Affaires et économie

Tarifs d’Hydro-Québec : critiquables, mais encore parmi les plus bas

Les hausses applicables à l’électricité résidentielle ont été nettement plus modérées que celles qui ont touché l’ensemble des autres biens et services. 

Photo: Mario Beauregard/La presse canadienne
Photo: Mario Beauregard/La Presse Canadienne

La Régie de l’énergie du Québec vient de permettre à Hydro-Québec d’augmenter ses tarifs de 4,3 % à compter du 1er avril prochain.

Comme on prévoit que les autres prix à la consommation augmenteront trois fois moins cette année (probablement de 1,5 %), la décision de la Régie fait grincer des dents aux consommateurs que nous sommes.

Plusieurs raisons expliquent que la hausse des tarifs que la Régie a décidé d’accorder cette année soit aussi importante. La principale est qu’en vertu de décisions gouvernementales, Hydro-Québec a besoin de revenus suffisants pour honorer son obligation d’acheter à prix élevés l’électricité produite par divers fournisseurs régionaux privés, comme les nouveaux parcs éoliens.

La deuxième raison en importance est que l’entreprise doit aussi encaisser assez de revenus pour que le taux de rendement sur ses avoirs revienne à un niveau qui soit concurrentiel avec les autres entreprises d’électricité en Amérique du Nord.

Une troisième raison est qu’Hydro-Québec doit enfin obtenir le revenu requis pour financer l’indexation de l’électricité dite «patrimoniale» qui lui est imposée par une loi de 2013.

Dans les années 1960, le premier ministre du Québec, Daniel Johnson père, avait coutume de dire : «Quand on se regarde, on se désole, mais quand on se compare, on se console.»

Pouvons-nous trouver consolation en matière de prix d’électricité ? Oui. Le graphique ci-dessous nous en suggère deux.

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Premièrement, on y observe que, depuis 1998 et jusqu’à 2014, le prix de l’électricité résidentielle au Québec aura augmenté cumulativement de 20 %, c’est-à-dire en moyenne de 1,2 % par année.

Or, on voit bien sur le graphique que l’indice global des prix à la consommation au Québec aura crû de 34 % au cours de la même période, c’est-à-dire en moyenne de 1,9 % par année.

Les hausses applicables à l’électricité résidentielle ont donc été nettement plus modérées que celles qui ont touché l’ensemble des autres biens et services. Hydro-Québec n’a pas plumé ses clients résidentiels. (Je passe ici sous silence le fait que, pendant ce temps, le revenu disponible après impôt de la famille québécoise de classe moyenne aura progressé de 77 %, c’est-à-dire en moyenne de 3,6 % par année. C’est trois fois plus vite que le prix de l’électricité et deux fois plus vite que l’indice global des prix à la consommation.)

Deuxièmement, le graphique montre que le prix de l’électricité résidentielle a grimpé en flèche chez notre voisin et grand partenaire économique, l’Ontario. Toujours de 1998 à 2014, il y a subi une augmentation cumulative de 76 %, c’est-à-dire en moyenne de 3,6 % par année. C’est trois fois plus vite qu’au Québec.

Comprenons-nous bien. Certains aspects de la hausse tarifaire de 4,3 % qui vient d’être consentie à Hydro-Québec sont éminemment critiquables. Par exemple, continuer à encourager la construction de parcs éoliens et de nouveaux barrages très coûteux alors que les surplus d’électricité nous sortent par les oreilles et que le prix de l’électricité est au plancher sur le marché d’exportation relève d’une logique douteuse au plan économique.

Mais reconnaissons que, malgré tout, nos tarifs d’électricité restent encore parmi les plus bas d’Amérique du Nord. Critiquons, mais avec une certaine retenue.