicaux », précise Richard Clegg. Le tout devait être crédible au point que le public puisse y croire, mais surtout au point de satisfaire Denis Villeneuve, ce qui n’était pas gagné d’avance.

Quel aurait été le plan B si le réalisateur n’avait pas apprécié le travail présenté par Moving Picture Company ? « Il n’y avait pas de plan B, dit Richard Clegg. C’était ça ou rien. C’est pour cette raison que ça a été un travail aussi stressant à réaliser ! »