Le CELI, cet incompris
Finances personnelles

Le CELI, cet incompris

Le CELI a la cote. Mais savez-vous vraiment comment en tirer le meilleur parti ?

Toutes les deux semaines, une petite somme disparaît du compte bancaire de Danielle Jutras, de Drummondville, au profit de son compte d’épargne libre d’impôt (CELI). C’est ainsi, un prélèvement automatique après l’autre, que cette coordonnatrice à la formation y cotise chaque année un peu moins que le maximum permis — 5 500 dollars en 2017. Des économies auxquelles elle ne touche jamais. « Mais je sais que je peux retirer de l’argent de mon CELI n’importe quand. Ça me permettra de me virer de bord si jamais je perds mon emploi, par exemple », dit la femme de 49 ans. Si tout va comme prévu, les sommes accumulées lui serviront à la retraite. « À mes yeux, le CELI et le REER sont des outils complémentaires. »

Utilisés en combinaison, les deux produits financiers permettent en effet de maximiser les rendements à moyen et à long terme. Mais beaucoup de gens ne voient pas le CELI comme un outil pour mettre de l’argent de côté pour plus tard, dit Samuel Martin, planificateur financier chez MICA services financiers, à Québec. C’est plutôt un coussin dans lequel investir à court terme pour réaliser des dépenses majeures, comme acheter une voiture. Cette stratégie, explique le planificateur financier, n’est pas toujours payante d’un point de vue fiscal.

La popularité du CELI ne faiblit pas depuis sa création, en 2009, par le gouvernement conservateur de Stephen Harper : plus de 5,6 millions de ménages canadiens y ont cotisé en 2016. Mais l’arrivée de ce nouveau type de placement n’a pas augmenté la capacité d’épargner des ménages. La plupart divisent simplement la somme disponible entre le CELI et le régime enregistré d’épargne-retraite (REER), constate Stéphane Chrétien, professeur titulaire à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval. « Depuis que le CELI a été introduit, on note une légère tendance à la baisse des niveaux de cotisation au REER », dit le titulaire de la chaire Groupe Investors en planification financière.

Tout comme le REER, le CELI permet d’épargner des sommes à l’abri de l’impôt. Les gains réalisés, de même que les retraits, ne sont pas imposables. C’est d’ailleurs ce qui le différencie du REER, qui donne droit à une déduction fiscale immédiate, mais dont les sommes retirées plus tard s’ajoutent au revenu imposable. « Puisqu’on peut avoir accès aux sommes accumulées dans le CELI sans pénalité et récupérer ses droits de cotisation l’année suivante — ce que le REER ne permet pas —, il est tentant d’y maximiser ses cotisations », dit Samuel Martin. Un avantage à court terme qui devient un désavantage à long terme.

Disons que l’on place 25 000 dollars dans un CELI, qui rapporte 1 % d’intérêt pendant un an, jusqu’au moment de rénover la cuisine. « L’économie d’impôt sera minime », dit Samuel Martin, puisqu’elle sera calculée sur le bénéfice du placement, soit 250 dollars. « Pendant ce temps, on ne fait pas fructifier l’argent à l’abri de l’impôt à des taux d’intérêt plus intéressants. Surtout, on ne profite pas des intérêts composés. »

Danielle Jutras, elle, a bien compris l’importance d’investir dans son CELI à long terme. Elle budgétise ses dépenses sans compter sur les épargnes qui s’y trouvent. « J’oublie que j’y ai de l’argent, je m’organise sans le considérer. Et si l’envie me prend d’aller y puiser, il y a quand même un délai de décaissement de 24 à 48 heures imposé par mon institution bancaire. » Un garde-fou suffisant pour lui éviter de faire des folies, estime-t-elle.

 

4 592 dollars

C’est la somme que les Canadiens ont placée en moyenne dans leur CELI en 2016, près de 1 000 dollars de moins que le maximum permis, selon un sondage annuel de BMO Groupe financier publié en février 2017. Les cotisations ont atteint un sommet en 2015 (5 531 dollars), mais le plafond de cotisation était passé cette année-là à 10 000 dollars. Lorsqu’il est redescendu à 5 500 dollars, en 2016, les cotisations sont revenues aux moyennes des dernières années. « La hausse de 2015 a surtout profité aux plus riches, qui ont fait monter artificiellement la moyenne canadienne », dit Stéphane Chrétien.