Affaires et économie

Le Québec et l’importation de la richesse

Si le Québec veut s’enrichir, il lui faut dénicher de nouveaux marchés, où vendre davantage de nouveaux produits et de nouveaux services.

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Un des défis majeurs pour le nouveau gouvernement Couillard sera de favoriser la réduction du déficit structurel majeur du commerce international. Si le Québec veut s’enrichir, il lui faut dénicher de nouveaux marchés, où vendre davantage de nouveaux produits et de nouveaux services.

Le Québec a connu pendant une douzaine d’années des surplus commerciaux importants après la récession de 1991-1992 — et ce, pour la première fois depuis la récession de 1981. Mais le solde commercial s’enfonce dans le rouge depuis 2005, et la situation ne fait qu’empirer. Au sommet, en 2000, les exportations de marchandises québécoises représentaient 32 % du produit intérieur brut (PIB). Elles ne sont qu’à 18 % présentement, soit près de moitié moins (voir graphique).

Importations-Exportations-QC

Les récessions américaines de 2001 et de 2008, ainsi que la hausse de la valeur du dollar canadien (causée en grande partie par l’exportation de pétrole albertain), ont nui aux exportations québécoises. Mais des causes structurelles pèsent plus lourd encore.

Au Québec comme ailleurs, la structure industrielle s’est transformée profondément. Il y a eu la chute des secteurs manufacturiers autrefois au cœur de la vie économique, notamment ceux du vêtement et du bois. On a assisté également à la perte de terrain majeure des industries technologiques, après un boum à la fin des années 1990.

L’effet est on ne peut plus frappant : depuis le sommet de 2002, l’économie québécoise a perdu 176 900 emplois manufacturiers hors construction, soit une diminution de 22,7 %. Pendant la même période, la main-d’œuvre du secteur des services a grossi de plus d’un million de personnes, un gain de 541 600 emplois, pour une croissance de 69,4 %. Le secteur manufacturier hors construction employait il y a 20 ans 22,2 % des travailleurs québécois ; aujourd’hui, seulement 15 % de la main-d’œuvre produit des biens au Québec.

Ceci expliquant cela, depuis le début des années 2000, la concurrence des économies émergentes du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) a transformé remarquablement la dynamique du commerce international du Québec. La dépendance aux importations en provenance de ces marchés s’est accrue, en même temps que sont apparues de nouvelles occasions d’affaires. Il y a du bon à la diversification des marchés : les exportations du Québec vers les États-Unis, qui représentaient 87 % du total en 2000, ne sont maintenant que de 75 %. Les Québécois sont donc de moins en moins dépendants des hauts et des bas de l’économie américaine.

D’ailleurs, le poids relatif du Québec dans les exportations canadiennes aux États-Unis est de moins en moins important, alors que la province gagne des parts de marché chez ses partenaires « champions » en Chine, en Russie, au Brésil et dans le reste de l’Amérique latine (voir tableau).

Marches exportations QC

Le développement de nouveaux marchés — géographiques et industriels — a des répercussions directes et à long terme sur la prospérité collective, puisque c’est ce développement qui permet d’importer la richesse, en quelque sorte. Qui plus est, les décisions privées et collectives en la matière façonnent la structure même de l’économie ; l’histoire du Québec est celle du développement de ses industries exportatrices. Elles ont donc des conséquences directes sur ses collectivités et ses travailleurs.

On peut même affirmer que ces décisions ont une influence marquée sur la redistribution de la richesse, puisque les industries qui en sortent gagnantes bénéficient inégalement à tous. Par exemple, les industries à fort contenu technologique permettent la création d’emplois de qualité et bien rémunérés. Autrement dit, il ne s’agit pas uniquement de « faire entrer de l’argent » dans l’économie, mais bien de transformer la structure de celle-ci à long terme.

Au regard de tout cela, il est nécessaire de transformer ou de créer des spécialités industrielles québécoises, pour qu’elles répondent aux défis mondiaux actuels (et à la demande des partenaires commerciaux), tout en évaluant leurs bénéfices pour l’ensemble de l’économie et de la société.

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Ianik Marcil est un économiste indépendant.