Affaires et économie

Une taxe à la surconsommation d’électricité, ou une taxe sur les grandes familles ?

Dans son rapport rendu public la semaine dernière, la commission Godbout propose une taxe à la surconsommation d’électricité. Une bonne idée ? Tout dépend de la forme qu’elle prendrait, dit le blogueur Alexis Gagné.

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Photo : Bouchecl/Wikimedia Commons

Dans son rapport rendu public la semaine dernière, la Commission d’examen sur la fiscalité (commission Godbout) propose une taxe à la surconsommation d’électricité.
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Cette taxe serait de 10 % et s’appliquerait seulement à la consommation dépassant 80 kilowattheures (kWh) par jour.

À n’en point douter, je crois que nous devrions taxer la surconsommation d’électricité dans le but d’en réduire le gaspillage.

Pour décider si la mesure telle qu’on l’a proposée est réellement une taxe sur la surconsommation — et non simplement une taxe qui incombe aux grandes familles, ou alors une taxe sur le chauffage à l’électricité —, il faut répondre à la question suivante : est-ce que plus de 80 kWh par jour correspondent bel et bien à une surconsommation d’électricité ?

D’après un rapport de Ressources naturelles Canada, le ménage québecois moyen consomme environ 72 kWh par jour.

À première vue, la réponse à ma question serait donc oui. Quatre-vingts kilowattheures par jour, c’est plus que la moyenne, alors il s’agit d’une surconsommation. Mais à deuxième et troisième vues, les choses sont beaucoup moins claires.

En effet, la consommation moyenne d’électricité varie grandement selon la taille du logement, puisque 54 % de l’électricité utilisée au Québec sert au chauffage. Pour une superficie chauffée de 1 500 à 2 000 pieds carrés, la consommation moyenne passe à 97 kWh par jour.

Un logement de cette taille, ça me semble assez habituel pour une famille de quatre. Mais ici encore, ce n’est pas si pire, 97 kWh quotidiens — et ce n’est pas beaucoup plus que 80 kWh. Ainsi donc, cette typique famille de quatre ne paierait la taxe sur la surconsommation que sur 15 à 20 % de sa consommation d’électricité.

Malheureusement, nous aurions encore une fois tort de nous arrêter ici. Pourquoi ? Parce que 97 kWh par jour en moyenne, si on chauffe à l’électricité, ça veut dire beaucoup plus que 97 kWh sur plusieurs mois.

Pour l’illustrer, on peut regarder la consommation d’électricité de mon propre foyer. Nous résidons dans une maison d’un peu plus de 2 000 pieds carrés, grande, mais certainement pas extravagante pour une famille de cinq.

D’après notre facture qui couvre la période allant de la fin novembre à la fin janvier, nous avons consommé en moyenne 160 kWh par jour ! (Et je n’ai pas hâte de voir ce que ce sera pour le mois de février le plus froid depuis 5 000 ans…)

Par conséquent, si rien ne change l’an prochain, nous paierons la taxe à la surconsommation sur la moitié de notre consommation pour les quatre ou cinq mois d’hiver (je sais que techniquement, l’hiver ne dure que trois mois, mais comme le chante Vigneault : «Mon pays, ce n’est pas un pays… c’est l’hiver !»).

Sauf, évidemment, si nous nous convertissons au chauffage au gaz — une avenue que nous explorerons assurément.

La famille de quatre typique qui chauffe à l’électricité paiera donc elle aussi la taxe à la «surconsommation» sur beaucoup plus que 15 ou 20 % de sa consommation.

En conclusion, la réponse à ma question initiale — à savoir si plus de 80 kWh par jour correspondent à une surconsommation d’électricité — semble pencher davantage du côté du non que du oui.

Je continue de croire qu’une taxe à la surconsommation d’électricité est une bonne idée, mais la taxe proposée par la commission Godbout devrait être repensée pour qu’elle s’apparente un peu moins à une taxe sur les grandes familles et davantage à une taxe réelle sur la surconsommation.

Il faudrait aussi penser aux effets d’une telle taxe sur les profits de Gaz Métro, dont l’action va très bien, dernièrement… et qui ira peut-être encore mieux, si cette mesure est adoptée dans le budget Leitão.

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À propos de l’auteur

Alexis Gagné est porte-parole de l’Institut des générations, un organisme sans but lucratif qui a pour mission de produire des études et des dossiers d’analyse permettant de stimuler et d’alimenter la discussion sur les enjeux liés à l’équité entre les générations.