Affaires et économie

Hugo Chavez, grand ami du Canada

Il y a plein de petits Chavez en puissance au Québec qui rêvent de nationaliser tout ce qui bouge au nom du peuple et de la justice sociale. Pour eux, Hugo Chavez est un héros qui a chassé les impérialistes de son pays et mis au pas les capitalistes. Sous son règne, l’éducation et la santé sont devenues gratuites et la pauvreté est moins criante et odieuse qu’elle ne l’était.

L’héritage de Hugo Chavez, c’est aussi une économie affaiblie, blessée, dévastée, peu productive, qui dépend essentiellement des revenus pétroliers et se trouve dans un piteux état.

Le Canada lui doit beaucoup parce que sa politique pétrolière catastrophique a fait fuir les investisseurs qui lui ont préféré notre pays. Le Canada a hérité de milliards de dollars qui auraient pu aller au développement du plus formidable gisement pétrolier au monde, mais qui lui ont préféré la stabilité et la compétence canadienne. L’une des pires nouvelles que pourrait avoir l’industrie pétrolière canadienne, c’est que le Venezuela redevienne un jour une terre hospitalière pour l’investissement

Le Venezuela compte en effet sur les plus formidables réserves pétrolières de la planète. Pourtant, il ne produit que 3 % du pétrole mondial et ne raffine à peu près rien de sa production. Depuis l’accession de Chavez au pouvoir, la production du pays est passée de 3,5 millions de barils par jour à 2,5 millions.

Pourquoi cette décroissance quand le sous-sol du pays est un immense réservoir de 295 milliards de barils de pétrole ?

On commence d’abord par affaiblir la société d’État, ce qui est quand même étrange pour un socialiste. En 2002, les cadres et les techniciens de Petroleus de Venezuela se mettent en grève. Mécontent, ce grand démocrate purge 20 000 des meilleurs professionnels de l’entreprise, ceux qui étaient les plus qualifiés et occupaient les postes clefs. Il ont été remplacés par des amis du régime, plus versés en idéologie qu’en pétrole.

On s’attaque ensuite aux intérêts étrangers. Directement, en multipliant les entraves, et indirectement en laissant planer le doute sur leur éventuelle nationalisation. Le régime Chavez compte d’ailleurs à son actif 1 600 nationalisations. Il a aussi exproprié 3 millions de producteurs agricoles et plus de 30 millions d’hectares de terre fertiles sont aujourd’hui à l’abandon. Le pays doit importer 80 % de sa consommation alimentaire, ce qui n’empêche pas les nombreuses pénuries.

Revenons au pétrole, puisqu’il compte pour plus de 90 % des revenus de l’État. Le pays ne raffine pas son pétrole qui est vendu ailleurs avant d’être réimporté sous forme d’essence ou de diésel. L’État paie le gros prix pour ces produits qui sont revendus aux Vénézuéliens pour un peu plus de 1 cent le litre. Imaginez la grosseur de la facture et l’incitation à la sur-consommation et au gaspillage.

Pourquoi pas de raffinerie au Venezuela ? Parce que personne ne veut investir dans une telle aventure et que la fameuse société d’État, inefficace et politique, n’a ni les capitaux ni les capacités techniques nécessaires à un tel projet.

Le prix du baril a augmenté prodigieusement pendant les années Chavez ce qui remplissait les coffres de l’État. Le régime a gaspillé une rente pétrolière évaluée à 1 000 milliards de dollars sans rien investir dans les infrastructures – il y a de nombreuses pénuries d’eau et d’électricité – et sans développer d’autres secteurs économiques qui auraient pu réduire la dépendance pétrolière.

Le régime a fait exactement le contraire en tuant l’économie de marché. Malgré tout l’argent récolté, la dette publique du pays est passée sous Chavez de 28 milliards à 130 milliards de dollars et le déficit public atteint 7,5 % du PIB.

Par contre, les régimes amis comme ceux de Bolivie, du Nicaragua ou de Cuba ont profité des largesses du gouvernement Chavez. Les dons de pétrole à Cuba, 100000 barils par jour, représente un cadeau de 3 à 4 milliards de dollars par année.

Nos révolutionnaires de salon font état de la diminution des inégalités sous Chavez, mais ils oublient de dire que l’écart reste très élevé parce qu’une nouvelle bourgeoisie accoquinée avec le régime s’en est mise plein les poches. Outre le clientélisme, une autre plaie saigne le pays qui est devenu l’un des plus violents au monde. Le taux d’homicide a quadruplé sous Chavez.

 

On peut bien vanter les politiques sociales du régime Chavez, mais ses politiques économiques risquent de les rendre insoutenables.

L’ancien chauffeur d’autobus qui remplacera ce grand leader charismatique et défenseur de la veuve et de l’orphelin ne m’inspire aucune confiance. Le voici qu’il proclame, sans s’étouffer ou s’esclaffer, que les forces capitalistes auraient « donné » le cancer à l’ancien dirigeant bien-aimé.

Pathétique.