Finances personnelles

Les jouisseurs de l’épargne

Certains ont fait de l’épargne un mode de vie. Pas par pingrerie, mais simplement pour être libres!

Illustration: Marie Mainguy
Illustration pour L’actualité: Marie Mainguy

Quatorze pays en un an: c’est le tour du monde que s’est offert la famille Perrault-Fillmore en 2008-2009. Jean-François Perrault et sa conjointe, Patricia Fillmore, ont permis à leurs trois enfants, alors âgés de 11, 15 et 19 ans, de découvrir le Kenya, l’Inde, l’Australie, la Bolivie, l’Allemagne et la France — entre autres.

Coût de l’aventure: 80 000 dollars, puisés dans leurs économies, sans emprunter un sou. Ils ont renoncé à acheter une maison et les 40 000 dollars accumulés à cette fin y sont passés. Le reste, ils l’ont épargné en quatre ans! Tout un défi financier pour cette enseignante du secondaire et ce coordonnateur des communications et des services en français à la Fondation Rêves d’enfants.

Des sacrifices? Pas vraiment. «Notre premier enfant est né quand nous étions à l’université, et nous avons maintenu un niveau de vie modéré, même après être entrés sur le marché du travail», explique Jean-François Perrault, 50 ans. «On n’a jamais eu le câble. Nos étagères, ce sont celles qu’on avait achetées pendant nos études.»

Les Perrault-Fillmore sont un cas patent de «fourmigales» — à la fois cigales et fourmis de la fable —, qui épargnent durant le temps chaud, ne vous déplaise, sans jamais avoir l’impres­sion de se sacrifier. «On va au restaurant comme tout le monde, mais ce n’est jamais par paresse: on y va lorsqu’on veut profiter d’une bonne soirée ensemble», dit Jean-François Perrault.

Pour les fourmigales, l’épargne n’est pas un but dans la vie, mais plutôt un passeport pour la liberté. En fait, celles-ci entretiennent une autre idée de la liberté. Vous ne les entendrez jamais revendiquer de pouvoir faire ce qu’elles veulent de leur argent, quand elles le souhaitent, sans contraintes. Elles voient l’épargne comme un moyen d’être libre: libre de ne pas trop travailler, libre des contingences, libre de ne plus vivre à la petite semaine en attendant le prochain chèque de paye, libre d’entreprendre un projet, libre de dettes. Bref, libre de ne plus avoir de soucis d’argent.


ÉPARGNE FORCÉE, ÉPARGNE OBLIGATOIRE

Même si votre compte en banque est à zéro, vous avez peut-être plus d’épargnes que vous ne le soupçonnez. Près de 70 % des Québécois sont propriétaires, ce qui veut dire qu’ils dégagent assez de surplus pour le placer dans un bien non liquide et non soumis à la dépréciation appelé «maison». Rembourser son emprunt hypothécaire est une forme d’épargne forcée.

Et il y a aussi l’épargne obligatoire, prélevée à la source et qui part en même temps que l’impôt: ce sont vos contributions à la Régie des rentes et au fonds de retraite de l’employeur.

Cette épargne est-elle suffisante pour maintenir votre niveau de vie à la retraite? Tout dépend de votre situation, mais il s’agit d’une bonne base.


C’est exactement le cas d’Andrée Lévesque, 54 ans. Employée à la Direction de l’habitation de la Ville de Mont­réal depuis trois ans, elle a précédemment travaillé pendant une vingtaine d’années dans un OSBL consacré au logement communautaire. Malgré un salaire très moyen et son statut d’employée temporaire à la Ville, elle a su engranger suffisamment d’argent pour maximiser son CELI et ses REER, qui font boule de neige et lui assurent une sécurité. «Mon épargne me donne une marge de manœuvre. Je vois des gens qui tombent malades, qui se séparent ou qui perdent leur emploi et qui n’ont rien. Moi, si mon emploi ne me con­vient plus, je peux le quitter.»

Faut-il gagner beaucoup d’argent pour capitaliser de la sorte? Dans un sondage portant sur les Québécois et l’argent effectué par CROP pour L’actua­lité, 72 % des personnes interrogées répondent par l’affirmative. Or, le cas des Perrault-Fillmore et celui d’Andrée Lévesque montrent bien qu’on peut épargner considérablement sans gagner une fortune.

En fait, les vrais riches sont rarement ceux que l’on croit l’être. Spécialiste du marketing et docteur en administration des affaires, l’auteur américain Thomas J. Stanley a étudié le comportement des millionnaires à des fins de marketing avant de devenir lui-même millionnaire grâce à deux ouvrages qu’il a publiés: Ma voisine la millionnaire et L’esprit millionnaire. Il en ressort que ceux qui vivent dans le luxe n’ont pas nécessairement de richesse accumulée: tout part en consommation ostentatoire. Et à l’inverse, les gens qui épargnent ne vivent pas dans les quartiers cossus. Portrait-robot des millionnaires: «des gens organisés, économes, stables, assez traditionnels, avec un couple solide», conclut-il.

Les jouisseurs de l’épargneBien épargner ne signifie pas le rejet de tout matérialisme. Pas question ici de recycler ses vieux sièges de voiture en napperons ou d’adhérer à la doctrine communautariste de la simplicité volontaire. Il suffit de tenir son train de vie en dessous de ses revenus.

«Si vous gagnez 100 000 dollars, il s’agit de vivre avec 95 000, 90 000 ou 82 000 dollars et de mettre le reste de côté. Ce n’est pas la pauvreté, 82 000 dollars», dit Daniel Laverdière, directeur principal de la planification financière et des services-conseils à la Banque Nationale, Gestion privée 1859.

Gestionnaire de gros patrimoines, ce dernier en voit de toutes les couleurs, même chez les plus riches Québécois. Par exemple, une personne de 65 ans qui gagne un fort salaire — 800 000 dollars par année —, mais qui n’a mis qu’un million de dollars de côté. «Cette personne va connaître une très forte baisse de niveau de vie si elle arrête de travailler, explique-t-il. Pour corriger le problème, elle devra travailler jusqu’à 70, 75 ans — si son corps suit.» Daniel Laverdière observe quotidiennement le contraste entre ceux qui ont placé 7 %, 8 % ou 10 % de leur salaire pendant toute leur vie, même s’ils gagnaient peu, et ceux qui, après 50 ans, doivent modifier radicalement toutes leurs habitudes et épargner à des taux de 20 % ou 25 %. «Faire du rattrapage, c’est dur!» dit-il.

Bien avant d’être financièrement indépendants, les bons épargnants sont d’abord indépendants d’esprit et imperméables aux qu’en-dira-t-on. Leur devise: bien faire et laisser braire. Avez-vous réellement besoin d’une voiture neuve? D’une tablette par personne à la maison? Jean-François Perrault est loin d’être convaincu qu’il lui faut la dernière génération de téléphone intelligent alors que la précédente fait le travail.

Tous les grands épargnants nous parlent du défi de résister à la pression sociale et au regard des amis, collègues ou parents qui leur disent: «Laisse-toi aller», «C’est pas grave», «T’as les moyens d’emprunter». «J’appelle ça “le chant des sirènes”», dit Andrée Lévesque, qui fréquente plutôt des gens qui voient la vie comme elle. «Une auto avec un peu de rouille, ça ne me dérange pas, ni mes amis. Un cellulaire, je n’ai pas besoin de ça dans ma vie ou au travail.»

Illustration: Marie Mainguy
Illustration pour L’actualité: Marie Mainguy

Si l’expérience d’Andrée Lévesque et de Jean-François Perrault vous paraît étrange, vous n’êtes pas seul. Car l’épargne est presque complètement sortie des mœurs.

Les Québécois n’ont jamais été aussi prodigues. Alors que le taux d’épargne des ménages québécois dépassait 16 % en 1980, il frôlait tout juste 4 % en 2014, en baisse par rapport à 2013. Ce faible taux se reflète dans celui des faillites personnelles: 300 pour 100 000 habitants, soit le double de l’Ontario et 60 % de plus que la moyenne canadienne. Et le Quartier DIX30 ne désemplit pas, beau temps, mauvais temps.

D’où vient que l’on est plus dépensier, qu’il est si difficile d’épargner? Tous les économistes et les spécia­listes de la planification financière montrent du doigt la publicité — qui, grâce aux réseaux sociaux et aux technologies de l’information, n’a jamais été aussi ciblée pour manipuler le client et susciter le désir — et le crédit facile, les deux mamelles de la société de consom­mation. Depuis l’après-guerre, les dirigeants américains et canadiens ont cherché à faire tourner l’économie par toutes sortes de moyens, et l’un d’entre eux consistait à «libérer l’épargne» et à encourager des réflexes de magasinage. Le citoyen-consommateur est devenu le fantassin que l’on envoie sur le front économique avec ses économies et son crédit. Le sommet du genre a été atteint avec la fameuse injonction de George W. Bush après l’attentat du 11 septembre 2001: «For God’s sake, keep shopping» (pour l’amour de Dieu, continuez de magasiner).

Jamais dans l’histoire il n’a été aussi facile d’obtenir du crédit. Il fut un temps, pas si lointain, où il fallait le demander pour y avoir droit. Désormais, il est offert. Les institutions financières multiplient les cartes, marges et autres découverts. Les commerçants proposent des paiements échelonnés sur 24, 48 ou 72 mois. Par curiosité, nous avons additionné les limites de crédit associées à nos deux cartes bancaires et nos deux cartes de crédit. Tenez-vous bien: le total est de 206 500 dollars! Nous avons beau gagner correctement notre vie, tout le monde sait que deux auteurs-journalistes indépendants ne roulent pas sur l’or!


UNE VERTU… GRECQUE

Le mot «économie» vient du grec oikonomia, qui signifie «administration du foyer». L’Économique est le titre du plus ancien texte connu sur les finances personnelles. Il fut écrit au IVe siècle avant Jésus-Christ par le philosophe Xénophon. Présenté sous la forme d’un dialogue socratique, le texte met en scène une conversation entre le philosophe Socrate et un certain Critobule, et décrit la manière de gérer une grande propriété agraire tout en s’acquittant de ses devoirs de citoyen — condition de la plus haute morale athénienne.

Le lien entre l’épargne et la morale est ancien. Les Grecs ont souvent revisité le sujet. On attribue à Ésope, qui précéda Xénophon de trois siècles, la version originale de La cigale et la fourmi, dont s’inspira un autre moraliste, Jean de La Fontaine, pour sa toute première fable. Évidemment, c’était la Grèce antique…


Résister à la tentation devient un apprentissage, et l’épargne, une ascèse. «La doctrine consumériste fait des ravages partout, à tel point que la notion d’épargne est devenue sinis­tre», constate René Vézina, chroniqueur économique au journal Les Affaires et à Radio-Canada, et membre du conseil d’administration de la Fondation canadienne d’éducation économique. «Les parents ne disent pas non à leurs enfants par souci de ne pas avoir l’air cheap, quitte à mentir sur leurs moyens véritables. Certains y laissent leur maison.»

Il serait exagéré de dire que l’épar­gne revient à la mode. Mais depuis la crise financière de 2008, provoquée par une surabondance de crédit trop facile, on sent que le discours change. Les fourmigales se sentent moins seules. Alors que les institutions financières continuent de jouer un jeu ambigu en encourageant à la fois l’épargne et le crédit, nombre d’associations (Fondation canadienne d’éducation économique, Académie du Trésor, asso­ciations coopératives d’économie familiale, Option consommateurs) se sont donné pour mission de ressusciter l’épargne dans la population, à commencer chez les jeunes.


À lire aussi:

Où investir son argent en 2017


Comme l’habitude de faire de l’acti­vité physique, l’habitude d’épargner doit être inculquée aussitôt que possible. Après avoir éliminé le programme d’éducation à la vie économique en 2009, le ministère de l’Édu­cation introduira à la rentrée de septembre une version plus pratique pour la 5e secondaire.

Même quand ils n’ont pas une idée claire de la valeur des choses, les enfants perçoivent presque instinctivement la valeur de l’épargne et de la prévoyance, sans doute parce que le besoin de sécurité est impérieux chez eux. Qui ne se rappelle pas son premier compte bancaire, son premier dépôt, son premier livret? À neuf ans, nos filles ont ouvert un compte grâce à la caisse scolaire de Desjardins, qui touche 60 % des écoles primaires et secondaires du Québec, et environ 80 000 jeunes déposants. Après le primaire, le compte scolaire est devenu un compte Profit Jeunesse accompagné d’une carte bancaire: nouvel apprentissage! Mais la magie du dépôt continue d’opérer — pour encore quelques années, espérons-le…

«Je me rappelle mes premiers 100 dollars d’économies, mes pre­miers 1 000 dollars. Il y a une joie à faire des dépôts et à voir son compte monter», dit Daniel Laverdière, selon qui l’erreur à ne pas commettre serait de prétendre qu’économiser est facile. Au contraire: valoriser l’épargne revient à valoriser l’effort. «C’est comme l’exercice, c’est le fun parce que c’est exigeant. Je fais du cyclisme et ce n’est pas toujours drôle, mais je le fais pour ma santé. J’investis dans ma condition physique. L’épargne consiste à investir dans sa condition financière.»

Illustration: Marie Mainguy
Illustration pour L’actualité: Marie Mainguy

Pour acquérir ou retrouver la forme financière, il se peut que vous ayez besoin d’un «entraîneur». Une étude de la Banque de Montréal montre que 27 % des personnes ne savent carrément pas par où commencer quand il est question de mettre de l’argent de côté. Dans le jargon de la finance, cet entraîneur s’appelle un «planificateur financier»: ils sont 30 000 au Québec — 50 % de plus que les médecins!

«La première chose que je demande à ceux qui viennent me voir, c’est: “Avez-vous un budget?”» dit Jean-François Guay, planificateur chez BMO Groupe financier, à Sherbrooke, qui rencontre bien des clients désarmés. S’ils n’ont pas de budget, il leur con­seille de noter toutes leurs dépenses pendant une période de trois à six mois. «Quand ils voient qu’ils dépen­sent 1 000 dollars par mois au restaurant, ils n’en reviennent pas! Après, ça devient bien plus facile de faire un budget.»


À lire aussi:

Avantages sociaux: les gaffes qui coûtent cher


Certains se prennent carrément au jeu, comme Stephen Weyman, de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. À 34 ans, ce diplômé en informatique s’est découvert une passion pour la chasse aux aubaines et aux rabais. Au point de lancer un des principaux sites Web offrant des conseils sur les finances personnelles, HowToSave Money.ca, suivi par près de 8 500 personnes. Sa recommandation: soyez opportuniste sans en faire une obsession. «Trouver la meilleure aubaine absolue peut vous prendre tout votre temps. Le plus souvent, il faut se contenter d’une bonne aubaine, et on passe à autre chose.»

Si vous êtes «dans le trou», votre premier objectif devrait être de rembourser les dettes de consommation. «Le simple fait de réduire les intérêts constitue une épargne», dit Daniel Laverdière. C’est ainsi qu’Andrée Lévesque est devenue une super-épargnante. Après un baccalauréat en économie et une maîtrise en aménagement du territoire, sa priorité a été de rembourser son prêt étudiant de 15 000 dollars, contracté au taux quasi usuraire de 12 %, qui avait cours au début des années 1990.

Qu’ils soient super-épargnants ou planificateurs financiers, tous s’accor­dent pour dire que l’épargne est une opération de lucidité. «Épargner exige d’être honnête envers soi-même. Les gens qui n’épargnent pas sont incapables d’admettre ce qu’ils doivent: ils ne veulent pas le savoir», dit Maxime Rochette, planificateur financier et conseiller en sécurité financière à SFL Placements et — divulgation complète — notre conseiller en la matière depuis 15 ans.


CONSEILS DE SUPER-ÉPARGNANTS

• Tenez un budget.
• Examinez chaque dépense: répond-elle à un besoin ou à un désir?
• Pouvez-vous payer moins cher?
• Renoncez au magasinage comme passe-temps.
• Courez les aubaines et acceptez les cadeaux.
• Vérifiez tous les avantages à tirer des déductions fiscales, de votre plan de retraite, de vos assurances, des programmes d’aide à la rénovation ou à l’éducation.
• Fixez-vous des objectifs de vie.
• Établissez un prélèvement automatique vers un compte d’épargne et oubliez-le.


La difficulté de l’épargne n’est pas financière, mais psychologique, voire morale. Cela ressort très nettement du livre Les jeunes et l’argent, distribué gratuitement à plus de 200 000 exemplaires par la Fondation canadienne d’éducation économique. La notion d’épargne n’est abordée qu’au 13e chapitre de l’ouvrage, qui en compte 15. «Parce que l’épargne suppose un questionnement préalable», explique Brian Smith, vice-président de la Fondation, qui déploie toute une batterie d’activités et de programmes dans une quinzaine d’écoles de Montréal. «Il faut décider, établir ses priorités, savoir ce qu’on veut.» Lui-même conseille les jeunes depuis près de 20 ans et va jusqu’à organiser des visites dans les épiceries pour les initier aux mécanismes subtils du marketing, en leur expliquant comment la position des objets, les couleurs ou la taille des éti­quettes induisent les achats. «Il faut être conscient qu’on se fait manipuler.»

Même si on a négligé d’épargner pendant quelques années, comme ce fut notre cas, on s’y fait rapidement quand on s’y met. «L’essentiel est de faire le geste», dit Maxime Rochette, selon qui tout le monde ne doit pas épargner à un taux uniforme de 5 %, 10 % ou 25 % de son revenu. «Ça dépend de l’âge et de la situation de la personne. Un salarié verse des déductions à la source et contribue à un fonds de retraite obligatoire. Moi, comme travailleur indépendant, je dois constituer mes propres provisions pour l’impôt et mon propre fonds de retraite. Et là encore, le besoin varie d’une personne à l’autre. Tout dépend de son projet.»

«Projet», le mot est lancé. Car il est toujours plus motivant d’épargner dans un but défini: partir à la retraite, lancer une entreprise, faire des études, laisser un héritage, acheter une maison, se payer des vacances, un voyage, une voiture. Cela ressort du sondage sur les Québécois et l’argent effectué par CROP pour L’actualité: 93 % des Québécois jugent qu’il faut établir un plan et le respecter pour réaliser tous ses projets.

Si vous faites l’effort, vous avez bien des chances de retrouver Jean-François Perrault et Patricia Fillmore quelque part sur une plage… d’Islande — c’est la prochaine destination de la famille, qui continue de beaucoup voyager. Et Patricia Fillmore a même eu les moyens de prendre un congé sabbatique d’un an pour s’occuper de son père malade.

«Depuis notre tour du monde, on est restés en mode épargne, dit Jean-François Perrault. Ça nous permet d’avoir la liberté de faire ce qu’on aime et ce qui est important pour nous.»


À lire aussi:

Conseils pour une retraite à l’étranger