Affaires et économie

L’économie du Québec au-delà de la politique

Les économistes peuvent bien se disputer sur la façon de mesurer le pouvoir d’achat des Québécois, ils s’entendent sur l’essentiel : ça ne peut pas continuer comme ça, explique Pierre Duhamel.

Dans quel état se trouve l’économie du Québec ?

Les études qui émanent de l’Université de Sherbrooke et de HEC-Montréal font le portrait d’une économie fragilisée par l’endettement public et le vieillissement de la population plus rapide au Québec qu’ailleurs.

Les économistes peuvent se disputer sur la façon de mesurer le pouvoir d’achat des Québécois, ils s’entendent sur l’essentiel : ça ne peut pas continuer comme ça.

Ponctuellement, il y a de bonnes nouvelles qui nuancent le tableau d’ensemble, comme cette quatrième hausse consécutive du PIB en octobre dernier, une performance inespérée.

Francis Vailles, dans La Presse, fait état, jeudi matin, de certains aspects positifs qui ressortent des récentes études universitaires — notamment l’augmentation plus rapide qu’ailleurs, depuis une vingtaine d’années, du nombre de personnes qui occupent un emploi.

Cela n’invalide aucunement le constat des économistes de l’UdeS et de HEC Montréal. D’autres économistes, comme ceux du Mouvement Desjardins et de la Banque Nationale, ont eux aussi soulevé dernièrement les immenses défis de l’économie québécoise.

Les économistes de la Banque Nationale ont soumis une analyse fine de l’évolution récente de l’emploi au Québec. Dans un récent document, ils affirment que 80 % des emplois créés récemment parviennent du secteur public et de la construction, elle-même dopée par les investissements publics. Quant à l’enrichissement, nous faisons à peine mieux que les Maritimes.

«L’emploi n’a crû qu’à un rythme annualisé de 0,5 % au cours des 33 mois allant de janvier 2011 à septembre 2013. Si on ajoute aussi les emplois créés en octobre et novembre derniers, 277 600 emplois ont été créés depuis 2011, dont 77 500 dans la seule industrie de la construction et 141 000 dans le secteur public. Ces deux secteurs ont donc compté pour 80 % de la création nette d’emplois durant la période.

La faible création d’emplois a eu une incidence sur l’agrégat des salaires et traitements. Au cours des sept trimestres se terminant au T3 2013, cet agrégat n’a crû qu’à en rythme annuel de 2,6 %, la plus faible performance au pays hormis les provinces maritimes.»

On devine la conséquence d’une si faible augmentation des revenus : nous consommons moins. Et ce n’est pas pour épargner, comme l’a déjà laissé entendre le ministre des Finances.

«La léthargie relative des revenus des ménages a entraîné l’essoufflement des dépenses de consommation en termes réelles, perceptible en particulier du deuxième trimestre de 2012 au premier trimestre de 2013. Ce ne fut certes pas pour cause de rattrapage du taux d’épargne des ménages québécois lequel, depuis la fin de 2011, a toujours été inférieur d’au moins deux points de pourcentage à celui des ménages du reste du Canada.»

Revenus plus faibles, consommation moins grande, épargne insuffisante : la situation financière des Québécois ne semble pas s’améliorer. L’étude de la Banque Nationale affirme que le taux des défaillances (faillites personnelles et proposition aux créanciers) est en hausse au Québec, fait qui n’est constaté que dans deux autres provinces, soit l’Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse.

L’économie ontarienne a beau avoir perdu de sa superbe, c’est néanmoins avec les provinces maritimes que nous nous retrouvons trop souvent dans les classements comparatifs entre provinces canadiennes.

Je n’en tire pas une fierté particulière, et je trouve que ceux qui se satisfont de cet état léthargique de notre économie (notamment en le niant) manquent décidément d’ambition.