Affaires et économie

Des femmes entrepreneures au Québec ? Depuis 1700 !

L’histoire entrepreneuriale du Québec est méconnue. On a oublié qu’il y avait des entrepreneurs talentueux et audacieux dès la création de la Nouvelle-France et que ceux qui ont peuplé cette terre n’étaient pas des paysans pauvres et illettrés, mais des aristocrates, des bourgeois, des artisans et des soldats provenant des centres commerciaux les plus dynamiques de la France de l’Ancien Régime.

Un exemple parmi tant d’autres : connaissez-vous l’histoire de Agathe De Saint-Père, mieux connue sous le nom de Madame de Repentigny ? Dans le Dictionnaire biographique du Canada en ligne, on la présente comme une manufacturière, née à Montréal en 1657, fille de Jean de Saint-Père, notaire. Oui, une manufacturière, née 15 ans après la fondation de Montréal, d’un père qui occupe une profession libérale.

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De Repentigny, c’était son mari, Pierre Legardeur, un officier militaire et un seigneur (un propriétaire foncier). Pour le remercier de ses bons et loyaux services, il a été fait chevalier de Saint-Louis, le plus haut honneur militaire décerné en Nouvelle-France. Brave soldat, mais un peu indolent, galant au sens plus ancien du terme, et il n’a pas la bosse des affaires. C’est sa femme qui signe les contrats, paye les comptes et rembourse ses dettes.

Madame de Repentigny mène les affaires du couple. Elle achète et vend des terres et elle s’engage dans le commerce des fourrures, la principale activité commerciale de la Nouvelle-France. Elle ouvre aussi une boulangerie. Elle travaille à la confection d’étoffes et, experte du marketing avant l’invention du terme, elle en envoie des échantillons au roi Louis XIV, qui semblait les apprécier. Elle lui envoie aussi des dragées de sucre d’érable de sa fabrication. En 1705, elle a vendu en France 30 000 livres de sucre d’érable produit sur l’île de Montréal. Une autre affaire prospère et une première en ce qui a trait à la commercialisation des produits de l’érable.

Cette même année, le bateau annuel qui devait approvisionner la colonie d’étoffes et de toiles fait naufrage. Voilà l’occasion de créer une véritable manufacture pour produire dans la colonie ce qui était d’habitude importé de France. Mais comment trouver des tisserands en Nouvelle-France ? Elle rachète neuf tisserands anglais prisonniers des Indiens et les embauche pour former ses propres apprentis. Plusieurs dizaines d’artisans ont oeuvré sur les 30 métiers de cette manufacture active de 1704 à 1713.

Elle vendra son entreprise en 1713. Quatre ans plus tard, une ordonnance interdisait la fabrication de tels produits. C’est le mercantilisme : la colonie est un déversoir de biens produits dans la métropole et il n’est pas question qu’elle concurrence les producteurs français.