Affaires et économie

Pourquoi un Institut des générations ?

Le niveau de vie s’améliore-t-il de génération en génération ? Le partage du pouvoir, de la richesse et des emplois entre les différents groupes d’âge est-il juste ? Voilà le genre de questions auxquelles tente de répondre l’Institut des générations, un organisme sans but lucratif qui vient de voir le jour.

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Photo : Getty Images

Au moment même où nous lançons notre Budget des jeunes, nous avons décidé de mettre sur pied l’Institut des générations.

Blogue EconomieCet organisme sans but lucratif a pour mission première de produire des études et des dossiers d’analyse originaux permettant de stimuler et d’alimenter la discussion sur les enjeux liés à l’équité entre les générations.

Le travail des chercheurs explore ces enjeux en cherchant à répondre à trois grandes questions, issues des discussions lancées dans le cadre de la production du premier Indice québécois d’équité entre les générations (présenté dans L’actualité en mars 2014) :

1. Le niveau de vie s’améliore-t-il de génération en génération ?

2. Le partage du pouvoir, de la richesse et des emplois entre les différents groupes d’âge est-il juste ?

3. Le niveau de vie actuellement atteint est-il soutenable ?

À la surprise de nombreuses personnes, l’indice, formé de 27 indicateurs, a démontré que la réponse à la première question est oui. Le niveau de vie des jeunes et des moins jeunes s’est en effet légèrement amélioré dans les 35 dernières années.

Cependant, les éléments de réponse aux deux autres questions provenant de l’indice étaient moins concluants.

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D’un côté, la part des dépenses en santé a beaucoup augmenté, alors que la part des dépenses en éducation a diminué — et cette tendance risque fort de demeurer la même.

Les revenus des 55 ans et plus ont aussi augmenté plus rapidement que ceux des 25 à 34 ans, mais ils restent toujours relativement bas.

Enfin, l’âge moyen des députés et des administrateurs de nos grandes entreprises ont tous les deux augmenté.

De l’autre côté, la part des dépenses allant aux services de garde — des services qui, évidemment, bénéficient surtout aux plus jeunes — a explosé, et le taux de chômage chez les jeunes adultes a diminué en comparaison à celui des travailleurs plus âgés.

Finalement, les travaux sur l’Indice québécois d’équité entre les générations indiquent deux grands risques quant à la soutenabilité du niveau de vie atteint : le climat difficile pour les finances publiques et le réchauffement climatique.

Gros enjeux

Ainsi, les réflexions relatives à l’équité intergénérationnelle touchent à de grands enjeux pour l’avenir du Québec.

L’avantage du prisme de l’équité entre les générations est qu’il force à emprunter un regard global et à long terme sur chacun de ces enjeux, une vision qui est souvent absente des débats politiques.

Par exemple, le débat actuel autour du budget est largement centré sur l’équilibre budgétaire d’une année seulement, soit l’année 2015-2016. Ce débat ne fait donc qu’effleurer le vrai problème auquel fait face le Québec, c’est-à-dire un déficit structurel grandissant pour les 15 prochaines années, en grande partie causé par le vieillissement de la population.

Le débat évacue aussi presque entièrement l’enjeu du réchauffement de la planète, qui est intimement lié aux questions budgétaires.

C’est pourquoi nous avons aussi utilisé le prisme de l’équité intergénérationnelle pour produire le Budget des jeunes.

Il démontre qu’il est possible de produire un budget ambitieux, atteignant un surplus de plus de quatre milliards de dollars en 2019-2020, axé sur le long terme et prenant en compte l’environnement. Tout cela sans affecter de façon disproportionnée un groupe de la population ou un autre, ou alors une génération de Québécois ou une autre.

En résumé, l’Institut des générations, avec l’aide de personnes de tout horizon politique et de toutes les générations, pourra produire des données et des analyses objectives sur des enjeux d’intérêt public. Il formulera aussi des propositions innovatrices, sans parti pris ou couleur politique, en ayant pour seule allégeance celle de l’équité entre les générations.

Les fondateurs de l’Institut des générations :

Alexis Gagné
Analyste stratégique à la Fondation Lucie et André Chagnon

Christian Bélair
Président et analyste principal de credo

Laura O’Laughlin
Économiste principale chez Groupe d’analyse

Isabelle Fontaine
Vice-présidente du cabinet Ryan Affaires publiques

Maripier Isabelle
Candidate au doctorat en économie à l’Université de Toronto