Affaires et économie

Le Québec est-il surendetté?

La dette de la province est lourde, mais les choses vont mieux depuis 15 ans. La situation s’améliorera encore si nous continuons à observer les lois du Québec sur l’équilibre budgétaire et sur la réduction de la dette.

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La « dette du Québec » désigne habituellement la dette brute de l’administration provinciale. Il s’agit de la dette consolidée des ministères et organismes provinciaux et des secteurs de la santé et de l’éducation. Elle est composée 1) des emprunts accumulés de l’État et 2) du passif net des régimes de retraite de ses employés, qui mesure l’insuffisance des sommes présentement en caisse pour honorer les engagements futurs. Au 31 mars 2012, cette dette brute atteignait 183 milliards de dollars. Elle est à l’origine de la quasi-totalité des charges d’intérêts que Québec doit assumer, qui seront d’environ 9 milliards en 2013-2014.

S’endetter permet à un gouvernement de réaliser un déficit, c’est-à-dire de dépenser plus qu’il ne prélève d’impôts dans l’immédiat. En contrepartie, les intérêts qu’il aura à payer sur ses emprunts l’obligent à prélever à l’avenir plus d’impôts qu’il n’en aura besoin pour financer ses dépenses courantes. Un emprunt, c’est donc un report d’impôts.

Pour financer des infrastructures, emprunter est plein de bon sens. Les nouvelles générations en bénéficieront. Il est juste de faire contribuer leurs impôts futurs au paiement des intérêts sur les emprunts contractés. Pour financer les dépenses courantes, par contre, emprunter n’est souhaitable que si la conjoncture économique est mauvaise. Réaliser des déficits budgétaires en période de récession pour contenir le chômage, comme le Québec l’a fait en 1982, en 1991 et en 2009, est tout à fait dans l’ordre. Mais continuer à s’endetter rapidement quand la croissance a repris augmente le risque de dérapage financier lorsque la récession suivante frappe. Ce n’est pas une bonne idée !

L’endettement du Québec ne doit pas être pris à la légère. La dette brute de 183 milliards de l’administration provinciale au 31 mars 2012 équivalait à 53 % du PIB québécois. Ailleurs au Canada, le poids de cette dette était nettement moins lourd, s’établissant en moyenne à 29 % du PIB. Les comparaisons internationales nous font cependant mieux paraître. Pour juger de la position relative du Québec dans sa totalité, il faut ajouter à la dette de l’administration provinciale celle des administrations municipales et la portion de la dette fédérale qui est supportée par les Québécois. Comme en fait foi le tableau ci-contre, l’addition de toutes ces sommes selon une méthode de calcul mise au point par l’OCDE aurait placé le Québec au 11e rang parmi les pays riches les plus endettés au début de 2012.

La position relative du Québec en matière d’endettement s’est amé-liorée depuis 15 ans. Le tableau montre que nous sommes plus endettés que les Scandi-naves, les Allemands et les Canadiens des autres provinces, mais moins que les Japonais, les Grecs, les Ita-liens, les Portugais, les Irlandais, les Américains, les Belges, les Français et les Britanniques.

Deux raisons expliquent l’évolution favorable du Québec. D’une part, un solide consensus politique s’est établi ici autour de la Loi sur l’équilibre budgétaire, de Lucien Bouchard (1996), et de celle sur la réduction de la dette, de Jean Charest (2006). Ces deux lois ne sont pas toujours faciles d’application, mais elles encadrent nos finances publiques plus rigoureusement qu’autrefois. D’autre part, le poids de l’endettement s’est beaucoup accru depuis cinq ans en Europe et aux États-Unis, en raison de la crise économique.

Moins touché par la crise, le Québec n’en paraît que mieux.

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Le palmarès des éclopés

 Rang   Pays…………………………………… Dette brute en % du PIB

1        Japon……………………………………………………………….. 205

2        Grèce……………………………………………………………….. 175

3        Islande……………………………………………………………… 128

4        Italie………………………………………………………………… 120

5        Portugal…………………………………………………………… 118

6        Irlande…………………………………………………………….. 112

7        États-Unis…………………………………………………………. 102

7        Belgique………………………………………………………….. 102

9        France…………………………………………………………….. 100

9        Royaume-Uni……………………………………………………. 100

11       Québec…………………………………………………………….. 98

12       Allemagne………………………………………………………… 86

13       Canada hors Québec………………………………………….. 81

14       Autriche……………………………………………………………. 80

15       Espagne……………………………………………………………. 77

16       Pays-Bas…………………………………………………………… 76

17       Danemark…………………………………………………………. 62

18          Finlande………………………………………………………… 58

19       Suède………………………………………………………………. 49

20      Nouvelle-Zélande………………………………………………… 48

(Calculs basés sur les données de l’OCDE et du Québec, 2012)