Affaires et économie

Une commission Godbout gratuite ?

Une façon simple d’innover et d’améliorer la gestion de l’État québécois ? Rendre l’ensemble des données (financières et autres) du gouvernement publiques et accessibles à tout le monde, suggère l’économiste Laura O’Laughlin.

La commission Godbout, qui a publié son rapport final jeudi, a coûté un peu plus de 860 000 dollars. Considérant la quantité d’idées contenues dans ce rapport ainsi que leur qualité, je dirais que les Québécois en ont eu pour leur argent.

Blogue EconomieMais permettez-moi de faire une suggestion qui pourrait faire en sorte que ce type de travail soit gratuit et permanent dans l’avenir : rendre l’ensemble des données (financières et autres) du gouvernement du Québec publiques et accessibles à tout le monde.

Cette sorte d’approvisionnement par la foule (crowdsourcing) nous permettrait d’innover et d’encourager l’implantation de nouvelles manières de faire dans la gestion de chaque élément de l’État québécois.

Par exemple, les fiscalistes et les apprentis fiscalistes pourraient, grâce à cette plus grande transparence, proposer des mesures fiscales qui permettraient d’améliorer l’efficacité, la compétitivité et l’équité de la fiscalité québécoise. (Ils pourraient notamment trouver les meilleurs moyens d’atteindre un surplus budgétaire de 1 %, comme nous le proposons dans notre Budget des Jeunes.)

Depuis quelque temps, au Québec, si vous prenez part à un atelier de présentation de sujet de thèse dans n’importe quel département d’économie, de fiscalité ou de sociologie, je parie que vous entendrez la phrase suivante dès qu’il est question d’études sur les États-Unis ou l’Europe : «J’aurais aimé faire ma thèse sur le Québec, mais les données n’étaient pas disponibles».

C’est un gaspillage énorme — et c’est très inéquitable envers les jeunes chercheurs. Surtout que, bien souvent, ces sujets de thèse deviennent le point de départ pour entamer une carrière.

De plus, l’argent dépensé par l’État québécois provient des Québécois et leur appartient. Nous avons le droit de savoir où et comment cet argent est alloué. Jouer avec les chiffres de l’État québécois ne devrait pas être confié seulement à ceux qui sont au pouvoir — ou n’être qu’occasionnellement partagé avec des experts choisis par ces mêmes personnes au pouvoir, comme les membres de la commission Godbout.

Nous devrions nous inspirer de l’Ontario — une chose que les libéraux aiment beaucoup faire, ces jours-ci — en créant un poste permanent de directeur du budget de l’Assemblée nationale du Québec («DBANQ»).

Comme en Ontario, ce DBANQ devrait être nommé par un comité composé de membres de chaque parti occupant un siège à l’Assemblée Nationale. Le DBANQ agirait comme un shérif du budget et mettrait fin aux jeux de type «ils ont mal calculé leurs affaires» chaque fois que le Québec change de parti au pouvoir.

De même, comme c’est le cas en Ontario et aux États-Unis, ce DBANQ aurait également pour mandat de produire des études neutres commandées par les membres de l’Assemblée nationale, mais sur lesquelles ils ne peuvent influencer les résultats. L’établissement d’un tel poste pourrait être assez facile : le PQ et la CAQ ont déjà proposé des projets de loi très similaires à ce sujet.

En ces temps d’austérité, les contribuables méritent une contrepartie pour l’effort supplémentaire qui leur sera demandé. Le gouvernement doit donc mettre en œuvre toutes les mesures nécessaires à une gestion saine et rigoureuse des finances publiques et à la participation citoyenne la plus active possible.

La commission Godbout a reçu une très grande quantité de mémoires de tous les horizons politiques, mais ces mémoires utilisaient tous des données incomplètes, ou alors qui dataient de plusieurs années. Dans l’élaboration de notre propre budget alternatif, nous avons d’ailleurs dû mettre de côté certaines idées par manque d’information, et d’autres idées n’ont été chiffrées que très approximativement.

Permettre à tous ces groupes de jouer avec ces données antérieurement confidentielles leur aurait donné les moyens de non seulement «se tourner vers l’avenir du Québec» (comme en fait foi le titre du rapport Godbout), mais de le faire avec un niveau de précision et de profondeur grandement supérieurs.

Malgré tout, les travaux de la commission Godbout nous permettront de parcourir une partie du chemin vers des finances publiques efficaces et saines à long terme. Mais il reste encore du chemin à faire… et les risques d’accident sur cette route périlleuse seront moindres si celle-ci est mieux éclairée et parsemée de guides.

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À propos de l’auteure

Laura O’Laughlin est économiste principale chez Groupe d’analyseElle est l’une des créatrices du premier Indice québécois d’équité entre les générations (IQEG) et l’une des porte-paroles de l’Institut des générations, un organisme sans but lucratif qui a pour mission de produire des études et des dossiers d’analyse permettant de stimuler et d’alimenter la discussion sur les enjeux liés à l’équité entre les générations.