Devenir son propre patron
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Devenir son propre patron

Assurance maladie, assurance médicaments, garderies à sept dollars… Toutes les conditions sont réunies pour que les Québécois optent pour le travail autonome.

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Pourquoi y a-t-il toujours plus de travailleurs autonomes ? Cette question, on me l’a posée une bonne centaine de fois, en privé ou au cours de conférences autour de mon livre Le guide du travailleur autonome (Québec Amérique, troisième édition).

Or, contrairement à la croyance populaire, le nombre de travailleurs autonomes n’a pas augmenté depuis 30 ans. Nous sommes environ 540 000 au Québec, soit 14 % de la main-d’œuvre — légèrement sous la moyenne canadienne de 15 %.

Le grand changement s’est produit lors de la récession du début des années 1980, qui a entraîné des licenciements massifs et permanents. Depuis, les chiffres n’ont pas bougé, même aux États-Unis, où les 15 millions de travailleurs autonomes forment 10 % de la main-d’œuvre.

Cette dernière statistique soulève toutefois une question : pourquoi, comparativement aux États-Unis, y a-t-il autant de travailleurs autonomes au Canada et au Québec ? Réponse : la couverture sociale.

J’ai pour amis un couple de photojournalistes américains. S’ils étaient tous deux travailleurs autonomes, leur assurance maladie privée leur coûterait — tenez-vous bien — 1 200 dollars par mois pour une famille de quatre ! Et leur petit dernier ne serait pas assuré, parce qu’il a un souffle au cœur ! Pour obtenir une couverture décente, la mère a dû prendre un emploi comme directrice dans un collège.

Grâce à l’assurance maladie, à laquelle s’ajoutent le congé parental, les garderies subventionnées et l’assurance médicaments, davantage de Canadiens et de Québécois ont les moyens de se lancer à leur compte et de le rester.

L’impôt élevé prélevé auprès des classes moyennes au Québec tire également le nombre de travailleurs autonomes vers le haut. Les déductions accordées pour la partie du logement servant de bureau et pour l’utilisation de la voiture à des fins professionnelles réduisent le revenu imposable. Si bien que les travailleurs autonomes québécois gagnent davantage à le rester que leurs pairs américains.

Compte tenu de ces avantages, quelque 75 000 Québécois tentent chaque année l’aventure de l’autoentreprise. D’où l’impression qu’il y a toujours plus de travailleurs autonomes. Mais par effet de « porte tournante », ils sont aussi 75 000 chaque année à passer à autre chose. Après un, deux ou cinq ans à leur compte, ils piétinent, ils ont fait le tour du jardin ou ils ne veulent carrément plus être leur propre patron.

Au fond, les travailleurs autonomes qui persistent, contre vents et marées, à travailler à leur compte pendant 25 ans sont une minorité. Rester travailleur autonome, c’est avant tout le choix d’un « état », celui d’entrepreneur individuel. Et le choix d’un mode de vie, celui de l’indépendance.

Comme des milliers de coiffeuses, graphistes, camionneurs, formatrices, conseillers financiers, j’aime être mon propre patron. Mais pour l’être à vie, il faut aussi aimer être son propre directeur des ventes, son propre comptable, etc. Et cela n’est pas donné à tout le monde.

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