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Mobile Money : le miracle africain du paiement mobile

Le nombre de comptes mobiles surpasse désormais celui des comptes bancaires traditionnels dans neuf pays africains.

Photo: Alexander Joe/AFP/Getty Images
Photo : Alexander Joe/AFP/Getty Images

Et dire que nous écrivons toujours nos chèques à la main.

Pendant ce temps, les Africains envoient et reçoivent de l’argent par simples messages textes depuis un téléphone cellulaire. Cette révolution s’appelle le Mobile Money, et elle ne fait que commencer.

Le Kenya l’utilise depuis sept ans déjà. À la fin de 2013, ce n’était pas moins de 219 fournisseurs de services financiers par téléphone qui étaient en activité dans 84 pays. Ils cumulaient 203 millions de comptes enregistrés, selon la GSMA, un regroupement de fournisseurs dans le domaine de la téléphonie mobile.

Preuve de sa domination sur le continent : le nombre de comptes mobiles surpasse désormais celui des comptes bancaires traditionnels dans neuf pays africains, soit le Cameroun, la République démocratique du Congo, le Gabon, le Kenya, Madagascar, la Tanzanie, l’Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe.

Concrètement, comment ça fonctionne ? Charles Graeber, journaliste au Bloomberg Businessweek, est parti de New York jusqu’à Nairobi, au Kenya, pour tester ce système innovant. Dans son article intitulé «10 jours au Kenya sans argent, seulement un téléphone», l’homme raconte avoir fait affaire avec l’entreprise de télécommunications M-Pesa, la plus répandue au Kenya, pour faire ses achats. Une fois abonné, il disposait sur sa carte SIM d’un compte virtuel dans lequel il a versé de l’argent.

Il ne suffit ensuite que d’échanger son numéro de téléphone avec la personne à qui on achète un bien ou un service. Et, hop ! Un reçu est envoyé par texto au consommateur et au vendeur. C’est ainsi qu’il a pu payer son taxi, ses repas et sa chambre d’hôtel.

Exit la confidentialité, par contre. Comme son chauffeur de taxi connaissait son numéro de téléphone, il a joint Graeber tout au long de son séjour pour lui offrir ses services, même quand ce dernier n’en avait pas besoin…

Reste que le Mobile Money comporte de nombreux avantages pour les Africains. En 2007, «M-Pesa a décollé presque instantanément, car il est plus sûr pour les Kényans d’envoyer de l’argent à leur famille par paiement mobile (plutôt que de faire transporter du liquide par un cousin en autobus, sujet aux pannes, aux accidents et aux vols). M-Pesa et la carte SIM permettent à des millions de Kényans dépourvus de compte bancaire de devenir leur propre guichet automatique personnel», écrit le journaliste.

Le mobile banking ne se limite plus seulement aux achats quotidiens. Depuis peu, il permet aussi de payer ses impôts. L’an dernier, les autorités publiques de la Tanzanie, plus grand utilisateur mondial du Mobile Money, ont commencé à permettre aux citoyens de payer les droits de permis de conduire par l’intermédiaire de ce service. Le site Quartz explique que trois semaines après l’intégration du système de paiement virtuel, l’argent perçu a presque doublé par rapport à l’année précédente. En plus de permettre de gagner du temps, le paiement mobile aide à combattre la corruption dans le pays, puisqu’il réduit les contacts avec les fonctionnaires.

Le Mobile Money encourage aussi les Tanzaniens à épargner, à emprunter et à s’assurer. Des fournisseurs de téléphonie mobile, comme Bima, offrent des polices d’assurance gratuitement à leurs abonnés. Leur motivation : éviter que leurs clients ne se tournent vers la concurrence.

Un sondage réalisé en 2012 par InterMedia, un groupe de recherche américain sur le développement, révèle que 79 % des titulaires de comptes mobiles épargnent, contre 51 % des non-utilisateurs. Et 15 % de ceux qui optent pour le Mobile Money possèdent une police d’assurance, soit trois fois plus que ceux qui ne l’utilisent pas.

L’essor impressionnant que prend le Mobile Money dans les pays émergents d’Afrique a mené, en avril, à une entente entre neuf grands fournisseurs pour accélérer la mise en œuvre des services d’argent mobiles d’une entreprise à l’autre. Ensemble, ils représentent 582 millions de connexions mobiles dans 48 pays d’Afrique et du Moyen-Orient. Quartz conclut d’ailleurs que «si c’est bien fait, cela pourrait jeter les bases d’une toute nouvelle industrie mondiale de services financiers. Et les États-Unis et l’Europe seront loin derrière».